Jean-Noël Barrot : « L'extrême droite a pour seule politique de dresser les Français les uns contre les autres »
Invité de C à vous sur France 5 ce 23 juin, Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères et vice-président du MoDem, est revenu sur trois sujets majeurs de l’actualité internationale : les dix ans du Brexit, les tensions autour de l’immigration au Parlement européen et la situation en Iran. À chaque fois, il a plaidé pour une Europe souveraine, démocratique et fidèle à ses valeurs.
Royaume-Uni : « Le Brexit n’a tenu aucune de ses promesses »
Dix ans après le vote britannique, Jean-Noël Barrot a dressé un constat sans ambiguïté des conséquences de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Selon lui, « le Brexit n’a tenu aucune de ses promesses » et a même conduit à un affaiblissement économique du pays.
Le Brexit a appauvri le Royaume-Uni. Il a été mal négocié par les dirigeants.
Le ministre rappelle qu’avant le Brexit, « la richesse par tête du Royaume-Uni était de 3 000 euros supérieurs par habitant et par an à celle de l’Union européenne ». Désormais, explique-t-il, « la richesse par habitant du Royaume-Uni est inférieure à celle de l’Union européenne ». Une évolution qui démontre, selon lui, que « le Brexit a appauvri le Royaume-Uni ».
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques et commerciales, Jean-Noël Barrot souligne plus largement la nécessité de l’action collective européenne.
Nous avons besoin de ces mécanismes de solidarité qu’offre par exemple l’Union européenne pour pouvoir résister à la pression des empires, résister aux guerres commerciales et puis investir pour être plus souverain, pour être plus indépendant.
À l’inverse, « quand on est tout seul, eh bien inévitablement on se fragilise et on s’affaiblit ».
Alors que certains Britanniques évoquent désormais l’idée d’un retour dans l’Union européenne, la France se dit ouverte à cette perspective. « Nous sommes tout à fait prêts à ouvrir la porte au Royaume-Uni pour un retour dans une Union européenne qui vient avec des droits, c’est vrai, mais aussi des devoirs », affirme le ministre.
Au national, notre vice-président affirme qu'avec l'exemple du Brexit, les partisans du Frexit « ont changé de disque » car ils se sont aperçus « que ça ne produisait pas les effets escomptés ».
Tous les partisans du Frexit, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen... qui, il y a 10 ans, n'avaient que le Frexit à la bouche, ont changé de disque. À mon avis parce qu'ils se sont aperçus que ça ne produisait pas les effets escomptés.
Jean-Noël Barrot voit également dans le Brexit une illustration des dangers de la polarisation démocratique. « L’une des premières manifestations des conséquences de cette polarisation, c’est le Brexit », estime-t-il, alertant sur le risque d’un débat public fragmenté par les réseaux sociaux et les plateformes numériques. Pour lui, « il est urgent de reprendre le contrôle d’abord sur notre espace démocratique » afin de préserver la capacité des citoyens à débattre et à décider collectivement.
Parlement européen : « Sur l'immigration, la priorité c'est d'obtenir des concessions de la part du pays d'origine »
Interrogé sur les images de députés d’extrême droite célébrant l’adoption d’un texte sur les retours de migrants en situation irrégulière, Jean-Noël Barrot a dénoncé des scènes « glaçantes », « effrayantes » et « profondément choquantes ». Pour lui, « l'extrême droite en France et en Europe a renoncé à tout espoir, considère que la France et l'Europe ont déjà perdu ». Il ajoute :
Et comme ces élus d'extrêmes droite ont perdu tout espoir, la seule politique qu'ils se donnent et qu'ils proposent, c'est de dresser les Français et les Européens les uns contre les autres et de désigner des boucs émissaires.
Le ministre oppose à cette vision une approche pragmatique de la question migratoire. Il rappelle que les avancées récentes en matière de maîtrise de l’immigration irrégulière trouvent leur origine dans l’action de la France lors de sa présidence du Conseil de l’Union européenne en 2022. « Ce règlement retour, qui était à la peine depuis des années, a été réactivé », souligne-t-il.
Pour Jean-Noël Barrot, les Européens attendent une politique efficace permettant de « juguler l’immigration irrégulière », tout en restant fidèle aux principes européens. C’est pourquoi la France soutient le renforcement des retours vers les pays d’origine mais rejette fermement la création de centres de retour dans des pays tiers.
« Nous sommes opposés à cette mesure pour des questions de principe.
Selon lui, « il n’y a pas besoin de réfléchir longtemps pour s’apercevoir que le principe de créer des camps dans des pays tiers n’est pas tout à fait conforme à la vision que nous avons de nous-mêmes et de l’Europe ». Il juge également cette solution inefficace, rappelant les échecs rencontrés par les dispositifs expérimentés par le Royaume-Uni ou par l'Italie.
Le ministre défend au contraire une stratégie fondée sur la coopération avec les pays d’origine, grâce aux leviers dont dispose l’Union européenne. « Pour le retour des étrangers en situation irrégulière, la priorité c’est d’obtenir des concessions de la part du pays d’origine », explique-t-il, notamment par l’utilisation des outils commerciaux ou des politiques de visas.
Iran : « Cette guerre ne fait que des perdants »
Enfin, Jean-Noël Barrot est revenu sur la situation dramatique en Iran et les conséquences du conflit qui secoue la région.
S’adressant au peuple iranien, il a tenu à rappeler que la France n’oublie pas la répression menée par le régime. « Nous n’oublions rien de la répression sanglante et des massacres dont ils ont été les victimes », déclare-t-il, évoquant les sanctions prises contre les responsables du régime et les auteurs de la censure numérique.
Et nous allons continuer à prendre des sanctions tant nous réprouvons cette attitude inqualifiable du régime vis-à-vis de son peuple.
Le ministre insiste également sur le coût humain du conflit. « Cette guerre ne fait que des perdants et ils en sont les principaux », affirme-t-il à propos des Iraniens. Selon lui :
Les principaux perdants de la guerre de ces derniers mois, ce sont les populations civiles, et singulièrement les populations civiles en Iran, pris entre deux feux, celui de la répression et celui des bombardements.
Pour Jean-Noël Barrot, la stabilité régionale passe nécessairement par une évolution profonde du régime iranien. « Il n’y aura pas de paix et de stabilité dans cette région sans que ce régime ne puisse se résoudre à des concessions radicales, un changement radical de posture », estime-t-il. L’objectif reste de permettre « la coexistence pacifique de l’Iran avec son environnement régional » tout en donnant aux Iraniens la possibilité de « construire librement leur avenir ».