Erwan Balanant : « Les Français vont pouvoir se rendre compte des inepties du rapport sur l'audiovisuel public »
Par 12 voix contre 10, le rapport sur l’audiovisuel public a été adopté. Membre de la commission, notre député du Finistère, Erwan Balanant s’est abstenu. Il ne valide pas les propositions de Charles Alloncle mais souhaite que le débat soit ouvert devant les Français et l'explique dans un entretien accordé à Ouest-France.
Le rapport a finalement été voté ce lundi 27 avril. Un accouchement compliqué ?
Oui c’était long et compliqué, à l’image de l’ensemble de cette commission et de ses débats qui sont passés bien souvent à côté de l’essentiel et de ce que les Français sont en droit d’attendre d’un tel travail parlementaire.
Personnellement, je me suis abstenu car nous ne votons pas pour la publication mais bien pour l’adoption ou non du rapport. Et clairement, je ne pouvais pas adopter de telles propositions.
Elles sont pour l’instant secrètes jusqu’à la publication officielle le 4 mai ?
Oui pour l’instant… Seul Charles Alloncle est en possession d’un exemplaire du rapport. Les groupes politiques n’y ont plus accès alors même que nous sommes censés rédiger des contre-propositions. S’il y a des fuites, on saura d’où elles viennent.
Il y en a déjà eu : la suppression de la chaîne jeunesse France 4, de la radio Mouv’, la fusion de France 2 et France 5, la fin au système des animateurs-producteurs…
Oui et elles sont exactes. Le rapport fait près de 400 pages et contient 76 propositions qui vont toutes dans le même sens : la reprise en main par l’État de ce service public. D’une façon complètement inédite depuis la fin de l’ORTF.
Mais il passe à côté de l’essentiel et notamment à quoi ça sert d’avoir un audiovisuel public ? Quelle est sa mission face à l’explosion des réseaux sociaux, de l’intelligence artificielle ? Comment fournir une information de qualité, vérifiée dans un contexte de fake news ? Il n’y a pas une ligne là-dessus !
Le rapporteur Charles Alloncle n’a pas amendé son texte lors du vote ?
Il l’a fait mais dans des marges vraiment minimes… Si le rapport n’avait pas été voté, il aurait été passé à la trappe. Et cela n’aurait fait qu’alimenter la machine à fantasmes. Je crois qu’il doit être posé sur la table en toute transparence pour être accessible aux Français mais aussi à tous les spécialistes de ces questions. Pour démontrer l’ineptie de la grande majorité des propositions du rapporteur et sa tendance maladive à détourner les faits et à manipuler les chiffres.
Nous allons, de notre côté, faire des propositions plus constructives sur le rôle de l’audiovisuel public dans une démocratie.
(...)
Quel peut être l’avenir de ce rapport ? Peut-il déboucher sur une proposition de loi de l’extrême droite ?
C’est possible… Mais au moins il y aura un débat à l’Assemblée. Et nous serons nombreux à démonter point par point les propositions et certaines sources illégales sur lesquelles elles se fondent.
Cela fera-t-il partie des débats lors de la prochaine présidentielle ?
Le vrai sujet qui doit être au cœur de la présidentielle c’est : quel modèle d’information veut-on et quel modèle culturel ? Souhaite-t-on maintenir une régulation par l’État de droit ou veut-on basculer dans un monde dérégulé, un western sans foi ni loi de l’information ?
Ce que veut le rapporteur c’est une mainmise de l’État sur l’audiovisuel public et une dérégulation pour le reste.
Dans l’époque actuelle, fragiliser l’audiovisuel public est une erreur. C’est même assez antipatriotique…
Lire l'entretien complet dans le Ouest-France.