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Jean-Noël Barrot : « Le cas de Xenia Fedorova illustre la menace d’ingérence à laquelle nous sommes confrontés »

Jean-Noël Barrot
Jean-Noël_Barrot -JNB

Après l’arrêté d’expulsion prononcé contre la propagandiste russe, fin juillet, le ministre rappelle, dans une tribune au « Monde », l’importance de faire la distinction entre l’opinion, qui cherche à convaincre, la manipulation de l’information, qui vise à tromper, et l’ingérence, dont l’objectif consiste à peser de l’extérieur sur notre liberté de choix.

Mercredi 29 juillet, la propagandiste russe Xenia Fedorova a fait l’objet d’un arrêté d’expulsion. Cette professionnelle de la subversion, formée en Russie, exécutait des opérations de déstabilisation pilotées par le Kremlin. Son cas – dont le recours en référé a été rejeté à deux reprises par le tribunal administratif de Paris – illustre la menace d’ingérence à laquelle nous sommes confrontés. Les adversaires de la démocratie nous observent. Ils scrutent nos débats, exploitent nos colères et nos peurs. Leur objectif est simple : peser sur nos choix sans avoir à répondre de leurs actes.

Face à la menace, la France a pris de l’avance. Dès 2021, sous l’impulsion du président de la République, Emmanuel Macron, nous avons fait le choix de la transparence, en montrant aux Français les manipulations étrangères dont ils sont la cible. Faux comptes, vidéos dopées à l’intelligence artificielle, algorithmes manipulés, cyberattaques : les ingérences ne se voient pas toujours à l’œil nu. Il faut apprendre à les détecter pour mieux les déjouer. Mais le monde a changé. La compétition internationale est devenue brutale, et les frontières entre influence, compétition et subversion se sont brouillées. De la Moldavie à l’Allemagne, en passant par la Roumanie et la Pologne, nous avons vu la même mécanique se mettre en œuvre : propagande, manipulation de l’information, financements opaques, jusqu’aux actes de sabotage et aux attaques de drones observées la semaine du 3 août à Leipzig (Allemagne). Le but est toujours le même : peser sur les élections, délégitimer les responsables politiques, dresser les citoyens les uns contre les autres.

La France s’adapte à cette nouvelle donne. Des initiatives nouvelles ont été lancées. Depuis 2022, le Quai d’Orsay a développé ses capacités de veille et d’analyse des récits adverses. Mais comprendre ne suffit plus : il faut riposter et dissuader. Avec le compte « French Response », nous répondons désormais en temps réel aux attaques qui visent la France. Et nous n’hésitons plus à manier l’humour et l’ironie, deux armes dont nos adversaires n’ont pas le monopole. Partout dans le monde, nos ambassades ont reçu la même mission : oser, riposter, rétablir les faits. Notre message est clair : on ne s’attaque pas impunément à la France. Nous le voyons tous les jours : les adversaires de la démocratie et de la liberté ont décidé de livrer une bataille culturelle contre la France et l’Europe, qui en sont à la fois l’incarnation et le sanctuaire. « Décadence », « déclassement », « extinction civilisationnelle »… Ils cherchent, par la construction et la diffusion de récits apocalyptiques, à nous décourager, en ternissant l’image d’un continent où l’on vit mieux que partout ailleurs dans le monde : on y vit plus libres, plus longtemps et en meilleure santé.

Dans cette bataille, gardons-nous de tomber dans le piège qui nous est tendu. Nos adversaires voudraient que nous finissions par enterrer nous-mêmes la liberté d’expression. Ils voudraient que nous confondions opinion, manipulation de l’information et ingérence. Soyons clairs. Une opinion n’est pas une ingérence. Elle peut être exprimée librement et sans crainte. On peut critiquer la France, son gouvernement ou sa politique étrangère. On peut le faire durement, injustement même : c’est la liberté d’expression. Elle est sacrée. La manipulation de l’information commence lorsqu’une information fausse ou trompeuse est diffusée délibérément dans l’intention de nuire. L’ingérence, quant à elle, résulte d’une intervention étrangère destinée à influencer nos choix. Elle peut avoir recours à la manipulation de l’information, mais aussi aux financements opaques, aux cyberattaques, à l’intimidation ou au sabotage. En résumé, une opinion cherche à convaincre ; la manipulation de l’information cherche à tromper ; l’ingérence cherche à peser de l’extérieur sur notre liberté de choix.

Ecrire notre propre récit

Cette distinction est essentielle. Nous n’avons qu’un objectif, à savoir permettre aux Français de se forger librement leur propre opinion. Il ne s’agit pas de mettre notre démocratie sous cloche, mais de garantir les conditions d’une agora souveraine. Nous voulons que ce débat reste le nôtre, qu’il demeure la propriété exclusive du peuple français, et que personne ne puisse en fausser les règles de l’étranger. Le projet de loi présenté par le gouvernement cet été y contribuera de façon décisive.

Mais, pour cesser de subir et d’encaisser les coups dans cette bataille culturelle que nous livrent sans relâche nos adversaires, nous ne pouvons rester sur la défensive. Le moment est venu de nous saisir de l’arme la plus puissante qui soit : écrire notre propre récit. La France n’a besoin de personne pour raconter son histoire. De l’appel du 18 juin à la prise de la Bastille, du souvenir du Vél’d’Hiv à celui du 13-Novembre, notre histoire est faite de gloires et de blessures, d’audaces et de résistances. Aujourd’hui encore, le rayonnement de nos artistes et de nos scientifiques à travers le monde témoigne de la puissance du génie français. Il dit tout de ce que nous sommes : un peuple audacieux, fier et frondeur, qui entend rester libre de choisir son destin. Faisons vivre ce récit national et ne laissons personne l’écrire à notre place.

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