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Jean-Noël Barrot : « Les eaux internationales ne doivent jamais être prises en otage »

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Dans une interview exclusive pour le groupe EBRA, notre ministre de l’Europe et des Affaires étrangères et vice-président du MoDem, critique l’arraisonnement d’un cargo iranien par la marine américaine. Jean-Noël Barrot a annoncé ce lundi à Strasbourg au Conseil de l’Europe que la France soutenait la création d’un tribunal spécial pour juger les crimes de guerre de Vladimir Poutine en Ukraine.

Après l’escalade navale du week-end et alors que Donald Trump semble pressé d’en finir tandis que l’Iran joue la montre, quelles sont les chances d’une paix durable au Moyen-Orient ?

Cette guerre lancée par Israël et les États-Unis contre l’Iran, nous ne l’avons pas approuvée et nous n’y avons pas participé, notamment parce que ses buts étaient insuffisamment définis et qu’elle s’écartait du droit international. 

Pour que la paix et la stabilité reviennent, le régime iranien doit se résoudre à un changement radical de posture et à des concessions majeures, notamment renoncer à son programme nucléaire et à bloquer le détroit d’Ormuz. Il doit consentir à rendre au peuple iranien les moyens de construire librement son propre avenir.

Comment réagissez-vous à l’arraisonnement d’un cargo iranien par la marine américaine ?

Les eaux internationales ne peuvent être entravées par aucun obstacle ni droit de péage. 

 

Elles ne doivent jamais être prises en otage ou considérées comme un champ de bataille.

Les États-Unis sont-ils encore nos alliés ?

Nous sommes alliés mais pas alignés. Les crises comme la guerre d’agression russe en Ukraine ou la guerre en Iran qui ont des conséquences majeures dans la vie des Français sont appelées à se multiplier à l’avenir. 

Il faut rendre l’Europe plus forte et plus indépendante pour qu’elle ne soit jamais entraînée dans des guerres et qu’elle n’ait pas à en payer le prix.

 

(...)

Au Liban, Donald Trump a obtenu d’Israël un cessez-le-feu très fragile. La France est-elle condamnée à rester spectatrice ?

C’est la France qui a appelé à un dialogue de haut niveau entre le Liban et Israël. On nous disait que c’était impossible. C’est désormais engagé. 

Emmanuel Macron avait demandé que le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran concerne également le Liban. C’est désormais chose faite. Du fait de sa connaissance intime de l’histoire et des réalités politiques du Liban, la France jouera un rôle central dans la solution politique qui doit permettre de consolider le cessez-le-feu, désarmer le Hezbollah et régler le différend qui oppose le Liban et Israël depuis des décennies.

Attendez-vous un resserrement des liens entre la Hongrie et l’Union européenne après la défaite de Viktor Orbán et la victoire de Péter Magyar ?

C’est avant tout une leçon magistrale infligée par le peuple hongrois à ceux qui pensent qu’on peut écrire l’histoire des Européens à leur place. 

 

C’est une occasion pour que la Hongrie puisse reprendre sa place dans le concert européen. 

Les nouvelles autorités hongroises veulent s’écarter du démantèlement de l’État de droit et de la compromission avec la Russie dans lesquels Orbán s’était fourvoyé, une politique qui a considérablement appauvri la Hongrie.

La guerre en Ukraine s’éternise et la Russie engrange les bénéfices de la guerre au Moyen-Orient. Les sanctions contre la Russie montrent-elles leurs limites ? Comment sortir de l’impasse ?

La guerre coloniale de la Russie se solde par un triple échec militaire, économique et politique. L’économie russe est en voie d’effondrement même si l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur les cours du pétrole donne une bouffée d’oxygène à Vladimir Poutine. C’est aussi un échec politique car le soutien à l’Ukraine ne cesse d’augmenter.

J’ai annoncé ce lundi à Strasbourg au Conseil de l’Europe que la France soutenait la création d’un tribunal spécial pour le crime d’agression russe en Ukraine. 

 

Il permettra de juger les crimes de guerre dont le président russe et ses amis se sont rendus coupables. Il faut poursuivre notre double politique de soutien à l’Ukraine et de pression sur la Russie. Le prêt de 90 milliards d’euros de l’UE met l’Ukraine à l’abri de toute difficulté financière et lui permet d’aborder les futures échéances de négociation en position de force. 

Si la résistance ukrainienne n’a toujours pas été vaincue, c’est le fait du courage inouï du peuple ukrainien et aussi le résultat des sanctions qui ont privé Vladimir Poutine de centaines de milliards qu’il aurait pu engouffrer dans son effort de guerre.

 

 

Lire l'entretien complet dans Le Dauphiné.

 

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