Erwan Balanant : « Mais ce qui change avec cette loi intégrale, je l'espère, c'est le regard de la société sur ces violences »
Invité de franceinfo mardi 13 octobre, le soir de l’adoption à l’unanimité de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, notre député Erwan Balanant est revenu sur les avancées du texte, notamment en matière de protection de l’enfance. Co-rapporteur de cette loi, il a rappelé l’urgence de mieux protéger les victimes, de former les professionnels et de donner à la justice les moyens d’agir.
Au lendemain de longues années de mobilisation des associations et de révélations sur les violences sexistes et sexuelles, l’Assemblée nationale a adopté à l'unanimité le 13 octobre la proposition de loi apportant une réponse intégrale au phénomène des violences sexuelles et sexistes contre les femmes et les enfants. Un texte transpartisan porté par une coalition d'associations depuis de nombreuses années.
Ému par cette adoption, Erwan Balanant a salué sur franceinfo un travail collectif qui montre que les responsables politiques peuvent dépasser leurs divergences :
C’est un texte qui réconcilie en tout cas avec la politique, c’est-à-dire que parfois on est capable de travailler ensemble pour l’intérêt de causes qui nous dépassent.
Au-delà des mesures prévues, le député insiste sur la nécessité de changer le regard de la société sur les violences, notamment celles commises contre les enfants. « Trop longtemps, notre société a regardé ailleurs », déplore-t-il, en évoquant les violences intrafamiliales, sexistes et sexuelles et les révélations qui ont mis en lumière les défaillances de la protection de l’enfance.
L’enjeu est désormais de mieux écouter la parole des victimes et de permettre à chacun d’agir face aux situations préoccupantes. « Soyons attentifs tout le temps », appelle-t-il, invitant à ne plus détourner le regard et à dénoncer les comportements répréhensibles.
La loi prévoit notamment une spécialisation accrue des magistrats et des enquêteurs, afin d’améliorer l’accueil des victimes et le traitement des plaintes. Si Erwan Balanant constate des progrès dans la formation et les pratiques, il estime que cet effort doit se poursuivre pour que les victimes soient réellement entendues.
Une des grandes avancées de ce texte, ça sera d'avoir des enquêteurs spécialisés, formés à l'écoute, prêts à recevoir les plaintes, même si on a progressé.
Cette ambition suppose également de renforcer les moyens de la justice. Le garde des Sceaux a estimé les besoins à près de 300 postes supplémentaires de magistrats, dans le cadre d’une trajectoire de recrutement déjà prévue par la loi de programmation et d’orientation de la justice.
Pour notre député breton, il faut aussi changer de perspective sur le coût de ces politiques publiques :
La Civise dit que ça ferait économiser 9 milliards de mieux traiter les victimes.
Prévenir les violences et mieux accompagner les personnes qui les subissent représente un investissement pour la société, dont les bénéfices dépassent la seule réponse judiciaire.
Si le vote a rassemblé 503 députés, aucun n’ayant voté contre, notre co-rapporteur regrette l’abstention de La France Insoumise. Il aurait souhaité une adhésion encore plus large, afin de donner au texte toute sa portée dans la suite du parcours législatif.
LFI s'est abstenu, il faudra qu'ils s'expliquent.
Car le travail n’est pas terminé. Le texte doit désormais poursuivre son examen au Sénat, avec l’objectif de préserver les avancées obtenues et de parvenir à un accord en commission mixte paritaire avant la fin de la législature, prévue fin février.
« La balle est dans le camp des sénateurs », rappelle notré élu, qui entend poursuivre le travail de persuasion. L’objectif est clair : faire aboutir rapidement une loi qui permette à chaque femme de se déplacer en sécurité et à chaque enfant de pouvoir parler lorsqu’il est victime de violences. Pour Erwan Balanant, cette exigence doit rester collective :
C’est un combat qui doit être collectif de toutes les familles politiques pour faire avancer ce sujet. C'est vraiment un sujet de société qui, en fait, ne rendra la société que meilleure.