Erwan Balanant : « Notre système audiovisuel, culturel, informationnel, dans ce pays, est une pépite »
Invité de Sud Radio ce 27 avril, notre député du Finistère et secrétaire général adjoint, Erwan Balanant, a défendu une position de responsabilité sur la publication du rapport de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, tout en dénonçant ses nombreuses dérives et limites.
D’emblée, Erwan Balanant a tenu à clarifier un point institutionnel essentiel : le vote prévu aujourd'hui ne porte pas directement sur la publication du rapport. « Moi, j'ai toujours dit qu'on a un vrai problème juridique sur ce vote. C'est qu'on ne vote pas en réalité pour l'autorisation de la publication », a-t-il expliqué, rappelant que, traditionnellement, les commissions d’enquête produisent des rapports faisant l’objet d’un consensus.
Or, la situation actuelle est inédite. « Aujourd'hui, vous avez un certain nombre de députés qui ont dit qu'ils allaient s'opposer », souligne-t-il. Face à ce dilemme, notre député assume une position nuancée : même si il assure qu'il voterait « contre le contenu » en lui-même, il refuse de bloquer la diffusion du document et souhaite permettre un débat public éclairé et contradictoire. Il annonce :
Je m'abstiendrai sur le rapport.
Le fonctionnement même de la commission est vivement critiqué. Erwan Balanant dénonce une personnalisation excessive des travaux :
Vous avez remarqué que pendant cette commission, ça a été un one man show de Charles-Henri Alloncle !
S’appuyant sur des données publiées, il précise que le rapporteur « a eu 20% du temps de parole de l'intégralité de la commission d'enquête ».
Une situation qui, selon lui, a nui à la qualité des auditions : « même ses auditionnés [...] n'ont pas toujours pu s'exprimer ». Cette méthode interroge sur la capacité de la commission à produire un travail équilibré et pluraliste, fidèle à l’esprit des commissions d’enquête parlementaires.
Face aux critiques contenues dans le rapport, notre député rappelle avec force les atouts du modèle français. « L'audiovisuel public, dans notre pays, ça rapporte beaucoup d'argent », insiste-t-il, évoquant un secteur culturel et informationnel représentant « 100 milliards de chiffres d'affaires » et « 49 milliards de plus-value pour l'État ».
Notre système audiovisuel, culturel, informationnel, dans ce pays, est une pépite.
Sur le fond, le jugement est sévère. « Je trouve que dans ce rapport il y a très peu de choses intéressantes », affirme Erwan Balanant, pointant même « tellement de dingueries à l'intérieur ». Pour autant, il refuse d’en empêcher la publication, estimant que sa disparition « va alimenter tous les fantasmes ».
Au-delà des critiques, il regrette surtout les grands oublis du rapport, notamment sur les enjeux stratégiques contemporains comme « la question de notre modèle culturel français, face au GAFAM, face à l'IA ». Pour lui, l’essentiel est ailleurs :
Aujourd'hui, à quoi sert l'audiovisuel public de notre pays ? [...] Tout simplement à partager les valeurs de la France.
Dans un contexte de concurrence accrue avec les plateformes numériques, il appelle à renforcer l’impact de l’audiovisuel public : « il faut aller plus loin », tout en restant lucide sur les moyens : « avec des moyens [...] très faibles par rapport à d'autres pays » voisins.
En conclusion, notre député démocrate inscrit le débat dans une perspective plus large. L’audiovisuel public n’est pas seulement un outil médiatique, mais un pilier stratégique :
C'est tout simplement, non pas une question de soft power français, c'est même un hard power à construire, c'est notre souveraineté culturelle, notre souveraineté informationnelle.
Reconnaissant que des évolutions sont possibles, il souligne néanmoins la solidité du modèle actuel : « on a un outil qui fonctionne bien en réalité », capable de résister aux plateformes et de soutenir la création française.