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Tribune : « OSINT : une pratique indispensable, un cadre juridique absent »

cybersécurité numérique

Une législation consacrée à l'OSINT permettrait de reconnaître explicitement la liberté de collecter des informations en sources ouvertes dans le respect du droit, et offrirait une sécurité juridique aux personnes agissant pour un motif légitime, plaide la députée Sabine Thillaye dnas une tribune publiée dans Les Échos.

En 2025, la France a publié sa dernière revue nationale stratégique, plaçant la cybersécurité au coeur de notre sécurité nationale et entend rester dans le premier cercle des puissances cyber mondiales. Hôpitaux, collectivités, entreprises, administrations, aucune organisation n'est à l'abri d'une cyberattaque. Celle qui a touché le ministère de l'Intérieur en décembre 2025, avec le vol de dizaines de fichiers confidentiels, met en évidence l'évolution et l'adaptation des cybercriminels malgré un environnement de plus en plus contraignant. Pas un jour ne passe sans qu'une fuite de données en lien avec des organismes privés comme étatiques ne soit révélée…

Face à cette réalité, l'Union européenne a franchi un cap avec l'adoption de la directive NIS2, qui vise à assurer un niveau élevé commun de cybersécurité pour un certain nombre d'acteurs privés et publics considérés comme essentiels ou importants. Le projet de loi de transposition, après avoir été discuté au Sénat et en commission spéciale à l'Assemblée nationale, qui doit être discuté en séance publique dans le courant de l'année peine à figurer à l'ordre du jour.

Sources ouvertes

L'article 21, paragraphe 2, alinéa (e) de la directive NIS2 impose aux entités essentielles et importantes de mettre en oeuvre « la sécurité dans l'acquisition, le développement et la maintenance des réseaux et des systèmes d'information, y compris le traitement et la divulgation des vulnérabilités ». Cette obligation exige l'identification et le traitement des vulnérabilités et la recherche de vulnérabilités en sources ouvertes (OSINT) constitue un moyen essentiel.

L'OSINT consiste à collecter et analyser des informations librement accessibles sur Internet afin notamment d'identifier des failles de sécurité, des expositions de données ou des menaces, sans recourir à des moyens illégaux ou coercitifs, à la ruse ou au piratage. Plus largement, l'OSINT permet de produire du renseignement à partir de sources ouvertes pour comprendre des environnements complexes et est un pilier dans le renforcement de notre résilience cyber.

Flou juridique

Pourtant, en droit français, cette discipline ne bénéficie d'aucun cadre général clair. En dehors de quelques régimes spécifiques protecteurs comme les journalistes qui bénéficient du secret des sources, et certaines administrations ou services spécialisés, la pratique générale de l'OSINT repose sur une incertitude juridique et l'analyse de données issues de fuites peut exposer les professionnels de la cybersécurité à un risque pénal au titre du recel, nous plongeant dans de nouvelles dépendances, un comble quand on prône la souveraineté.

Ce flou juridique perturbe de nombreux acteurs victimes de cyberattaques qui souhaiteraient recourir à l'OSINT. Par exemple, une banque victime d'une fuite de données et souhaitant les récupérer sur le dark web avait exprimé sa crainte de le faire, par peur d'être condamnée pour recel de vol de données. Cette contradiction juridique paralyse les acteurs, freine l'innovation et pousse des organisations à se tourner vers des solutions étrangères, échappant à notre contrôle et exigences.

L'OSINT va au-delà des seuls intérêts marchands ou de la protection de nos organismes stratégiques. C'est une véritable discipline, pratiquée par des passionnés comme par des professionnels, et utilisée dans des domaines très divers comme la cartographie. Une législation consacrée à l'OSINT permettrait, d'une part, de reconnaître explicitement la liberté de collecter des informations en sources ouvertes dans le respect de la vie privée, des données personnelles, des secrets protégés par la loi et des droits de propriété intellectuelle. D'autre part, elle offrirait une sécurité juridique minimale aux personnes agissant pour un motif légitime.

Encadrer l'OSINT n'est pas un sujet technique réservé aux experts. C'est une condition nécessaire au renforcement de notre résilience cyber et un enjeu de souveraineté numérique car il s'agit d'améliorer la cybersécurité de nos infrastructures les plus sensibles. Donner un cadre clair à l'OSINT, c'est donner aux défenseurs du cyberespace les moyens d'agir, en sécurité et au service de l'intérêt général.

 

Les signataires Démocrates de la tribune sont :

Sabine Thillaye, députée (Les Démocrates) de la 5e circonscription d'Indre-et-Loire, vice-présidente de la commission de la Défense nationale et des Forces Armées et membre de la commission des Affaires Européennes.

Geneviève DARRIEUSSECQ, députée des Landes, Ancienne ministre

 

Lire la tribune dans Les Échos.

 

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