Feux en Gironde : témoignage de Patrice Beunard, adjoint au maire d'Arcachon et sapeur pompier retraité
Quelle est la situation des feux dans votre département, la Gironde, à l'heure où vous répondez à nos questions ?
À cet instant, la situation s'améliore notablement. Des habitants des communes au sud de Bordeaux, en allant vers le bassin, sont invités à rentrer chez eux. Subsistent les communes du nord du bassin d'Arcachon et du sud Médoc, encore interdites au retour de leurs habitants.
Sur le feu, il subsiste des points chauds qui présentent encore un gros risque de reprise, notamment si la météo se dégradait selon les critères suivants : température en hausse, vitesse du vent également en hausse et baisse de l'hygrométrie de l'air et des végétaux, qui sont les facteurs aggravants en matière de développement des feux de forêt.
L'intérêt d'évacuer préventivement des habitants est de ne mettre en jeu aucune vie, de favoriser les déplacements des services de secours sans qu'ils aient à s'inquiéter des populations locales et, surtout, de les déplacer dans le calme, sans panique.
Pouvez-vous nous expliquer le rôle important des collectivités face aux feux qui ravagent votre territoire ? Et le vôtre tout particulièrement, en tant qu'adjoint au maire d'Arcachon ?
Dès les premières sollicitations, le maire, Yves Foulon, a mis en place une cellule de crise autour de ses directeurs de services.
La ville d'Arcachon est séparée du nord du bassin (Lège-Cap-Ferret) par le bassin d'Arcachon. Une seule route départementale est encombrée en cette saison d'été et traverse la forêt pour l'aller et le retour de Bordeaux à Lège-Cap-Ferret.
La seule autre solution est d'arriver à la gare d'Arcachon et de prendre les bateaux qui font la liaison avec le Cap-Ferret plusieurs fois par jour et tard le soir.
À la faveur des feux importants de 2022 à La Teste, avec les services préfectoraux, nous avons participé à la mise en place d'un plan d'évacuation de la presqu'île de Lège-Cap-Ferret par les bateaux-taxis et les professionnels ostréiculteurs, etc.
Un exercice avait eu lieu il y a quelques mois. C'était inédit, mais aussi la seule solution si la route était bloquée pour une quelconque raison. Bien nous en a pris !
Nous avons donc mis en œuvre un service d'accueil aux jetées d'accostage du centre-ville d'Arcachon, ouvert le Palais des congrès, mis en place une petite restauration (café, viennoiseries, eau, etc.), mis en place des agents et des élus pour servir et jalonner les parcours à emprunter par nos « évacués ».
Voiturettes électriques, fauteuils roulants pour les PMR, bagages, etc. Avec la communauté d'agglomération COBAS, des bus ont été mis à disposition pour transporter les personnes vers les autres salles d'accueil ouvertes dans la commune et sur les communes voisines aussi.
Il est à noter que la gare SNCF est à proximité immédiate du front de mer où arrivaient les personnes évacuées. Certaines ont pu la rejoindre, prendre le train et rentrer chez elles ; d'autres se sont fait récupérer en voiture.
Comment se passent la solidarité et l'entraide sur votre commune et aux alentours ?
Nous avons, dès l'accueil, répertorié les demandes et les besoins des « réfugiés » : logements, subsistance, vêtements si besoin, afin de les mettre en relation avec nos habitants qui se sont spontanément proposés pour accueillir les gens.
Les animaux n'ont pas été oubliés, tant pour les sécuriser, les alimenter...
Les agents du CCAS ont eu une importance évidente pour assurer la partie sociale envers les plus fragiles et les plus démunis.
Comment aider les sinistrés, les sapeurs-pompiers, les forces de sécurité... ?
À cet instant, la solidarité joue à fond pour apporter un complément de subsistance aux pompiers sur place, restés pour assurer le risque courant et les relèves des agents sur le feu.
Les réserves communales et intercommunales de sécurité, dans ces moments-là, peuvent prendre tout leur sens. C'est à développer et à mettre en place plus précisément.
Ne plus solliciter les pompiers et autres forces de sécurité pour rien !
Maintenir une information régulière sur la situation sans que cela soit anxiogène et garder le côté positif au maximum.
Mutualiser au plus les services communaux et intercommunaux (police municipale, gendarmerie, services techniques), autant que de besoin, selon la demande des maires.
Que faut-il retenir de cette catastrophe, toujours en cours, et comment lutter plus efficacement contre ces épisodes d'incendies qui se multiplient partout sur le territoire ?
Dire la vérité et ne pas laisser croire, comme en 2022, qu'on a commandé des avions bombardiers d'eau pour telle date (2026/2028), alors qu'aucune ligne de construction, ni en Europe ni dans le monde, n'est ouverte !
Faire pression avec l'Union européenne pour acquérir un nombre de bombardiers d'eau utiles à tous nos pays, en tenant compte du réchauffement climatique.
Ne plus confondre un appareil qui a 1 500 litres d'emport d'eau et faire croire qu'il fera le même travail que celui qui en emporte 6 000. De même, il y a ceux qui doivent se remplir sur un aéroport et ceux, « amphibies », qui le font en écopant sur un plan d'eau. Le nombre de largages diffère énormément par heure selon l'appareil.
Écouter ceux qui savent, et pas forcément ceux qui ont des chemises blanches toutes propres, qui écument les plateaux télé, les salons municipaux et/ou les médias sans jamais avoir été confrontés, ni de près ni de loin, au terrain, et seulement dans des universités ou instituts qui délivrent en quelques jours ou semaines des certifications avec trop peu de pratique de terrain et, au mieux, sur simulateurs avec IA...
Lors de nos Universités de rentrée à Guidel, j'ai eu l'honneur de participer à un atelier sur le sujet après les feux de forêt de La Teste, mais je crains que rien n'y ait fait.
On (le gouvernement) a fait le « Beauvau de la sécurité civile », suivi d'aucun effet à ce jour, alors qu'une grande publicité autour de ce bilan avait laissé un peu d'espoir aux plus optimistes.
Depuis 2003, suite à la départementalisation des corps de sapeurs-pompiers, on attend la révision du financement des SDIS de France, particulièrement inadapté aujourd'hui : rien de fait.
On a même des véhicules de pompiers qu'on est obligé de sortir du feu pour y mettre de l'AdBlue dans le moteur afin de respecter les normes environnementales, alors que ces engins luttent contre l'incendie et évitent ainsi que le feu ne dure et que les fumées ne polluent plus longtemps.
Les SDIS ne sont pas exonérés de la TVA, ni ne bénéficient de tarifs sur les carburants comme certaines professions, par exemple.
La taxe sur les assurances (TSCA) ne leur profite pas entièrement dans la quasi-totalité des départements.
Une clarification statutaire des sapeurs-pompiers volontaires que l'Union européenne veut nous faire reconnaître comme travailleurs. C'est une épée de Damoclès qui est au-dessus de nos SDIS en matière de rémunération, pouvant peser très gravement sur les finances.
À partir du CM1, à l'école, jusqu'au moins au lycée et au collège en fonction de leur âge, inculquer une culture de sécurité à nos enfants : secourisme, utilisation d'extincteurs, règles de sécurité, d'évacuation, qui appeler pour quelle situation...