Jean-Noël Barrot : « Nous rejetons les extrêmes en toutes circonstances »
Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et vice-président du MoDem, était invité de l'émission Le Grand Jury diffusé simultanément sur RTL, Public Sénat, M6 et Le Figaro afin de s'exprimer sur l'affaire Lyhanna, sur les dernières actualités internationales au Moyen-Orient et en Ukraine et sur l'élection présidentielle.
Lyhanna : « Il y a là une défaillance majeure et un échec immense des pouvoirs publics dont il faudra tirer toutes les leçons »
Après les révélations de l'affaire Lyhanna, Jean-Noël Barrot a tenu à s'exprimer sur ce sujet :
D'abord, comme beaucoup de Français, je ressens ce matin une profonde tristesse en pensant à cette famille endeuillée qui traverse une épreuve inhumaine, inimaginable.
Tristesse, mais aussi colère de notre vice-président puisqu'il souligne que ce drame aurait dû être évité et qu'il est le reflet d'une défaillance majeure et d'un échec des pouvoirs publics « dont il faudra tirer toutes les leçons. » Et enfin, une forme de honte exprimée par Jean-Noël Barrot :
Collectivement, clairement, nous ne parvenons pas à donner toute l'importance qu'elle mérite à la parole des plus vulnérables dans notre société, celle des femmes, et en particulier celle des enfants. Or, la grandeur d'une nation se mesure à la manière dont elle protège les plus vulnérables.
Jean-Noël Barrot s'est aussi exprimé sur les enseignements de ce drame :
Et ce drame nous enseigne, comme d'autres l'ont fait avant lui, qu'il est urgent que nous puissions accorder toute cette importance, toute cette attention à ce que nous disent les plus vulnérables en toutes circonstances, et singulièrement s'agissant des violences sexuelles et sexistes, des violences sexuelles à l'encontre des enfants.
Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a précisé qu'une enquête a été lancée pour permettre d'établir les responsabilités pour comprendre comment cet homme pédocriminel et récidiviste a pu commettre un crime :
Je crois que cet engrenage doit être précisément décortiqué. Mais au-delà, c'est la parole des enfants face aux prédateurs, face aux violences sexuelles qui doit être mieux entendue. Et ça doit nous interpeller tous.
Cette affaire interroge aussi sur les moyens donnés à la justice pouvant conduire à sa défaillance. Jean-Noël Barrot a donc été interrogé sur le gel de 400 millions d'euros du budget de la justice pour faire face au déficit, et savoir s'il ne faut pas revoir ce gel. Il a affirmé que nous devons réfléchir aux choix budgétaires qui ont été faits et qui nous ont conduits à faire face aux différentes crises (Covid-19, guerre en Ukraine). Il a donc précisé :
Nous ne devons en aucun cas désarmer l'État dans sa dimension régalienne. Parce que dans un monde qui se durcit, nous devons nous donner les moyens de protéger les Françaises et les Français.
Sur la défense syndicale des magistrats, Jean-Noël Barrot rappelle que c'est une liberté imprescriptible. Dans l'affaire Lyhanna, notre vice-président évoque des responsabilités collectives, pas uniquement individuelles et personnelles, il précise : « donc bien sûr qu'il faut interroger et réinterroger le système judiciaire pour qu'il soit en capacité, disposant des moyens nécessaires, de traiter des plaintes lorsqu'elles sont déposées et d'éviter ce type de drame. » Jean-Noël Barrot souligne aussi la nécessité d'apporter des améliorations pour que les responsabilités soient mieux établies. Il a ajouté :
Je crois que nous ne devons écarter aucune mesure, aucune idée pour protéger la société. Protéger les plus vulnérables dans notre société, je le disais, c'est la grandeur d'une nation que de protéger les plus vulnérables.
Moyen-Orient : « Je veux saluer une nouvelle fois cet accord historique entre deux gouvernements »
Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a ensuite fait un point sur la situation du Moyen-Orient. Il s'est exprimé sur la position de la France :
La France est l'un des rares pays du monde, et sans doute le seul pays occidental, à parler avec les deux parties au conflit, ou en tout cas toutes les parties au conflit.
Elle joue un rôle important et notamment pour réussir à conclure un accord entre les différentes parties parce que « la situation est insoutenable, qu'elle a beaucoup trop duré, et qu'elle ne fait que des perdants. »
À l'égard de l'Iran, notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a également ajouté que des sanctions ont déjà été prises. Il a rappelé que le Corps des gardiens de la révolution islamique a été inscrit dans la liste des organisations terroristes et la mise en place de sanctions à l'encontre des responsables des gardiens de la révolution directement. Il souligne :
Nous avons fait un gros travail au ministère des Affaires étrangères français pour identifier ceux qui, en Iran, étaient responsables de la répression barbare contre le grand peuple d'Iran, mais aussi ceux qui, par leur décision, contribuaient à la situation telle que nous la connaissons aujourd'hui. En général, nous avons été suivis par nos partenaires européens et je m'en félicite.
Jean-Noël Barrot rappelle que la guerre au Moyen-Orient « ne fait que des perdants, y compris l'Iran. » Un accord doit donc être trouvé afin de mettre fin aux hostilités et de rouvrir le détroit d'Ormuz pour que la situation sur les marchés des hydrocarbures puisse s'améliorer. Notre ministre reste réaliste puisque « le plus dur reste à faire, et ce sont des sujets que nous connaissons bien, puisque ça fait des années, voire des décennies que la France y travaille. » Il précise qu'il faut agir pour :
L'encadrement strict du programme nucléaire de l'Iran qui menace la sécurité de la région et la nôtre ; l'encadrement de ces capacités de missiles, ce qu'on appelle les capacités balistiques ; et puis, le soutien de l'Iran à des groupes terroristes qui déstabilisent la région depuis bien trop longtemps, à commencer par le Hezbollah, on peut également citer le Hamas ou les Houthis.
Le Liban et Israël ont signé un accord historique de cessez-le-feu. Mais le Hezbollah, considéré comme organisation terroriste, rejette cet accord. Pourtant, l'arrêt complet des tirs du Hezbollah est une nécessité, précise Jean-Noël Barrot puisque c'est « d'ailleurs l'une des conditions pour que les hostilités s'arrêtent véritablement entre les États-Unis et l'Iran. » Sur l'accord historique entre le Liban et Israël, il a souligné :
Je veux saluer une nouvelle fois cet accord historique entre deux gouvernements, il faut le dire, de pays voisins, qui ne s'étaient pas adressé la parole depuis des décennies.
Jean-Noël Barrot appelle donc à la responsabilité de la France mais aussi celle des autres pays :
Et donc notre responsabilité, celle de la France, mais celle de tous les pays qui s'intéressent à la stabilité et à la paix au Proche-Orient et au Moyen-Orient, c'est de presser toutes les parties de respecter les termes de cet accord.
Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères précise que cet accord va permettre le retrait de l'armée israélienne et du Hezbollah au sud du Liban, permettant aux forces armées libanaises de reprendre du terrain. Il ajoute :
Cet accord permet d'envisager le redressement du Liban, la restauration de son intégrité territoriale et de sa souveraineté, et puis la restauration de l'autorité de l'État sur l'ensemble de son territoire avec le monopole de la force.
Sur la situation en Cisjordanie, Jean-Noël Barrot se dit « extrêmement préoccupé par l'intensification de la colonisation illégale en Cisjordanie et l'explosion des violences des colons israéliens à l'encontre des Palestiniens. » Il annonce :
J'ai poussé pour que des sanctions soient prises à l'encontre non seulement des responsables de ces violences, mais également à l'encontre des entités, des entreprises, des organisations qui, depuis Israël, donnent les moyens à ces colons extrémistes et violents de chasser les Palestiniens de leurs terres, de brûler leurs récoltes, de détruire leurs bâtiments publics.
Il a également annoncé que pour la troisième fois, le 28 mai dernier, des sanctions européennes ont été prises à l'encontre des colons afin aussi d'appeler le gouvernement israélien à ses responsabilités. Notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères précise :
La France a des relations historiques d'amitié avec le peuple israélien, mais nous avons, avec le gouvernement israélien actuel des divergences profondes et des désaccords radicaux.
Jean-Noël Barrot a précisé que seule la solution à deux étapes peut ramener la paix et la stabilité aux Proche-Orient et au Moyen-Orient. Il a donc annoncé :
J'accueillerai vendredi prochain des centaines de militants, de citoyens israéliens et palestiniens qui, au quotidien, travaillent à donner corps à cette perspective.
Ces militants et citoyens pourront démontrer que la paix ne se trouve pas « dans le rejet de l'autre et dans les discours de haine, mais dans la reconnaissance mutuelle et le respect. » À cette occasion, ils pourront remettre leurs propositions et leurs recommandations aux 15 ministres qui seront présents, venus du monde entier, et continuant comme la France, à plaider pour la solution à deux États.
Ukraine : « La Russie est en échec »
Volodymyr Zelensky a adressé une lettre ouverte à Vladimir Poutine pour lui proposer de se voir et de mettre fin à la guerre, une invitation qu'il a déclinée. Jean-Noël Barrot a réagi :
Je crois qu'il est déjà déstabilisé, que le doute est très largement installé à Moscou, et il y a de quoi douter, puisqu'on s'aperçoit que, quatre ans après le début de cette guerre d'agression, guerre coloniale et impérialiste, la Russie est en échec, et notamment en échec militaire.
La Russie perd désormais 35 000 hommes par mois sur le front, c'est plus que ce qu'elle parvient à recruter. Et l'Ukraine est en train de gagner la guerre des drônes, a annoncé Jean-Noël Barrot. Au-delà de son échec militaire, c'est aussi un échec économique pour la Russie puisque : « l'économie russe est en train de s'enliser dans une forme de récession, que tous les voyants sont au rouge, les taux d'intérêt, l'inflation. » Il ajoute :
En quelque sorte, Vladimir Poutine par son choix colonial et impérialiste est en train de discréditer son pays, de l'épuiser au risque de le faire sortir de l'histoire.
Notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a souligné que la France n'a jamais exclu les échanges avec Vladimir Poutine. Mais Volodymyr Zelensky a exprimé son souhait que l'Europe puisse occuper une place, jouer un rôle plus important : « C'est ce à quoi nous nous préparons. »
La Hongrie a d'ailleurs mis fin à son refus de l'entrée de l'Ukraine dans l'Union européenne. À ce sujet, Jean-Noël Barrot a affirmé qu'un processus « exigeant » va commencer, il souligne :
Ce qui est le plus exigeant pour les pays candidats, c'est de mettre à jour, si l'on peut dire, ce qu'ils ont de plus intime : leur constitution, leur état de droit. Et c'est sur ce long chemin que désormais l'Ukraine va pouvoir avancer, mais c'est un chantier exigeant.
2027 : « Après le printemps des candidatures, doit venir le printemps des projets »
Notre vice-président s'est également exprimé sur 2027, l'occasion de rappeler la nécessité pour chaque candidat de présenter un projet :
Maintenant, je voudrais aussi voir fleurir les projets, les visions, les idées. Et après le printemps des candidatures, doit venir le printemps des projets.
Jean-Noël Barrot a affirmé qu'il était essentiel de passer par « une phase d'affirmation des idées. » C'est d'ailleurs la démarche que défend le Mouvement Démocrate en présentant avant tout aux Français une vision. Il précise :
Nous ne serons plus en 2027 dans le monde dans lequel nous étions en 2017. Le monde s'est durci, la compétition s'est aggravée, nous avons vu les conflits autour de nous se multiplier, les guerres commerciales, la coercition économique, et donc nous avons besoin d'un projet d'audace et de conquête pour notre pays.
Notre vice-président alerte sur la montée de l'extrême droite et de l'extrême gauche dans le débat présidentiel : « Ils partagent au fond une même absence de confiance dans la capacité du pays à affronter ces défis. » Il alerte sur :
Une même vision très décliniste, très pessimiste de ce que la France peut faire, un même conservatisme au fond, perpétuer un système qui est à bout de souffle, et une même politique, puisqu'ils ont perdu tout espoir dans notre pays, qui consiste à dresser les Français les uns contre les autres et à désigner des boucs émissaires : les plus riches, les médias, les Français de confession juive, les Français de confession musulmane.
Il souligne que cette vision ne permettra pas à la France d'avoir l'impulsion nécessaire pour se redresser et se projeter dans l'avenir avec enthousiasme. Il réaffirme la vision portée par le MoDem :
Nous rejetons les extrêmes en toutes circonstances et nous ferons tout à notre place. Et quand je dis nous, c'est ma famille politique avec François Bayrou. Mais je crois avec toutes celles et ceux qui se reconnaissent du centre au sens historique de notre pays pour ne pas nous retrouver dans cette situation.
Jean-Noël Barrot a affirmé que l'élection présidentielle devra être l'occasion de trancher sur certaines questions, il précise :
Elle touche au poids de la technocratie, au sacrifice de la jeunesse dans notre pays, au déclin du civil. Je ne citerai que le premier. Le poids de la technocratie, la folie bureaucratique et l'hypercentralisation des responsabilités dans notre pays. Un pays qui a besoin de toute son énergie pour pouvoir faire face aux défis qui sont devant lui.
Il constate : « Aujourd'hui, dans notre pays, les collectivités territoriales ont moins d'autonomie que les autres en Europe. Les salariés dans notre pays ont moins d'autonomie sur leur lieu de travail que dans les autres pays européens. Les directeurs d'hôpitaux n'ont aucune marge de manœuvre. » Le monde de 2027 n'est pas celui de 2017, alors pour Jean-Noël Barrot il faut mobiliser toute l'énergie disponible. Il donne l'exemple du sacrifice de la jeunesse :
Il y a de quoi, quand on est jeune en France aujourd'hui se décourager et perdre l'espoir, avec les trois boulets au pied de la dette financière, de la dette écologique, de la dette technologique. Des sujets que François Bayrou a d'ailleurs mis sur la table lorsqu'il était à Matignon et qui me semblent essentiels d'aborder et de trancher !
Enfin, sur la réforme des retraites, Jean-Noël Barrot défend la position du Mouvement Démocrate :
Ma position, qui est aussi celle de ma formation politique, le MoDem, est bien connue. Nous la défendons depuis plus de 20 ans maintenant : c'est un système par points qui rend aux Françaises et aux Français la liberté du choix du moment où ils partent à la retraite et qui confie aux partenaires sociaux le soin de prendre les décisions nécessaires pour équilibrer ce système.