Bruno Fuchs : « Poutine cherche à élargir le conflit et à déstabiliser l’Europe qui se réarme »
Bruno Fuchs, député du Haut-Rhin et président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, était le grand invité international de RFI ce mercredi 22 juillet.
Ukraine : « La grande priorité est la guerre avec la Russie »
Alors que l’Ukraine traverse une séquence politique marquée par des tensions au sommet de l’État, Bruno Fuchs a relativisé la portée de cette crise, rappelant que les situations de guerre mettent à rude épreuve les équilibres démocratiques.
Avec la pression de la rue, on voit bien qu’il y a des épisodes politiques qui font évoluer la vie de la gouvernance des pays.
Il a aussi souligné que « les situations de guerre sont extrêmement éprouvantes pour une démocratie et pour une gouvernance ».
Pour le président de la commission des affaires étrangères, cette période de tensions doit avant tout être comprise comme le reflet de divergences stratégiques au sein du pouvoir ukrainien.
Cette crise, entre guillemets, est une crise passagère, qui est une crise structurelle, humaine bien sûr, médiatique maintenant, mais structurelle sur la vision que, soit le chef d’état-major ou l’ancien, portait, et qui est une vision assez différente de la stratégie de l’ancien ministre.
Alors que l’Ukraine bénéficie d’un soutien renforcé de ses partenaires occidentaux, Bruno Fuchs a insisté sur le fait que l’objectif principal demeure la résistance face à l’agression russe :
La grande priorité et l’ensemble des énergies ukrainiennes sont focalisées sur la guerre avec la Russie et la capacité à la gagner ou en tout cas entraver l’avancée des Russes.
La menace russe dépasse cependant largement le seul territoire ukrainien. À l’occasion d’un déplacement à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie avec ses homologues allemand et polonais dans le cadre d'une mission diplomatique, Bruno Fuchs a alerté sur les stratégies de déstabilisation menées par Moscou et ses alliés.
Minsk est une menace pour la démocratie d’abord, parce qu’on voit que le régime est extrêmement autoritaire. Et donc c’est une menace pour la Pologne, mais une menace pour la Pologne, c’est une menace pour l’Europe.
Face à ces tentatives de fragilisation, Bruno Fuchs a rappelé l’importance d’une Europe plus forte et mieux organisée sur les questions de défense. Il salue la dynamique engagée pour renforcer l’autonomie stratégique européenne et affirme :
La grande priorité est la capacité de l’Europe à augmenter sa défense mais aussi la gouvernance, car il faut piloter cette défense le plus rapidement possible.
S’il estime que la Russie cherche à élargir son influence et à multiplier les pressions, il ne considère pas pour autant qu’une guerre directe contre l’Europe soit imminente. « Je pense que c’est quand même assez présomptueux, alors même que Poutine a du mal à avancer dans le Donbass », a-t-il expliqué, tout en appelant à rester vigilant face aux « signes politiques » envoyés par Moscou.
Moyen-Orient : « Défendre la paix et résoudre les conflits sur le plan politique »
Interrogé également sur la reprise des tensions au Moyen-Orient, Bruno Fuchs a rappelé la ligne portée par la France : privilégier la voie diplomatique et la recherche d’une issue politique aux conflits.
Je pense qu’on a une position en France qui est très claire, qui est celle de la paix, et donc de défendre la paix et donc de défendre les conflits et de les résoudre sur le plan politique.
Selon lui, l’évolution de la situation dépendra notamment du rapport de force entre les tensions militaires et les fragilités économiques. « On voit bien qu’il y a une course entre la capacité des mollahs à résister et l’évolution de l’économie », a-t-il analysé, évoquant une confrontation entre « économie contre guerre ».
Pour le député du Haut-Rhin, la sortie de crise passera nécessairement par la reprise du dialogue :
Ce rapport de force doit amener à un moment les belligérants à continuer à discuter, à régler le problème sur des bases politiques. Je pense que c’est la clé de sortie.