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François Bayrou : « La voix de la France sera entendue à la mesure du redressement du pays »

Invité de la matinale internationale de RFI ce jeudi 16 juillet, François Bayrou a répondu aux questions d'Arnaud Pontus.

Présentation : Notre invité pour répondre à nos questions, l'ancien Premier ministre français, président du Mouvement Démocrate, François Bayrou, auteur du livre Alerte sur la France qui vient publié aux éditions de l'Observatoire. 

Bonjour François Bayrou. 

François Bayrou : Bonjour. 

Question : Merci d'être sur RFI ce matin. Vous êtes donc de retour après un silence de neuf mois avec ce livre « Alerte sur la France qui vient ». Vous alertez sur la gravité de la situation dans un pays au bord de la catastrophe, un pays en danger à cause de sa dette. Mais pourquoi le dire et l'écrire aujourd'hui ? 

François Bayrou : Pour une raison simple, c'est qu'il n'y aura de sauvegarde que dans la prise de conscience des Français eux-mêmes. Je dis toujours, on croit que les gouvernants gouvernent. Mais en fait, ce n'est pas vrai. Ceux qui gouvernent vraiment, ce sont les citoyens, c'est-à-dire par l'intermédiaire des enquêtes d'opinion, des sondages, que les gouvernants scrutent au jour le jour, souvent trop à mon avis, mais cette attente de la société, cette attente de l'opinion publique et cette attente de l'opinion civique, c'est en réalité là que tout se joue. 

Question : Cela crée les priorités des gouvernants ou de ceux qui aspirent à gouverner, c'est cela ? François Bayrou : C'est exactement ça. 

Question : C'est ce que vous nous dites. Donc il est utile de dire aujourd'hui, attention, la falaise est là. 

François Bayrou : Oui, alors, pendant très longtemps, on pouvait dire attention. Aujourd'hui, c'est plus que cela. C'est pourquoi le mot « alerte » a tout son sens. Parce que la crise qui vient, que d'autres pays que nous ont connus, puisque vos auditeurs l'ont observée dans bien des pays. Ils l'ont observée bien sûr en Grèce. Ils l'ont traversée en Italie, ils l'ont traversée en Espagne, ils l'ont traversée au Portugal, ils l'ont traversée en Suède, ils l'ont traversée au Canada. Tous ces pays ont connu la même crise. 

Question : Vous nous dites que la France en est là, François Bayrou ? 

François Bayrou : La France en est à cette situation que des ménages si nombreux traversent, à savoir une situation de surendettement. C'est-à-dire, vous êtes tellement submergé par la dette qui vous a aidé pendant des décennies à vos dépenses quotidiennes, vous êtes tellement submergé que vous n'arrivez plus à rembourser. Et pour rembourser, il faut réemprunter. Et vous connaissez ce mécanisme, qui est un mécanisme terrible, parce que c'est un étranglement. Alors il suffit de donner les chiffres. Un pays comme le nôtre n'a jamais remboursé un euro de dette depuis 50 ans. Depuis 50 ans que tous les budgets votés par le Parlement sont en déficit, jamais la France n'a remboursé ce qu'elle devait. Non, elle n'a jamais remboursé un euro de cette dette. Et donc le montant de la dette n'a cessé de croître. Mais aujourd'hui, la question principale et angoissante, c'est celle des intérêts de la dette. Parce que vous ne pouvez pas rembourser le capital, mais les intérêts, vous êtes bien obligé de les payer à vos créanciers. Et nos créanciers pour les deux tiers sont étrangers. En tout cas, plus de la moitié sont étrangers. Ce qui veut dire que le montant des intérêts qui monte comme une marée inexorable, le montant de ces intérêts-là, il était à 30 milliards il y a quelques années. Cette année, il sera, écoutez bien, de 80 milliards. L'année prochaine à plus de 90 et en 2030 à 120. Or, pour savoir ce que c'est cette somme représente, c'est très simple, il suffit d'additionner l'impôt sur le revenu que vous payez, que chacun d'entre nous paie, que vos voisins, cousins, amis paient, la totalité de l'impôt sur le revenu payé par la totalité des Français, cela fait 90 milliards. Cela veut dire que l'année prochaine, la totalité de l'impôt sur le revenu payé par la totalité des Français ne suffira pas à couvrir les intérêts de la dette. 

Question : Et qu'est-ce que ça veut dire ? 

François Bayrou : Cela veut dire que toute notre capacité de création, d'investissement, tout cela est pompé pour aller alimenter les comptes de nos créanciers. Et ceci est naturellement inexorable. 

Question : Et c'est le rendez-vous que notre pays a avec sa propre désinvolture, légèreté ?  

François Bayrou : Oui. 

Question : François Bayrou, on pourrait vous dire que vous avez été l'allié, puis le Premier ministre, d'un président de la République qui a alourdi cette dette de 1200 milliards d'euros durant ces 10 années au pouvoir. Est-ce que cela rend votre message vraiment audible ? 

François Bayrou : Ah mais, arrêtez-vous un quart de seconde. Comme Premier ministre, je suis allé devant l'Assemblée nationale pour mettre en jeu l'avis du gouvernement en disant « c'est tellement grave » que c'est aujourd'hui qu'il faut prendre la décision de réorienter notre politique. On en aura pour des années, mais au moins, il faut remettre le pays sur les rails. Qui l'a fait d'autre ? 

Question : Et vous êtes tombé sur cette question ? 

François Bayrou : Oui, je suis tombé, parce que les oppositions ont décidé qu'elles refusaient de voir. Et est-ce que vous croyez que j'aurais fait cela sans l'accord du président de la République ? 

Question : 

Mais votre successeur ne l'a pas fait. 

François Bayrou : Eh bien oui, c'est vrai qu'il y a des orientations différentes. La mienne, assumée, c'est de dire la vérité aux citoyens. Et c'est vrai que je n'aurais jamais accepté de signer le renoncement à la réforme des retraites. 

Question : François Bayrou, tous les sondages nous disent aujourd'hui que c'est le Rassemblement National qui est aux portes du pouvoir ou à peu près. Le RN assure pouvoir réduire les déficits, il vous a entendu, faire des dizaines de milliards d'économies, il vous a entendu, mais en réduisant les dépenses liées à l'immigration et en réduisant la contribution de la France à l'Union Européenne. 

François Bayrou : C'est une blague. Ce sont les promesses fallacieuses que tous les politiques souvent et démagogues à coup sûr avancent devant les Français. La vérité est que sur l'immigration, les études conduites par les mêmes disent qu'on peut économiser 6 milliards d'ici quelques années. Et 6 milliards, c'est à peu près 5 milliards. 3% des économies qu'il va falloir faire. Donc, c'est ridicule. 

Question : Donc ce n'est pas à la hauteur des enjeux. 

François Bayrou : Je n'aime pas insulter les gens. Mais c'est un mensonge. C'est un mensonge sur l'immigration et sur l'Union européenne. Et sur l'Europe, c'est très simple. Si vous refusez de remplir vos obligations à l'égard de l'Europe, l'Europe ne remplira plus ses obligations à votre égard, notamment en matière agricole. Et il y aura une coupure à l'intérieur de l'Europe. C'est-à-dire que messieurs Trump et Xi Jinping se frotteront les mains en disant, voilà, nous avons obtenu ce que nous voulions, et les Européens se séparent, se divisent. Je ne dis pas qu'il n'y a rien à faire dans les économies au sein de l'Union européenne, je suis sûr du contraire. Mais je sais avec certitude que cela n'est pas la bonne voie. C'est très important, parce que c'est la politique du bouc émissaire. Depuis des années, et notamment les extrêmes vont devant les Français en disant, écoutez : « vous, vous n'aurez pas d'effort à faire ». On va faire faire l'effort par les immigrés, ou par l'Europe, ou par les riches, comme dit l'extrême gauche. La vérité est que c'est la société française tout entière qui doit prendre cette question en main et choisir les voies que lui permettront d'obtenir le redressement. 

Question : Il nous reste à peine deux minutes, François Bayrou. Dans votre livre, vous décrivez des gouvernements successifs qui se sont abandonnés à la dette. Des politiques qui refusent de voir la vérité. Un pays qui s'appauvrit, des générations futures qui vont traverser la tempête et l'orage, c'est l'expression que vous employez. Je me mets deux secondes à la place des auditeurs qui nous écoutent à l'étranger. Ils disent : « Bayrou l'a dit, la France est foutue ». 

François Bayrou : Non, la France est un pays qui a 1000 ans. Et Dieu sait qu'elle a traversé des tempêtes et notamment des tempêtes sur ce sujet-là. Et donc, c'est simplement le moment où il faut saisir la gravité de ce que nous traversons. Et mobiliser la volonté nationale pour se redresser. C'est à cet instant que se joue le destin du pays. 

Question : Mais la question de la place dans le monde est posée par cette question de la dette, notamment. 

François Bayrou : Alors la question de la place dans le monde que vous voyez, la France, par l'intermédiaire du président de la République, occupe de manière unique. Il n'y a pas d'autres dirigeants en Europe. 

Question : Vous dites qu'il est à la hauteur. 

François Bayrou : Oui, et on l'a encore vu cette semaine, au moment où tous les contributeurs de la coalition des volontaires se sont réunis à Paris. Mais la voix de la France, elle sera entendue à la mesure du redressement du pays. Il y a un lien qu'on ne peut pas oublier, qu'on ne peut pas écarter entre eux. La volonté nationale qui redresse le pays est la place de la France dans le monde. Grâce aux gouvernements successifs et grâce à l'intuition du général de Gaulle, on a obtenu pour la France ce statut unique, mais ce statut unique ne sera soutenu que si, à l'intérieur du pays, on mobilise les énergies nécessaires pour obtenir ce redressement qui va obliger tout le monde à participer aux efforts. 

Merci François Bayrou  d'être venu ce matin. On sait que vous ne serez pas candidat en 2027. Vous reviendrez nous dire pour qui vous votez prochainement. Bonne journée à vous.

 

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