Marina Ferrari : « Il y a un problème de sédentarité croissant »
Notre ministre de la Jeunesse, des Sports et de la vie associative lance ce jeudi à Villeneuve-d’Ascq « Septembre Bouge », une opération nationale visant à inciter les Français à pratiquer une activité physique. L’occasion pour Marina Ferrari de revenir sur les sujets brûlants de son domaine pour La Voix du Nord.
Vous lancez « Septembre Bouge » ce jeudi à la Decathlon Arena stade Pierre-Mauroy de Villeneuve-d’Ascq. Quel est l’objectif de cette opération ?
L’idée est de créer un réflexe sportif et d’activité physique, avant tout dans une optique de sport-santé, à l’instar du Mois sans tabac, un réflexe pour donner envie aux Français de bouger. Et septembre est un peu comme janvier le mois des bonnes résolutions.
C’est une logique de santé publique.
Les études montrent un problème de sédentarité croissant. En France, 17 % de la population est en situation d’obésité. L’OMS indique aussi que 95 % des adultes sont exposés à une fragilité sanitaire liée au manque d’activité. Or une activité physique régulière peut diminuer de 30 % le risque d’accident cardiovasculaire, de 24 % le risque de cancer du côlon, de 25 % celui du cancer du sein, et de 19 à 30 % le risque de dépression.
Il faut que les Français apprennent à bouger pour mieux vivre, vivre plus longtemps et en meilleure santé.
En outre, une étude a chiffré le coût de l’inactivité physique pour les dépenses publiques à environ 140 milliards d’euros. Cet événement est une vitrine de tout ce que nous faisons toute l’année avec nos partenaires : maisons sport-santé, grandes associations, clubs sportifs, collectivités, etc.
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Une polémique s’est développée cet été autour du pass Sport qui aide au paiement d’une licence des jeunes, restreint l’an dernier et dont certains maires et clubs sportifs craignaient qu’il ne soit pas réétendu aux 6-13 ans. Qu’en est-il finalement ?
On revient à la copie initiale. En 2025, le pass Sport avait été recentré sur les publics décrocheurs du sport, les 13-17 ans. Le montant avait alors été augmenté de 50 à 70 €. Mais les clubs disaient que cela risquait de faire baisser les prises de licences chez les plus jeunes, or l’habitude et l’appétence pour le sport se prennent dès le plus jeune âge. Dès ma nomination fin 2025, j’avais donc dit que je rouvrirais la possibilité de revenir à un dispositif à partir de 6 ans, en ciblant les familles qui en ont le plus besoin.
Le pass Sport revient donc pour les 6-17 ans, à 50 €, avec une bonification de la CAF de l’ordre d’une dizaine d’euros au moins qui interviendra ensuite, une fois le pass Sport activé.
L’an dernier, de nombreux sportifs s’étaient émus de la baisse des crédits dédiés aux politiques sportives, un an après les JO de Paris. Le budget 2027 de votre ministère sera-t-il préservé ?
J’ai eu une première discussion avec les services de Bercy avant l’été. Il y aura un effort à faire. Pour autant, je souhaite faire des économies avant tout sur le fonctionnement du ministère plutôt que sur les grandes politiques publiques. Je pense au service civique, au pass Sport et au soutien au monde associatif, notamment au Fonds de développement de la vie associative et au Fonds de coopération de la jeunesse et de l’éducation populaire. Ce sont trois marqueurs importants. Je ne dis pas qu’il n’y aura aucune réduction, mais je fais en sorte que, s’il devait y en avoir, elles soient les plus minimes possible.
L’été a été marqué par des noyades dramatiques. Les moyens publics sont-ils suffisants, avec des piscines inégalement réparties et parfois vieillissantes ?
Nous avons eu à déplorer davantage de décès par noyade, de l’ordre de 12 à 15 % par rapport à 2025, avec de nombreux accidents dans les piscines privées ou sur des lieux des baignades non autorisés et non surveillés. L’été nous oblige à nous réinterroger. Avec les canicules, les gens chercheront davantage l’eau. Il y aura donc plus de comportements à risque. Il faut mieux apprendre à nager en milieu naturel : cours d’eau, mer, bases nautiques. Ce n’est pas la même chose que la piscine.
Il faut diffuser les bons réflexes : regarder les pavillons, respecter les consignes, connaître les dangers.
L’apprentissage de la natation ne recule pas pour le moment. En sortie de collège, plus de 83 % des enfants savent nager. Et dans le cadre du « bonus » des Jeux de Paris 2024, avec une enveloppe de 75 millions d’euros, nous continuons à financer les opérations d’aisance aquatique et de savoir-nager. Nous ne baissons pas pavillon sur l’apprentissage. Concernant les piscines publiques, plus de 300 ont été livrées ces dernières années. Mais dans le même temps, beaucoup vieillissent, coûtent cher aux collectivités qui peuvent être contraintes de fermer. Nous devons donc être attentifs, notamment dans les territoires déjà en carence, comme le Nord. J’ai demandé à l’Agence nationale du sport de mettre, dès cette année, une priorité sur les piscines. Nous changeons aussi un peu de modèle. Au lieu de privilégier uniquement de grands centres aquatiques, nous allons davantage vers des bassins d’apprentissage. Et nous ne fermons plus non plus la porte aux piscines mobiles.
Beaucoup de parents s’inquiètent des scandales révélant des atteintes sexuelles sur des mineurs dans le périscolaire et dans le milieu sportif. Les dispositifs mis en œuvre sont-ils suffisants ?
Aujourd’hui, nous avons un contrôle d’honorabilité qui fonctionne. Toutes les personnes en contact avec un jeune public doivent produire une attestation d’honorabilité. C’est l’organisateur de l’accueil collectif – une collectivité ou une association – qui doit s’assurer cette honorabilité sur une plateforme dédiée qui vérifie trois fichiers : le casier judiciaire, le fichier des auteurs d’infractions sexuelles – et le fichier des cadres interdits. Si la personne est inconnue des fichiers, elle peut être embauchée. Ensuite, nos services contrôlent que ce travail a bien été fait.
Je veux rassurer les parents : nous vérifions. Nous réalisons deux millions de contrôles d’honorabilité par an dans le périscolaire et l’extrascolaire.
Dans le milieu sportif, ma prédécesseure Roxana Maracineanu avait par ailleurs mis en place Signal Sport, une plateforme qui permet d’effectuer un signalement pour violences sur les enfants ou les femmes, de déclencher une enquête administrative en 48 à 72h, avec des mises à pied conservatoires. En 2025, 872 signalements ont fait l’objet d’une enquête débouchant sur 206 décisions administratives en urgence.
Par ailleurs, nous travaillons à renforcer le cadre. Par exemple, une personne interdite d’exercer dans le champ du sport pouvait tenter de se retrouver dans un accueil collectif de mineurs. Si les contrôles étaient bien faits, le problème devait remonter. Mais s’ils ne l’étaient pas, il pouvait y avoir un angle mort. Désormais, il y aura une automaticité de l’interdiction : si une personne est interdite dans le champ du sport, elle le sera aussi dans l’autre champ.
On confie nos enfants à des structures : ils doivent y être en sécurité. Il faut corriger les biais qui ont pu apparaître, remettre de la responsabilité à tous les échelons.
Il faut aussi installer une culture du signalement. Leur hausse montre que la parole se libère. Mais cela montre aussi que nous sommes loin d’avoir tout réglé.
Lire l'entretien dans La Voix du Nord.