Feux en Gironde : témoignage de Clément Nauleau, sapeur-pompier volontaire, déployé en renfort
Alors que les incendies qui frappent la Gironde mobilisent des moyens exceptionnels, des sapeurs-pompiers venus de toute la France sont engagés aux côtés des secours locaux. Parmi eux, un militant démocrate de Vendée et sapeur-pompier volontaire, Clément Nauleau, qui s'est porté volontaire et a répondu à nos questions après 3 jours d'intense mobilisation.
Vous êtes actuellement déployé en Gironde pour lutter contre les incendies. Pourquoi vous êtes-vous porté volontaire pour prêter main-forte à vos collègues girondins ?
Je suis sapeur-pompier volontaire depuis plusieurs années. Mon employeur, le député Philippe Latombe, est conventionné avec le SDIS, ce qui lui permet de me libérer sur mon temps de travail lorsque je suis engagé pour des interventions, des formations ou, comme aujourd’hui, des renforts extra-départementaux.
Lorsque la Gironde a sollicité des renforts, il m’a semblé naturel de me porter volontaire, avec l’accord de mon employeur.
Face à un incendie d’une telle ampleur, la solidarité entre les SDIS est indispensable. C’est précisément dans ces moments que la sécurité civile française, et ce que j’appelle la « machine France », démontrent toute leur force. Lorsqu’un département ne peut plus faire face seul, c’est toute la France qui répond présente.
J’avais déjà eu l’occasion d’être engagé sur deux missions nationales exceptionnelles en outre-mer : en Nouvelle-Calédonie lors des émeutes et à Mayotte pendant la crise de l’eau. Ces expériences m’ont conforté dans l’idée que notre engagement prend tout son sens lorsque nous allons aider des territoires qui en ont besoin.
Pouvez-vous nous raconter à quoi ressemble l'action sur le terrain et ce que vous avez découvert en arrivant sur place ? Quel est votre rôle ?
Je suis engagé au sein d’un détachement de renfort « feux urbains ». Notre mission consiste principalement à défendre les points sensibles : protéger les habitations, les lotissements, les bâtiments publics, les exploitations agricoles ou encore les sites industriels lorsque le feu menace directement ces infrastructures.
Chaque secteur est placé sous l’autorité d’un commandement qui nous engage en fonction des besoins opérationnels.
En arrivant sur place, j’ai découvert un paysage impressionnant. Les zones déjà brûlées donnent parfois l’impression d’un décor lunaire, noirci, silencieux, où toute la végétation a disparu et où les rues sont désertes en raison des évacuations. Le long des routes, des dizaines de camions sont alignés dans l’attente du feu que l’on aperçoit au loin.
Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est l’immense chaîne de solidarité qui s’est organisée autour des secours. Des agriculteurs, des entreprises de travaux publics, des forestiers, des entreprises d’assainissement, des particuliers… chacun apporte sa contribution pour permettre aux sapeurs-pompiers d’intervenir dans les meilleures conditions, notamment en facilitant l’alimentation en eau des engins.
Les élus locaux sont eux aussi pleinement engagés. Ils ouvrent les salles des fêtes, organisent l’hébergement et mettent à disposition des lieux de repos. Cet accueil est exceptionnel et témoigne d’une formidable solidarité.
À l'heure où vous répondez à nos questions, quel est l'état de la situation ?
Au moment où je réponds, le feu reste actif.
Les conditions météorologiques demeurent difficiles, notamment avec les brises de l’après-midi qui favorisent encore certaines reprises de feu.
La situation semble néanmoins évoluer favorablement grâce au travail considérable réalisé conjointement par les sapeurs-pompiers et les habitants. La nuit dernière a permis une baisse de l’intensité sur plusieurs secteurs, même si certaines reprises restent particulièrement virulentes et nécessitent une vigilance permanente.
Qu'est-ce qui vous marque le plus dans la solidarité et la coordination entre les différents services de secours ? Et les habitants ?
Ce qui me marque le plus, c’est qu’il n’y a plus qu’un seul objectif : protéger les populations, les habitations, les forêts et, plus largement, le vivant.
Presque tous les SDIS de France ont envoyé des renforts. À leurs côtés, des bénévoles préparent gratuitement les repas, des professionnels de santé assurent notre suivi, les élus restent présents jour et nuit et les habitants multiplient les gestes de solidarité en nous apportant nourriture, boissons, hébergement ou simplement des mots d’encouragement.
C’est toute une chaîne qui se met en place. On voit fonctionner ce que j’appelle la « machine France ». Chacun apporte sa pierre à l’édifice avec ses compétences. C’est dans ces moments que l’on mesure toute la richesse de notre modèle français de sécurité civile.
Je tiens également à saluer la solidarité européenne, qui permet aussi de renforcer nos capacités lorsque les événements dépassent les moyens nationaux.
Face à des épisodes d'incendies qui semblent devenir plus fréquents et plus intenses partout en France, quels enseignements tirez-vous de votre expérience ?
Le premier enseignement est que le risque a profondément changé. Les feux de forêt ne concernent plus seulement le Sud de la France. Aujourd’hui, tous les départements peuvent être confrontés à des incendies majeurs, mais aussi à des inondations, des tempêtes ou d’autres catastrophes naturelles.
Notre pays doit donc développer une véritable culture du risque. Les Français sont encore trop peu sensibilisés aux risques majeurs et connaissent mal la sécurité civile. Pourtant, le premier maillon de la chaîne des secours est souvent le citoyen lui-même. Les gestes qui sauvent, les comportements à adopter face aux catastrophes et la prévention devraient être enseignés dès l’école primaire et tout au long de la scolarité.
Mais je pense surtout que la France doit désormais franchir une nouvelle étape.
Nous avons aujourd’hui trois grandes forces régaliennes reconnues : les armées, la police et la gendarmerie.
À mes yeux, la sécurité civile doit désormais être pleinement reconnue comme la quatrième grande force régalienne de l’État, au même titre que nos armées.
Les catastrophes naturelles deviennent plus fréquentes, plus longues et plus intenses. Elles sont désormais un enjeu de sécurité nationale. Cette réalité doit se traduire par une véritable montée en puissance de la sécurité civile.
Cela suppose des investissements massifs dans les moyens matériels, les moyens aériens, les capacités nationales d’intervention, les Brigades militaires de la sécurité civile et le soutien aux SDIS.
Il faudra également renforcer nos ressources humaines : les sapeurs-pompiers professionnels, bien sûr, mais aussi les sapeurs-pompiers volontaires, qui constituent la colonne vertébrale de notre modèle. Les employeurs qui facilitent leur engagement doivent être valorisés, car sans eux, notre système ne fonctionnerait pas.
Les sapeurs-pompiers professionnels doivent également pouvoir être davantage projetés lors des crises majeures. Il faut leur permettre de partir en colonnes de renfort sur leur temps de travail, tout en garantissant une couverture opérationnelle suffisante dans leur département d’origine.
La solidarité nationale doit être pleinement intégrée dans notre organisation.
Nous devons également renforcer la prévention : améliorer la gestion de nos forêts avec des bandes coupe-feu, renforcer les obligations de débroussaillement, lutter contre les parcelles en friche, durcir les restrictions en période de risque et adapter nos comportements face à ces nouveaux dangers.
Enfin, je pense qu’il faut d’urgence programmer le projet de loi résultant du Beauvau de la sécurité civile afin de permettre cette adaptation.
Face aux défis climatiques, il ne suffit plus seulement de réagir. Nous devons adapter notre organisation, renforcer notre résilience et donner à la sécurité civile les moyens de devenir l’une des grandes priorités de notre pays. C’est un investissement pour protéger les Français, leurs territoires et notre patrimoine naturel.