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Sarah El Haïry : « Face aux enfants, je veux pouvoir dire : nous avons compris »

Sarah El Haïry-SEA

Au micro d'Europe 1 soir, Sarah El Haïry, Haute-Commissaire à l'enfance, s'est exprimée sur le vote favorable à l'Assemblée nationale concernant l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans et sur le débat autour de la perpétuité pour les viols en série sur les moins de 15 ans également voté dans l'hémicycle. Enfin, elle a défendu son rapport pour protéger les enfants. 

  👉 Écouter l'entretien. 

 

Interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans : « C'est salutaire. »

Cette semaine, à l'Assemblée nationale, les députés ont voté en faveur de l'interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs de 15 ans. La Haute-commissaire à l'enfance a réagi : 

C'est salutaire, surtout pour les enfants, parce qu'aujourd'hui au moment où on se parle, c'est 750 000 pédocriminels qui sont actifs chaque jour sur Internet. Et quand on a moins de 15 ans, on est potentiellement ici une cible, mais surtout, on est la proie de ces prédateurs. Et on sait aujourd'hui, plus que jamais, que les adolescents et les adolescentes, en particulier, sont les plus touchés. 

 

La majorité numérique n'est pas une punition à l'encontre des enfants et des adolescents, le rappelle Sarah El Haïry, mais plutôt une obligation posée et portée par les plateformes. Elle souligne : 

Attention, ce texte à lui tout seul ne sera pas suffisant, soyons très clairs. L'interdiction, c'est une obligation pour les plateformes, mais il faut aujourd'hui de l'éducation au numérique, il faut de la traque sur les réseaux, il faut réussir encore à faire fermer des sites qui sont aujourd'hui hébergés à l'étranger. 

 

Face à cette nouvelle loi, certains affirment qu'il y aura toujours moyen de la contourner, et Sarah El Haïry reste lucide sur le fait que ce sera toujours possible grâce à de nombreux outils disponibles. Mais même si « ce n'est pas parfait, c'est une protection qu'on doit à nos enfants » contre les images pornographiques et contre les pédocriminels. Elle ajoute en affirmant qu'il ne faut pas être « naïf » : 

Les parents qui écoutent peuvent juste se poser une seule question : est-ce qu'ils ont déjà joué avec leurs enfants sur Roblox ? Sur Minecraft ? Sur Fortnite ? Ce sont des applications qui sont des jeux. Et donc, ils ne pensent pas que ce sont des réseaux sociaux. Ils ne pensent pas que, sur leur site Insta ou sur Snapchat, peut-être que leur porte est totalement ouverte et que leurs enfants sont confrontés, pas qu'à des gens sympas, et pas qu'à leurs copains et pas qu'à des gens bienveillants. 

 

Pour elle, l'idée ce n'est pas de « fliquer tout le monde ». Elle souligne : 

Pour répondre de manière très claire sur les contrôles, aujourd'hui, il y a des outils qui existent, qui ne permettent absolument pas de donner l'identité à la plateforme, mais qui donnent simplement un signal vert ou rouge. Il y a des choses avec Docaposte, c'est le groupe La Poste ou France Identité. Il y a même des outils sans identité, mais uniquement avec de la reconnaissance, par exemple, faciale. 

 

Ce débat avait déjà eu lieu lorsque l'accès aux sites pornographiques a été interdit aux moins de 18 ans et des outils français et européens existent pour pouvoir contrôler l'identité. Elle rappelle que le but ultime est la protection des enfants, car l'utilisation sans protection de ces plateformes « transforme nos enfants, malheureusement, en proies entre les mains de pédocriminels ou encore en produit de ces algorithmes. »

Pour la Haute-commissaire à l'enfance, l'objectif est donc plutôt de poser des règles collectives pour protéger les enfants et aider les parents parce que'« ils ne peuvent pas se battre seuls face à cette exposition des enfants. » Elle déplore aussi : 

Aujourd'hui, on a dans des services d'addictologie des enfants qui ont des pertes cognitives réelles, qui sont hospitalisés et qui, pour le coup, malheureusement, se sont ceux qu'on retrouve au commissariat pour déposer plainte parce qu'ils ont été victimes, pour le coup de vrais criminels.

 

La loi n'a donc pas pour objectif « d'embêter », mais de protéger parce que « si on peut protéger une majorité, ce sera déjà bien. » 

 

Loi protection de l'enfance : « Quand vous avez un viol d'enfant, ça ne s'efface pas »

Interrogée sur le vote à l'Assemblée nationale sur la perpétuité pour les viols en série sur les moins de 15 ans et face à l'absentéisme des partis de gauche, Sarah El Haïry réagit : 

Ma seule boussole, c'est celle de la protection des enfants et des victimes. 

 

La Haute-commissaire à l'enfance se déclare favorable à cette mesure et ne comprend pas les prises de position des partis de gauche qui, pour elle, « ne sont pas du côté des victimes (...) qui ont subi des violeurs multirécidivistes ». Elle souligne :  

Quand vous avez un viol d'enfant, ça ne s'efface pas. Pourquoi la justice devrait-elle effacer finalement pour les criminels ? Moi, je sais de quel côté je suis, et je ne suis certainement pas de ce côté-là.

 

Rapport pour mieux protéger les enfants : « Face aux enfants, je veux pouvoir dire : nous avons compris. »

 

Le 15 juillet dernier, la Haute-commissaire à l'enfance a remis au Premier ministre un rapport de 20 décisions prioritaires pour une protection intégrale des enfants. Au micro d'Europe 1, Sarah El Haïry a souhaité insisté sur une mesure : la vérification des antécédents judiciaires.

Ce n'est pas possible que quelqu'un faisant l'objet d'un signalement ou d'une procédure en cours, même sans condamnation définitive, reste au contact des enfants. On ne peut pas attendre des années qu'une condamnation soit prononcée, en se disant que, pendant tout ce temps, il a peut-être continué à agir et fait d'autres victimes. Ça, c'est non.

 

Elle explique que lorsque les prédateurs sont exclus d'un secteur comme l'Éducation nationale, ils trouvent d'autres portes d'entrée pour être en contact d'enfants : au domicile des parents, dans le monde de la culture ou du sport ou encore dans l'aide sociale à l'enfance. 

Ce sont des prédateurs qui changent de territoire. Aujourd'hui, cela fonctionne encore trop en silo car en fonction du secteur, on pouvait encore bouger de l'un à l'autre.

Elle conclue en répétant que « l'urgence aujourd'hui est de protéger nos enfants partout et d'être vraiment à leur côté en ayant une certitude et une croyance forte dans leur parole ».

 

  👉 Écouter l'entretien. 

 

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