Jean-Noël Barrot : « C'est un cessez-le-feu fragile en Iran qui doit être consolidé par une négociation »
Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, affirme ce jeudi au micro de France inter que le cessez-le-feu au Moyen-Orient est « temporaire » et « fragile ». Il appelle à le « consolider par une négociation » qui doit se tenir à partir de vendredi.
Liban : « Le Liban ne doit pas être la victime expiatoire »
Face aux frappes massives menée par Israël ayant causé des centaines de victimes, Jean-Noël Barrot a tenu une ligne d’équilibre fidèle à la tradition diplomatique française. Il rappelle d’abord une condamnation sans ambiguïté : « nous condamnons fermement ces frappes massives » qui ont provoqué « en 10 minutes […] plus de 250 morts », venant alourdir un conflit déjà dramatique.
Ces attaques sont d'autant plus intolérables qu'elles fragilisent le cessez-le-feu temporaire qui a été trouvé hier entre les Etats-Unis et l'Iran.
Dans un contexte de trêve fragile entre les États-Unis et l’Iran, il insiste sur un principe essentiel : « le Liban ne doit pas être la victime expiatoire d’un gouvernement contrarié ». Pour la France, la stabilité du Liban est une condition indispensable à la paix régionale.
L'Iran doit cesser de terroriser Israël par l'intermédiaire du Hezbollah qui doit être impérativement désarmé, rendre ses armes à l'État libanais.
Il met aussi en garde contre une stratégie contre-productive : « la destruction du Liban […] ne détruira pas le Hezbollah, au contraire elle la renforcerait ». Une analyse lucide, ancrée dans l’histoire, puisqu’il rappelle que « c’est sur les ruines de la guerre menée par Israël au Liban […] qu’est né le Hezbollah ».
Le ministre appelle donc à inclure le Liban dans le cessez-le-feu trouvé entre américains et iraniens :
La France, comme beaucoup de pays européens, ont exigé que le Liban soit inclus dans cette trêve.
Dans ce contexte, la diplomatie française agit concrètement : aide humanitaire, soutien au gouvernement libanais et mobilisation internationale pour inclure le pays dans la trêve.
Iran : « C'est un cessez-le-feu fragile qui doit être consolidé par une négociation »
Concernant l’Iran, le ministre décrit une situation encore extrêmement instable. Le cessez-le-feu est « temporaire » et « fragile », et doit impérativement ouvrir la voie à des négociations globales.
Le cessez-le-feu est très fragile. Il est difficile aujourd'hui de parler d'après-guerre, même si nous soutenons les négociations qui s'engagent aujourd'hui.
Celles-ci devront traiter l’ensemble des enjeux : nucléaire, missiles, soutien aux groupes armés ou encore droits fondamentaux. Car pour Jean-Noël Barrot, l’essentiel est clair : « la paix et la stabilité […] passeront nécessairement […] par un changement radical de posture du régime iranien ».
Refusant toute lecture simpliste du conflit, il rappelle qu’« il n’y a pas de vainqueur » et que « la guerre entraîne la guerre ». Une analyse qui souligne la nécessité d’un engagement diplomatique renforcé avec des négociations « plus difficiles encore qu'elles ne l'auraient été auparavant ».
La guerre entraîne la guerre et les positions se radicalisent et se durcissent. Pour parvenir à un accord, il faudra redoubler d'efforts tant les positions se sont figées.
La France porte ainsi une ligne exigeante : l’Iran doit « renoncer à disposer d’une arme nucléaire », cesser de déstabiliser la région et « permettre au peuple iranien de construire librement son avenir ».
Au peuple iranien, nous disons que nous reconnaissons en lui un grand peuple qui mérite de pouvoir construire librement son avenir, que nous n'oublions rien et qu'il ne peut y avoir aucune impunité pour les auteurs des crimes de masse.
Autre point de tension majeur : le détroit d’Ormuz, artère stratégique du commerce mondial. Jean-Noël Barrot alerte sur une situation encore incertaine : « la circulation des navires n’est pas encore fluide » et dépendra d’un cadre sécurisé. La France travaille ainsi à une solution concrète, avec la mise en place d’une mission internationale défensive d’escorte maritime, preuve d’un multilatéralisme pragmatique.
Nous travaillions sur une mission internationale, strictement défensive, qui a vocation à se déployer une fois le calme revenu, pour escorter les navires.
Surtout, le ministre rappelle un principe fondamental du droit international : « la liberté de navigation […] est un bien commun de l’humanité ». Dès lors, toute tentative de taxation du passage est fermement rejetée : « ça n’est pas acceptable » car « les eaux internationales sont libres ».
Libération des otages : « un grand jour pour la diplomatie française »
Enfin, Jean-Noël Barrot est revenu sur la libération de Cécile Kohler et Jacques Paris, après des années de détention. Il décrit sans détour leurs conditions d’emprisonnement :
Leur condition de détention dans la prison d'Evin était indigne et assimilable en droit international à de la torture.
Rendant hommage à leur force morale, il salue « des monuments de résilience et de courage », capables de résister à « la pression continue et inhumaine d’un régime sans aucun scrupule ».
Ce courage et cette résilience de Cécile Kohler et Jacques Paris, au fond, ont été nourris, alimentés par la mobilisation de leur famille et la mobilisation du pays tout entier que je veux saluer.
Cette libération est aussi le fruit d’une stratégie diplomatique assumée : fermeté et constance. La France n’a jamais cédé, maintenant des sanctions fortes tout en poursuivant les discussions. « Notre position […] ne dépendrait pas du sort de nos otages », insiste-t-il.
C'était un grand jour hier pour la diplomatie française, à n'avoir plus aucun otage en Iran, puisque depuis ma prise de fonction, nous en avons fait sortir 4, qui s'ajoutent à la vingtaine d'autres dont nous avons obtenu la libération depuis 18 mois.