Jean-Noël Barrot : « Je récuse l’idée que l’élection présidentielle serait jouée d’avance »
Notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et vice-président, Jean-Noël Barrot, a accordé un entretien au Figaro.
LE FIGARO. - Vous organisez, dimanche, une « Fête de la démocratie ». Quel est le sens de votre démarche ?
Jean-Noël BARROT.- C’est la première édition d’un moment d’expression et de rassemblement convivial, ouvert à tous ceux qui défendent la démocratie, croient en la France et l’Europe et refusent que le débat public soit pris en tenailles par les extrêmes qui éclipsent les sujets essentiels pour notre avenir car ils se satisfont des dérives actuelles.
Un coup de gueule collectif pour que soient enfin traitées les vraies questions.
C’est le moment pour le faire car, l’année prochaine, l’élection présidentielle comptera triple tant les enjeux qui se dressent devant nous sont gigantesques.
C’est un évènement pour imposer des thématiques dans le débat public ?
Oui. Ne laissons pas Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui sont d’accord sur presque tout, nous détourner des vrais problèmes du pays.
La gérontocratie, qui écrase la jeunesse de France sous le poids de la dette financière, écologique et technologique et qui menace de provoquer une guerre des générations.
La technocratie, qui entrave la liberté d’initiative, dépossède les Français de leur pouvoir d’agir et l’exerce à leur place depuis les bureaux parisiens climatisés et déconnectés des réalités du terrain. L’égocratie, la dictature du nombril dans une société rouillée par l’individualisme qui pousse à la consommation plutôt qu’à l’engagement, où déclinent le civisme et le sens du collectif et où prospère la solitude. Voilà des sujets qu’il me semble vital de placer au centre du débat démocratique qui s’ouvre.
Pourquoi réinvestir le sujet de la démocratie ? Les oppositions estiment justement qu’elle sort affaiblie de dix ans de macronisme.
Nous sommes à un moment de vérité de notre Histoire récente : pour la première fois depuis plus de deux siècles, la France se trouve face à un risque réel de régression démocratique. Le doute s’installe, notamment chez les jeunes générations.
C’est le moment ou jamais de se lever et de dire « non », de résister à cette tendance funeste alimentée par l’extrême droite comme l’extrême gauche qui ne cessent de remettre en cause les piliers de la démocratie.
De fustiger l’État de droit, la presse libre et indépendante, les contrepouvoirs. Ce sont deux poisons différents mais tous les deux mortels pour la démocratie. Il est de notre responsabilité de la défendre.
(...)
Est-il encore possible pour votre famille politique de proposer une nouvelle vision de la société après dix années au pouvoir ? Jean-Luc Mélenchon arrive avec le concept de la Nouvelle France. Avez-vous la force de contrer son récit ?
Bien sûr.
Au fond, la Nouvelle France de Jean-Luc Mélenchon et la France éternelle de Marine Le Pen sont les deux faces d’une même pièce, celle du défaitisme.
Deux manières d’acter le déclassement et de dresser les Français les uns contre les autres en désignant des boucs émissaires. « L’étranger », « le musulman », l’audiovisuel public pour l’une. « Le riche », « le juif », le journaliste pour l’autre. Mais il existe une vision alternative, celle de la France en grand. Une France qui a confiance en elle-même, qui puise dans l’esprit et le cœur de chaque Française et chaque Française la force nécessaire pour se hisser au premier rang et entraîner l’Europe avec elle, qui donne à chacun les mêmes opportunités, appelle chacun à contribuer selon ses moyens, et qui conjugue les différences en son sein, de tradition, de paysages, d’origines, de religion en un même sentiment d’appartenance nationale et de fraternité véritable.
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François Bayrou ne sera pas candidat à l’élection présidentielle. L’idée vous titille-t-elle ? Le MoDem a-t-il besoin d’être incarné lors de cette campagne ?
Nous donnerons assurément de la voix. Ce n’est pas parce que l’on n’est pas candidat à l’élection présidentielle que l’on doit garder sa langue dans sa poche. Tout au contraire, on peut parler avec une plus grande liberté. La démocratie est au cœur de mon engagement politique depuis 20 ans. Je n’épargnerai donc aucun effort pour la défendre contre la poussée des populistes à tendance autoritaire.
Je récuse l’idée que cette élection serait jouée d’avance.
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Qui pourriez-vous soutenir ? François Bayrou serait tenté d’appuyer François Hollande ou un candidat social-démocrate. Est-ce également votre avis ?
Je ne crois pas qu’il se soit exprimé en ce sens.
Ce n’est en revanche un secret pour personne que François Bayrou travaille de longue date à ce que les forces réformistes travaillent ensemble.
La première étape, c’est l’expression de nos idées et de notre vision, dans leur singularité et leur radicalité. Ensuite viendra le moment du rassemblement. Mais cela ne suffira pas. Il nous faudra trouver les moyens de gouverner, et pour cela avancer sur un chemin de crête entre intransigeance sur l’essentiel et compromis nécessaire avec tous ceux qui, comme nous, y sont prêts.
François Bayrou n’a pas pu se maintenir à Matignon et a perdu la mairie de Pau. Avez-vous l’intention de lui succéder à la tête du MoDem ?
Le MoDem s’incarne dans l’engagement et les visages de ses militants, élus locaux, parlementaires, et évidemment son président qui tous entendent peser dans le débat démocratique. J’observe avec beaucoup de satisfaction l’émergence de nouvelles générations de cadres et d’élus au sein de notre mouvement. Je crois que c’est le souhait de François Bayrou, lui-même dépositaire de cette filiation politique, que de la projeter vers l’avenir.
Votre « Fête de la démocratie » contrevient-elle à la consigne du premier ministre de ne pas impliquer le gouvernement dans l’échéance présidentielle ?
Le premier ministre souhaite que les membres de son gouvernement soient pleinement à la tâche et ne soient pas engagés auprès de tel ou tel candidat. Il a parfaitement raison. Cela ne signifie pas pour autant que ses ministres, qui sont aussi des militants et des élus, doivent se tenir à l’écart du débat démocratique.
Lire l'entretien dans Le Figaro.