Connexion
Dans les médias

Jean-Noël Barrot : « Nous ne devons pas céder à la fascination pour la force »

Invité de Dimanche en politique sur France 3, Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et vice-président du MoDem a répondu aux questions d'actualité : guerre au Moyen-Orient et ses conséquences, la préparation de la prochaine échéance électorale et l'adoption européenne d'une directive pour lutter contre l'immigration irrégulière.

Guerre au Moyen-Orient : « La France n'est pas partie à ce conflit »

Face à l’escalade autour de l’Iran et aux tensions dans le détroit d’Ormuz, le ministre a rappelé une ligne constante : la défense du droit international et la désescalade. Il insiste sur l’urgence de rétablir « la liberté de circulation qui est un bien commun et qui ne doit jamais être entravée », appelant à une mobilisation internationale pour sécuriser ce point stratégique du commerce mondial.

Ce qu'il faut, c'est qu'une fois que les hostilités auront baissé en intensité, qu'immédiatement, dans le détroit d'Ormuz, une mission internationale se forme pour escorter les navires et que la circulation puisse reprendre le plus rapidement possible et dans les meilleures conditions. 

 

Sur le fond du conflit, la position française est sans ambiguïté. « Nous ne sommes pas partis à cette guerre », rappelle-t-il, soulignant que la France « ne participe pas à cette guerre » et qu’elle refuse des opérations militaires « dont le but n'était pas précisément défini » et menées « en dehors du droit international ». Une ligne de fermeté qui n’exclut pas la lucidité : Paris n’a « aucune complaisance » envers le régime iranien, notamment après les sanctions prises contre ses activités balistiques et son soutien à des groupes terroristes.

Nous souhaitons éviter que cette escalade dégénère avec les conséquences majeures qu'elle a pour l'économie mondiale, pour le pouvoir d'achat et pour le fonctionnement de nos entreprises. 

 

Au Liban, la diplomatie française s’inscrit dans une tradition d’engagement. « La France […] est sans doute le pays du monde qui se tient le plus fermement aux côtés du Liban », rappelle-t-il, appelant à la fois à la retenue israélienne et à un dialogue inédit entre les parties. 

Nous souhaitons que les autorités libanaises et israéliennes puissent engager pour la première fois dans leur histoire un dialogue politique de haut niveau pour aller vers un cessez-le-feu, pour traiter ensemble du désarmement du Hezbollah, et puis ensuite pour, je dirais, régler ce différend entre le Liban et Israël qui date de décennies et qui mérite d'être réglé pour la sécurité des deux pays. 

 

Dans ce contexte, le rôle des grandes puissances est également scruté. Le ministre estime qu’« il n'y a aucune raison de douter » du soutien de la Russie à l’Iran, dans la continuité d’un partenariat stratégique déjà à l’œuvre contre l’Ukraine.

Enfin, il met en garde contre les conséquences concrètes pour les Français, notamment sur l'augmentation des prix des hyrdrocarbures. Si le gouvernement a agi dès les premiers jours — contrôles, soutien aux secteurs exposés, mobilisation des stocks —, la solution reste politique : « traiter le problème à la racine » en mettant fin à l’escalade. Refusant toute « fascination pour la force », il rappelle que celle-ci ne peut être légitime que dans un cadre strict : la légitime défense ou un mandat international.

Nous ne devons pas céder à la fascination pour la force. On vit dans des sociétés qui se polarisent, qui se radicalisent, et on finit par penser que la force brutale est la réponse à tous nos problèmes. Ce n'est pas vrai. Les grands principes sur lesquels nous avons bâti notre pays, sur lesquels nous avons bâti l'Europe, sont les seuls susceptibles de garantir la paix, la sécurité et la stabilité. 

 

Élection présidentielle : « Le préalable, c'est l'affirmation »

À l’approche de 2027, le vice-président du MoDem trace une stratégie claire pour le centre. « Le rassemblement c'est une condition nécessaire pour la victoire. Mais le préalable, c'est d'abord l'affirmation. L'affirmation de la vision que nous avons pour le pays, l'affirmation de la manière d'atteindre ses objectifs », explique-t-il, refusant toute précipitation dans des alliances de circonstance. 

Nous aurions tort de nous précipiter dans des rassemblements de partis au moment où le plus important c'est de rassembler tous les Français.

 

Dans un paysage politique fragmenté, il revendique la singularité démocrate : « si nous pensions tous la même chose, c'est que nous ne penserions plus rien », reprennant ainsi François Bayrou. Le centre entend donc porter un projet structuré autour de valeurs fortes : « une France plus forte et plus fraternelle, une Europe plus indépendante et plus puissante ».

Je souhaite que le centre, le centre démocrate, présente pour 2027 un projet devant les Français. 

 

Ce temps de clarification précède celui du rassemblement, qui devra aller au-delà des partis pour toucher l’ensemble des Français. Le ministre met en garde contre les solutions artificielles, doutant notamment de l’efficacité des primaires : « je n'ai jamais vraiment constaté que la primaire permettait de rassembler et de gagner ».

L'objectif du rassemblement est le bon, mais le préalable, c'est l'affirmation des visions et des projets. 

 

Dans cette perspective, l’héritage et la constance de François Bayrou sont revendiqués, incarnant un courant « très ancien » fondé sur « liberté, responsabilité, fraternité ». Une ligne centrale, déterminée à éviter que le pays ne « s'offre à des partis populistes d'extrême droite ou d'extrême gauche ».

Le moment viendra où toutes celles et ceux qui veulent éviter que la France s'offre à des partis populistes d'extrême droite ou d'extrême gauche trouveront un projet enthousiasmant, un projet pour l'avenir, notre avenir et celui de nos enfants. 

 

Europe : « Rester une grande puissance démocratique »

Sur le terrain européen, Jean-Noël Barrot salue l’adoption de la directive retour, qui permettra d’« être plus efficaces dans la lutte contre l'immigration irrégulière », tout en posant des lignes rouges, notamment sur les centres de retour, jugés problématiques au regard du droit international et du risque de dépendance vis-à-vis de pays tiers.

Sur le commerce international, la cohérence prévaut également : l’opposition au Mercosur reste ferme, dans l’attente d’une décision de la Cour de justice de l’Union européenne.

Nous avons exprimé avec beaucoup de clarté nos positions sur le Mercosur et une opposition sur son application provisoire. Nous y étions opposés. C'est toujours le cas. 

 

Enfin, sur l’élargissement, la France assume une ligne de soutien exigeant à l’Ukraine. Ce processus, bien que long, est essentiel pour garantir que l’Union européenne « reste une grande puissance démocratique ».

 

Thématiques associées
Filtrer par