Frédéric Petit : « Il ne peut y avoir d'Europe libre sans une Ukraine libre »
Il y a quatre ans, la Russie lançait son invasion de l’Ukraine. Alors que le soutien américain faiblit, notamment sous l’impulsion de Donald Trump, certains y voient un « permis de tuer à Vladimir Poutine ». En déplacement à Kiev pour cet anniversaire, Frédéric Petit, notre député du groupe Les Démocrates et membre de la commission des Affaires étrangères, estime toutefois que l’Europe et les Ukrainiens tiennent bon face à la Russie au micro de RFI.
« Résistance des sociétés civiles »
Habitué des déplacements en Ukraine – « ça doit être plus de la dixième fois que je viens ici » – Frédéric Petit indique qu'il existe une blague en Ukraine : « les Ukrainiens ont deux problèmes quotidiens : c’est les bombardements la nuit et les bouchons le matin ». Une formule qui dit tout : la guerre est là, mais la vie continue.
Car, insiste-t-il, « ce n’est pas qu’une résistance militaire, c’est une résistance des sociétés civiles. On va travailler, on va à l’école, on va à l’université, on va produire. » À Kiev, il a visité « un train bombardé à la gare », mais aussi « le seul train au monde, il paraît, qui est un hôpital roulant ». La destruction et l’ingéniosité coexistent.
Pour notre député démocrate, cette résilience est aussi politique. Il se dit convaincu « qu’il y a une diplomatie des sociétés civiles et il y a une diplomatie parlementaire », une action complémentaire à celle des gouvernements, au cœur de l’engagement du MoDem pour une Europe des citoyens.
« Il n’y a pas d’Ukraine libre s’il n’y a pas d’Europe libre »
Face à la fatigue qui gagne les opinions publiques, Frédéric Petit assume :
On a le droit d’être fatigué. Le match n’est pas fini. On est en difficulté, c’est sûr.
Mais il refuse tout découragement. Sur le terrain comme dans sa circonscription, il voit « que la conscience de ce qui est en jeu est de plus en plus grande ».
Il n’y a pas d’Ukraine libre s’il n’y a pas d’Europe libre. Il n’y a pas d’Europe libre s’il n’y a pas d’Ukraine libre. Je pense que de plus en plus de gens en prennent conscience.
Prudent sur les sondages, il rappelle qu’« un sondage très précis sur la livraison d’armes, ça ne veut pas dire que les gens ne comprennent pas ce qui se passe ». Derrière les hésitations liées aux contraintes budgétaires, il observe « une plus grande conscience des Européens et un plus grand travail ». Il cite ainsi une enquête récente selon laquelle « 67 % des Français disaient qu’il fallait fermer le ciel » ukrainiens. Une proposition dont il est à l'initiative pour protéger les populations et les infrastructures civiles.
Pour lui, il s’agit d’abord d’une attaque russe contre l’idée même de citoyenneté.
C'est une agression contre notre modèle de penser, de comprendre la démocratie.
« Un permis de tuer des solidarités »
Pourquoi Vladimir Poutine cible-t-il les civils ? Parce qu’« il veut taper sur les citoyens, il veut taper sur ce qu’il ne comprend pas et qui fait une nation ». Là où le régime russe voit « de l’autorité et de la force », nous savons, affirme Frédéric Petit, « qu’une nation, ce sont des citoyens ».
Dès lors, le désengagement américain lui apparaît comme un signal dramatique. Il parle d’« un permis de tuer non seulement des personnes, mais un permis de tuer des solidarités, un permis de tuer de la vie ». Il évoque ces lycéens ukrainiens qui « passent le bac en étant parfois dans des caves », y compris « au lycée français de Kiev ». On ne tue pas seulement par les bombes, dit-il, mais aussi « parce qu’on essaye de briser leur citoyenneté ».
Donc on tue non seulement des personnes parce qu'il y a des personnes qui meurent, mais on les tue aussi parce qu'on les frigorifie, parce qu'on les gèle et parce qu'on essaye de briser leur citoyenneté.
Refusant toute logique de domination au sein de l’Union européenne malgré des positions différentes sur le sujet de l'Ukraine, Frédéric Petit rappelle que nous n’imposerons jamais le silence à un État membre :
Nous acceptons, parce que nous sommes démocrates, de se mettre d'accord et pas dire, puisque nous, on est plus forts que vous, la Hongrie, vous vous taisez. Ça, on ne le dira jamais !
La force européenne repose sur le dialogue entre nations libres.
« La Russie souffre »
Sur la situation intérieure russe, le député reste prudent mais lucide. « C’est très compliqué de parler de l’impact sur la société russe », note-t-il, évoquant les inégalités et le fait que « c’est moins des Russes que des Tchétchènes ou des Daghestanais qui meurent au front ».
Pour autant, il l’affirme : « la société russe souffre en ce moment ». Il souligne que la fermeture future de Telegram, « ce qui n’était jamais arrivé », montre que « ça commence quand même à réagir ». En clair, derrière l’apparente solidité du régime, des tensions existent.
Quatre ans après le début de l’invasion, le message porté depuis Kiev par Frédéric Petit est clair : la fatigue est réelle, les obstacles nombreux, mais la défense des citoyens, de l’État de droit et de la liberté européenne demeure une exigence.