Jean-Noël Barrot : « Ne nous laissons pas contaminer par la propagande de Vladimir Poutine »
Soutien à l’Ukraine, tensions au Proche-Orient et préparation de l’élection présidentielle de 2027 : invité de France Inter ce jeudi 15 octobre, Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères et vice-président du MoDem, a défendu une ligne de fermeté face aux ambitions impérialistes, de responsabilité dans un contexte international tendu et de rassemblement de l’espace démocrate pour les prochaines échéances électorales.
Ukraine : « Ne nous laissons pas contaminer par la propagande de Vladimir Poutine »
Alors que les interrogations sur la pérennité du soutien américain à l’Ukraine alimentent les débats, Jean-Noël Barrot appelle à ne pas céder aux discours défaitistes.
Ça fait 20 fois depuis le début de la guerre d'agression russe en Ukraine qu'on nous annonce que l'Ukraine va chuter, que les Etats-Unis abandonnent l'Ukraine.
Pour notre ministre, ces annonces participent à une stratégie visant à affaiblir la détermination des Ukrainiens et de leurs soutiens.
Face à cette guerre qui se joue aussi dans les esprits, l'Europe assume désormais une part essentielle de l'effort. Jean-Noël Barrot rappelle les mesures prises ces derniers jours : 6 milliards d'euros transférés à l'Ukraine, 1 600 sanctions adoptées contre des responsables russes du complexe militaro-industriel et l'arraisonnement d'un navire de la flotte fantôme russe. Il souligne également le rôle central des Européens dans le soutien opérationnel à Kyiv :
Deux tiers du renseignement qui est fourni à l'Ukraine l'est aujourd'hui par les Européens et singulièrement par la France.
Le ministre défend enfin un principe fondamental : le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Alors que la question d'élections en Ukraine revient régulièrement dans le débat, il rappelle que leur organisation relève de la décision des Ukrainiens, dans des conditions permettant leur tenue. Le président Volodymyr Zelensky s'est lui-même dit prêt à organiser un scrutin si un cessez-le-feu intervient et si les bombardements russes cessent.
Jean-Noël Barrot conclut sur une conviction qui guide l'engagement français et européen :
Tout ça ne va entamer en rien la détermination des Ukrainiens et des Européens à résister contre le dessin impérialiste et colonial de Vladimir Poutine. Un peuple qui aspire et qui se bat pour sa liberté et son indépendance, rien ni personne ne peut lui résister.
Proche-Orient : protéger les infrastructures énergétiques et refuser l’instrumentalisation du conflit
Les tensions au Proche-Orient ont également été au cœur de l'entretien. Après les attaques meurtrières ayant récemment visé l'aéroport de Riyad, l'Arabie saoudite a besoin de moyens supplémentaires pour protéger ses infrastructures stratégiques. La France discute avec les autorités saoudiennes des besoins en matière de défense, avec la possibilité de déployer des militaires, des capacités de détection, des radars et du matériel adapté.
Jean-Noël Barrot insiste sur l'urgence de cette coopération :
Il est nécessaire que nous puissions protéger les infrastructures énergétiques de l'Arabie saoudite pour que ce corridor puisse fonctionner et ne vienne pas s'ajouter à la hausse des prix que nous connaissons actuellement une complication supplémentaire.
Interrogé sur la polémique autour d'un film consacré au conflit israélo-palestinien, le ministre a, de son côté, dénoncé l'exploitation politique des tensions internationales. Sans commenter une œuvre qu'il n'a pas vue, il regrette qu'un conflit « pas toujours très bien compris par les forces politiques dans notre pays » soit « importé constamment, systématiquement, pour servir des fins politiques ».
Il met notamment en garde contre les amalgames entre les souffrances vécues au Proche-Orient et les inquiétudes des communautés en France.
Ce dont il faut se garder, c'est d'importer ou de projeter ce que peuvent être les souffrances ou les inquiétudes des juifs de France, des musulmans de France, sur un conflit qui n'est pas le leur.
Présidentielle : « Au MoDem, nous défendons une primaire »
À 6 mois de l'élection présidentielle, Jean-Noël Barrot confirme que le MoDem entend prendre toute sa part dans la préparation des prochaines échéances. Face à la multiplication des candidatures, nous défendons une méthode pour faire converger les forces de l'espace central et démocrate : une primaire ouverte, proposée par François Bayrou.
Bien sûr, nous la défendons cette primaire. François Bayrou l'a proposée. Il est encore temps de passer par là.
Cette démarche vise à rassembler celles et ceux qui refusent les extrêmes et souhaitent construire une alternative crédible.
La grande primaire, elle est très ouverte. Elle vise à permettre à ceux qui refusent le double poison, si je puis dire, de l'extrême droite et de l'extrême gauche, de se rassembler pour espérer l'emporter.
Pour autant, Jean-Noël Barrot invite à ne pas faire de la présidentielle l'unique horizon politique. Il rappelle que les élections législatives de l'année prochaine seront déterminantes, dans un contexte où le futur président ou la future présidente ne disposera pas nécessairement d'une majorité absolue à l'Assemblée nationale.
Il faudra donc être capable de construire des majorités et de former une coalition pour gouverner. C'est précisément à cette perspective que les démocrates entendent travailler : au-delà des ambitions individuelles, préparer les conditions d'un rassemblement démocratique durable, capable de répondre aux attentes des Français et de faire avancer le pays.