Marc Fesneau : « Rien ne serait pire que de ne pas avoir de budget »
Le gouvernement a ouvert mardi les débats sur le budget de l'Etat, martelant son objectif d'un déficit à 5 % du PIB l'an prochain. « Rien ne serait pire que de ne pas avoir de budget » , prévient Marc Fesneau, notre président du groupe Les Démocrates à l'Assemblée nationale, dans une interview accordée aux Échos.
Les discussions sur le PLF en commission des Finances se sont soldées par un dérapage du déficit et un rejet du texte. Etes-vous inquiet pour la suite ?
Ce qui m'inquiète, c'est qu'un certain nombre de députés ne voient pas à quel point la situation est critique. On ferait défaut à notre esprit de responsabilité si on disait pouvoir continuer comme ça. Qu'on me cite un exemple de pays entré dans un cycle d'étranglement par la dette, qui n'a pas eu des mesures très dures.
Personne n'échappe aux conséquences d'une dette incontrôlée. Personne.
Certes, nous ne sommes pas la Grèce, il ne faut pas être catastrophiste, mais l'emballement de la dette est extrêmement préoccupant. Notre groupe ne sera pas le fossoyeur du système de redistribution ni des retraites ni des services publics ni des investissements d'avenir, parce que nous n'aurions pas été capables de faire sur une durée raisonnable des efforts collectifs.
La copie du gouvernement vise 5 % de déficit en 2027. Faut-il aller plus loin ?
C'est un effort notable, notamment pour beaucoup de ministères, mais ce n'est pas non plus glorieux d'atteindre seulement 5 % de déficit. J'aurais préféré qu'on arrive déjà à tenir cet objectif cette année, comme prévu. Après la dérive du budget 2026, on ne peut plus déroger à la cible de 5 % sans prendre un risque d'emballement de la dette. Celui-ci a d'ailleurs déjà commencé, avec nos taux à 10 ans qui s'approchent des 5 % et une charge d'intérêts de 91 milliards d'euros l'an prochain. Cela représente presque la totalité de l'impôt sur le revenu perçu en 2025 !
S'il y a un choc, nous n'aurons plus aucune capacité ni à réagir ni à agir. L'effort demandé est nécessaire pour se redonner des marges et répondre aux besoins en matière d'éducation, de transition écologique ou d'intelligence artificielle, par exemple.
A chaque fois qu'on laisse déraper les comptes, ce sont les Français et leur avenir qu'on pénalise.
Dans la copie présentée, les retraités sont mis à contribution à hauteur de 5,5 milliards d'euros. Est-ce raisonnable ?
Je refuse de cibler telle ou telle catégorie de la population, y compris les retraités. Mais tout le monde doit être mis à contribution. L'effort qui leur est demandé représente environ 10 % du total. C'est raisonnable et nécessaire pour sauvegarder sur le long terme le niveau des pensions des retraités actuels. Tous les pays qui ont été contraints de réaliser des ajustements structurels ont connu une baisse drastique des pensions. Il faut éviter d'en arriver là.
Entre les deux mesures proposées au budget, la révision de l'abattement sur les frais professionnels des retraités nous paraît la plus lisible et juste. Ce dispositif a été instauré dans les années 1970 pour compenser le moindre niveau de vie des retraités par rapport aux actifs. Aujourd'hui, la situation s'est inversée. On peut aussi envisager une moindre révision de l'abattement et une désindexation partielle des retraites.
Le budget prévoit les gels de plusieurs prestations sociales. Faudrait-il une « année blanche » générale ?
Nous y sommes favorables, comme le proposait François Bayrou, en préservant l'allocation adulte handicapé et les prestations familiales.
Une année blanche générale - y compris pour le barème de l'impôt sur le revenu qui ne serait pas indexé - serait un effort important, mais beaucoup moins dur que celui qui pourrait nous être imposé si le dérapage se poursuit.
L'exécutif prévoit aussi des efforts pour les entreprises et les collectivités. Y êtes-vous favorable ?
Tout le monde doit être mis à contribution, parce que, je le redis, c'est l'intérêt de tous. L'année dernière, nous soutenions déjà la réforme des allégements de charge. Cette année, nous sommes pour leur neutralisation face à l'inflation et à l'élargissement de l'assiette. Mais à terme, il faudra baisser le coût du travail. Notre système de solidarité repose trop sur le travail et les entreprises. De nouveaux financements, comme ce qu'on appelle la TVA sociale mais aussi la CSG, doivent faire partie du débat de la présidentielle. En ce qui concerne les collectivités, l'effort de 5,5 milliards d'euros demandé paraît le bon, mais attention à ne pas freiner leur capacité d'investissement.
(...)
Ordonnances, 49.3… Quelle peut être l'issue pour ce budget ?
Je ne vois pas les conditions d'un vote positif, compte tenu de l'émiettement politique de l'Assemblée et du durcissement des positions des partis à la veille de la présidentielle. L'aveuglement de nombreux députés est effrayant : la main s'approche de la flamme, mais personne ne se dit que cela commence à brûler. Rien ne serait pire que de ne pas avoir de budget : reste donc deux hypothèses, le 49.3 ou les ordonnances. Mais les ordonnances ne peuvent être décidées qu'après 70 jours de débat parlementaire durant lesquels les députés risquent de montrer une image d'irresponsabilité totale aux Français...
Les candidats à l'Elysée dévoilent leurs plans de redressements. Sont-ils à la hauteur ?
Mis à part le RN et LFI qui présentent des trajectoires de finances publiques reposant sur des mesures totalement farfelues, mensongères et non chiffrées, je vois, à ce stade, chez les autres candidats une succession de mesures éparses mais pas encore de programme précis d'assainissement. Les mesures de rigueur ne font rêver personne, certes. Mais c'est un préalable nécessaire pour relever des défis essentiels de demain et pouvoir donner, sans mentir, de l'espoir aux Français.
Je le dis aux candidats à l'occasion du débat budgétaire : attention à ne pas faire dans l'Hémicycle le contraire de ce que vous proposez dans la campagne. Les marchés financiers et les Français nous regardent !
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