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Sarah El Haïry : « Être parent aujourd'hui, c'est plus difficile »

Sarah El Haïry-SEA

Réseaux sociaux, interdiction du téléphone au lycée ou encore encadrement des professionnels au contact des mineurs : Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l'Enfance et vice-présidente du MoDem, évoque dans les colonnes du Populaire plusieurs avancées à l’occasion de la rentrée scolaire 2026-2027.

Vous avez diffusé vendredi dernier les Clés de l'enfance pour les 3-6 ans. Qu'y trouve-t-on ?

C'est la 2e édition d'une collection gratuite et disponible sur le site du Haut-commissariat à l'enfance. Elle est coécrite avec le ministre de l'Éducation nationale et permet aux parents d'enfants qui rentrent à la maternelle d'avoir quelques outils pratiques. 

C'est un guide avec des repères fiables. 

 

Parce que la maternelle, c'est un moment où on a beaucoup, beaucoup de questions en tant que parents. Mais c'est aussi un énorme enjeu. C'est un temps éducatif qui doit être en lien avec l'école. Par exemple, on va y trouver qu'un enfant a besoin d'entre 9 et 13 heures de sommeil, des exercices pour apprendre à décompter des objets du quotidien. Et donc soutenir et accompagner l'apprentissage qui est fait en maternelle, pour qu'il y ait une sorte de continuum éducatif, puisque le parent est le premier éducateur de son enfant.

 

Cela répond-il à un besoin des parents d'être accompagnés ?

Oui. Je trouve qu'être parent aujourd'hui, c'est plus difficile qu'hier. Pour plein de raisons. Nos emplois prennent plus de temps, avec les trajets, et il y a beaucoup d'informations qui parfois créent des doutes ou qui apparaissent contradictoires via les réseaux sociaux. On voit beaucoup de conseils, beaucoup de choses qui viennent parfois troubler nos repères, de nouveaux dangers et de nouveaux défis. Et malheureusement des choses plus graves : 

les réseaux sociaux, aujourd'hui, exposent à de la pédocriminalité, à la dégradation de la santé mentale, au cyberharcèlement Ces choses viennent confronter les parents dans une période où il y a une crise de la confiance dans l'institution globale.

 

(...)

 

L'attestation d'honorabilité a été élargie au 1 er septembre aux professionnels en contact avec des enfants en situation de handicap. À quoi sert-elle ?

Ce certificat d'honorabilité, je l'avais mis en place pour les crèches et pour la protection de l'enfance. 

Ça permettait de contrôler de manière beaucoup plus rapide l'ensemble des casiers judiciaires, mais aussi les procédures en cours, celles où il n'y a pas encore de condamnation définitive. 

 

L'attestation est maintenant élargie aux enfants en situation de handicap. On sait qu'ils sont plus vulnérables, et les chiffres le montrent. Il ne peut pas y avoir d'angle mort dans la protection des enfants et cet élargissement permet d'éviter que des gens condamnés ou en cours de procédure soient aux côtés des enfants. C'est la première des protections qu'on leur doit. Malheureusement, on a trouvé dans nos contrôles depuis octobre dernier plus de 7.000 personnes qui n'avaient rien à faire aux côtés des enfants et qu'on a exclus, voire parfois engagé de nouvelles procédures judiciaires.

 

Faut-il l'élargir davantage ?

Je suis totalement favorable à un élargissement. D'ailleurs, il est en cours puisque la loi de la Protection de l'enfance, qui a été votée à l'Assemblée et qui va arriver au Sénat, permet d'élargir. 

Je pense qu'il faut aller jusqu'au bout, c'est-à-dire permettre également aux parents employeurs qui font intervenir des professionnels dans leur domicile de demander ce certificat d'honorabilité.

 

L'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans a été censurée par le Conseil constitutionnel en août. Vous militiez pour cette mesure.

La loi a été votée à l'Assemblée et au Sénat, mais finalement cette mesure a été censurée. Le président de la République a promulgué le reste de la loi, ce qui permet d'interdire le téléphone portable au lycée. 70 % des enfants entre 10 et 14 ans jugent eux-mêmes que cette mesure est bonne. Parce que ce n'est pas une punition. 

Pour protéger des mauvaises rencontres, je parle bien sûr de criminalité et de pédocriminalité, pour protéger leur développement, leur santé mentale, et pour protéger aussi leurs apprentissages, cette mesure est nécessaire. 

 

Maintenant, il faut retrouver l'écriture de ce texte, et c'est l'engagement du président de la République parce qu'il en avait fait le sujet de son G7. L'écriture, elle devra se faire aussi au niveau européen. Ce qui me met très en colère, c'est que TikTok, chez nous, n'est pas du tout diffusé de la même manière qu'en Chine. Aux États-Unis, pour éviter presque une cinquantaine de procès, les outils de Meta ont eu un accord avec 47 États américains pour payer une amende de plusieurs dizaines de milliards d'euros, mais surtout pour peut-être permettre seulement 2 heures de connexion, des couvre-feux et un contrôle de l'âge jusqu'à la majorité de 18 ans. On voit bien que partout dans le monde autour de nous, avec les géants de ces réseaux sociaux, on doit être forts pour nos enfants et nos adolescents. Et on ne peut pas laisser cette pression exclusivement sur les épaules des parents.

 

L'interdiction du portable au lycée est entrée en vigueur à la rentrée. Les mesures sont à la charge des établissements. N'y a-t-il pas un risque d'inégalités ?

Pour le coup, il faudra être vigilants. S'il y a des besoins dans un établissement, il faut être à ses côtés et c'est tout le travail des inspecteurs d'académie qui sont plus proches des établissements et des territoires. Mais il fallait aussi laisser chacun choisir la meilleure méthode. Parce qu'il connaît ses élèves, parce qu'il connaît son territoire, parce qu'il connaît parfois aussi l'infrastructure. Mais cette interdiction de l'usage du téléphone portable et d'autres objets connectés a été promulguée par le président de la République parce que ça permet de rendre plus calme, plus protecteur, le climat scolaire. Ça permet de rendre des espaces plus propices à la concentration, aux apprentissages, mais aussi au lien social entre les ados eux-mêmes. 

Je ne suis pas une anti-numérique, au contraire. Je pense qu'il y a des très bons usages mais ils doivent être adaptés, protégés et accompagnés.

 

Lire l'entretien dans Le Populaire.

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