Maud Petit : « La méthode Trump vient de subir un revers électoral majeur »
Lors des questions au gouvernement, notre députée du Val-de-Marne, Maud Petit, a interrogé notre ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, sur les résultats des midterms.
Question de Maud Petit :
Merci Madame la Présidente. Monsieur le ministre des Affaires étrangères.
Les élections de mi-mandat américaines viennent d'envoyer un signal politique fort. La méthode Trump, fondée sur la confrontation permanente, la brutalité politique et le rapport de force, vient de subir un revers électoral majeur. C'est un désaveu net.
Les Américains nous rappellent qu'en démocratie, aucun dirigeant ne peut gouverner sans limite et sans jamais rendre de compte. Ce sursaut outre-Atlantique témoigne que la démocratie n'a jamais dit son dernier mot. S
i nous saluons ce résultat, nous devons toutefois le regarder avec lucidité. Une majorité démocrate au Congrès ne résoudra pas tout. Le protectionnisme américain ne va pas disparaître par magie. Ne soyons pas naïfs, jusqu'au 3 janvier, Donald Trump conserve les mains libres et après cette date, il gardera son pouvoir exécutif, ses décrets et son droit de veto. Le risque pour l'Europe et la France reste donc entier. Sur le plan économique, la menace de taxes douanières agressives plane toujours sur nos entreprises. Sur le plan international, l'imprévisibilité de la Maison Blanche demeure maximale. Qu'il s'agisse de sa volonté de forcer un accord de paix au rabais en Ukraine ou de l'escalade militaire actuelle dans le détroit d'Ormuz face à l'Iran, les conséquences restent directes pour nous. Instabilité géopolitique, mais aussi flambée des prix de l'énergie et impact immédiat sur le prix à la pompe pour les Français.
Alors, Monsieur le ministre, face à ce congrès renouvelé et un président américain affaibli, mais toujours menaçant, quelle sera la stratégie de la France ? Ce tsunami bleu doit et peut être l'opportunité d'un sursaut pour l'autonomie stratégique européenne.
Je vous remercie.
Réponse de Jean-Noël Barrot :
Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les députés, Madame la députée.
Oui, le résultat d'hier l'a montré à ceux qui en doutaient encore, la démocratie américaine est vivante et bien vivante. Les électeurs américains ont marché littéralement sur les urnes pour reprendre le contrôle, pour faire entendre leur voix. Une participation qui a atteint un record absolu, poussé notamment par la mobilisation des jeunes, et des États qui étaient ancrés dans un camp depuis des décennies et qui ont subitement basculé. Les scrutins se sont parfaitement déroulés. Les résultats ne sont ni contestables ni contestés, le président des États-Unis lui-même a admis et reconnu la surperformance des candidats démocrates.
C'est donc une très bonne nouvelle pour la démocratie américaine, et encore une démonstration qu'en démocratie, c'est le peuple qui écrit sa propre histoire et que personne, ni les algorithmes, ni les intérêts privés ne peuvent le faire à sa place.
Alors oui, ici, dans notre pays, il y en a certains que ce résultat réjouira. Et puis il y en a d'autres que ce résultat décevra. Et j'ai une pensée émue pour Monsieur Jordan Bardella et ses amis, mais j'espère très sincèrement qu'ils s'en remettront. Cependant, nous aurions tort et nous commettrions une grave erreur si l'espace d'un instant, nous nous détournions de la nécessité urgente et vitale pour garantir notre indépendance nationale, de construire une Europe plus forte, plus prospère et plus démocratique, indépendamment des choix qui sont faits outre-Atlantique. Ça fait longtemps que les États-Unis ont réorienté leurs priorités de l'Atlantique vers le Pacifique et ça fait longtemps qu'ils avertissent l'Europe que désormais le moment est venu qu'elle se prenne en charge.
Alors accélérons pour faire de l'Europe une superpuissance démocratique qui soit capable de résister à la pression technologique, à la pression commerciale, à la pression militaire des nouveaux empires et qui ouvre une troisième voie dans laquelle s'engouffreront l'immense majorité des peuples du monde qui, comme le peuple français, ne veulent être les vassaux de personne et entendent rester libres.