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François Bayrou : « Il faut une compétition loyale et franche à l’intérieur de ce grand espace, borné par deux frontières, "jamais avec le RN" et "jamais avec LFI" »

François Bayrou - FB 2023

Retrouvez ci-dessous la tribune de François Bayrou publiée dans La Tribune Dimanche aujourd'hui.

Inutile d’insister, à la veille de l’élection présidentielle, sur la gravité de la situation pour notre pays. La crise financière arrive, force 10, même si les « responsables » politiques s’obstinent à l’ignorer. Parallèlement, la planète est entraînée dans un maelström de déstabilisation générale. Les guerres sont partout, d’abord chez nous en Europe, et sans fin au Moyen-Orient. La violence, militaire, diplomatique, commerciale, est maîtresse du jeu.

Le président américain dans une sarabande pathologique en vient à attaquer ses alliés, européens, canadiens, japonais, et affiche sa connivence avec nos pires ennemis comme la Corée du Nord. Enfin une menace politique imminente plane sur la France. Depuis trois quarts de siècle, quelles que soient les difficultés, notre pays a résisté aux menaces et aux risques de l’extrémisme des deux bords.

Mais à la veille de l’élection de 2027, une tenaille infernale s’est mise en place : Mme Le Pen apparaît largement en tête des sondages et l’extrême gauche de Mélenchon, porté par une campagne puissante, est aux portes du deuxième tour. Or cette tenaille, dans ses deux branches, porte un danger mortel pour notre pays.

Ce n’est pas seulement que tous les deux multiplient les promesses délirantes. Mais surtout, tous les deux ont choisi de cibler leur politique sur des boucs émissaires, de diviser le pays contre lui-même, classe contre classe, origine contre origine, France contre Europe, haine contre haine, et d’entraîner les plus jeunes dans ces déchirures et détestations.

« Deux extrêmes se nourrissent l’un l’autre »

Selon son bord, on se focalise sur l’horreur de l’un ou de l’autre. C’est notre honneur d’affirmer que ces deux périls, désormais imminents, menacent également la vie de notre pays. Pour la première fois depuis la guerre, de nombreux citoyens français ont peur.

Peur d’être ciblés pour leur origine, réelle ou supposée, proche ou lointaine, leur religion réelle ou supposée, pour leur couleur de peau, la communauté culturelle dans laquelle ils sont nés. Pour la première fois, de nombreux citoyens français se disent incapables de supporter la menace et envisagent, disent-ils, de quitter ce pays qu’ils aimaient.

C’est une insupportable honte pour l’idée que nous nous faisons de la France. Et ces deux extrêmes se nourrissent l’un l’autre, chacun des deux se présentant, auprès de ceux qui ont peur, comme le seul rempart contre l’autre. Cette « tenaille du pire » change la nature de l’élection présidentielle qui vient.

Celle-ci, en raison de la règle qui ne permet la présence au deuxième tour que des deux seuls candidats arrivés en tête, faisait du premier tour un tour de sélection, et pour le second un tour décisif où l’on pouvait éliminer le risque le plus grave.

Cette fois, la situation est tout autre. Si le grand ensemble des démocrates, des républicains, des réformistes, des humanistes, part divisé au premier tour, ce sont les deux extrêmes qui seront au second tour. Le pire contre le pire. Catastrophe assurée. La question de notre responsabilité collective est donc posée.

Aucun des candidats déjà déclarés, aucun de ceux qui pensent à se déclarer, ne marque de points décisifs. Aucun ne paraît réellement porteur du renouvellement que le pays attend en cette fin de cycle politique. Aucun n’a la légitimité suffisante pour dominer tous les autres. Chacun prétend que les sondages vont lui apporter la prééminence. Et aucun mouvement significatif ne peut dissimuler l’inexorable effritement de l’ensemble.

Le constat qui s’impose est sans ambiguïté. Si nous sommes responsables, dans ce grand espace républicain, démocratique, de liberté, d’économie créative et de vocation sociale, de conscience européenne, il faut un seul candidat. Pour que ce candidat s’impose il faut qu’il soit choisi dans un processus commun. C’est le seul chemin pour conquérir la légitimité perdue.

Une compétition loyale et franche à l’intérieur de ce grand espace, borné par deux frontières, « jamais avec le RN » et « jamais avec LFI ». Un débat de plusieurs semaines, tranché à la fin du mois de janvier par un vote par Internet ouvert aux millions de Français qui veulent que notre pays échappe au piège qui lui est tendu.

Ce n’est pas une primaire habituelle, puisque cette compétition n’aura pas lieu à l’intérieur d’un seul parti, ni d’un seul camp. Ce ne sera pas comme les primaires habituelles un mécanisme de division, mais au contraire un mécanisme de rassemblement, puisque tous les candidats seront obligés de s’adresser non pas seulement à leurs partisans, ce qui pousse à l’outrance, mais à d’autres sensibilités, compatibles mais différentes.

Il faudra convaincre non seulement ses amis, mais des gens venus d’autres horizons, rassemblés sur l’essentiel. Celle ou celui qui convaincra aura la légitimité qui permet de rassembler. On pourra construire ensemble. La question n’est plus celle des camps, elle est celle de la République et de la nation.

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