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Jean-Noël Barrot : « La guerre ne crée pas en elle-même les conditions de la paix et de la stabilité »

Invité des 4V sur France 2 ce mercredi 3 mars, Jean-Noël Barrot a détaillé la réponse de la France face à l’embrasement au Moyen-Orient. Entre protection de nos compatriotes, sécurisation des routes maritimes et appel résolu à la désescalade, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères a porté une ligne claire : fermeté, responsabilité et primauté de la diplomatie.

Rapatriement : « Il y aura plusieurs vols aujourd'hui »

Face aux inquiétudes de nos compatriotes présents dans la région du MOyen-Orient, la France agit. « Y en aura d'autres [avions] », a assuré Jean-Noël Barrot, après l'arrivée cette nuit des premiers rapatriements, précisant que « les équipes du ministère des Affaires étrangères, à Paris comme à Dubaï, sont en train de procéder aux opérations d'affrêtement (…) pour qu'ils puissent rentrer le plus rapidement possible dans notre pays ».

Plusieurs vols ont ainsi été organisés, « notamment l'un qui partira des Émirats Arabes Unis, un autre qui partira de l'Égypte », afin d’embarquer en priorité « les plus vulnérables », y compris en provenance d’Israël. Le ministre a insisté : 

Nous souhaitons que les Françaises et les Français qui sont dans la région et qui s'inquiètent puissent rentrer en France dans les meilleurs délais.

 

Dans l’attente d’une réouverture des espaces aériens – condition essentielle pour un retour massif – la diplomatie française déploie des moyens exceptionnels pour faciliter l’accès aux aéroports en Jordanie, en Égypte ou encore en Oman. « La question n'est pas de savoir le nombre de personnes que la France souhaite faire revenir. La question est de savoir comment nous pouvons répondre aux attentes des Françaises et des Français sur place qui souhaitent rentrer », a-t-il souligné, revendiquant un engagement total de l’État pour protéger ses ressortissants.

 

Détroit d’Ormuz : « Sécuriser la circulation des navires »

Autre point névralgique : le détroit d’Ormuz. « De fait, dans les faits, le détroit d'Ormuz est fermé à la circulation des navires en raison des risques » d'attaques iraniennes, a rappelé le ministre, évoquant des dangers « trop grands pour que la circulation puisse se faire ».

Dans ce contexte, le Président de la République a annoncé hier lors de son allocution la volonté de proposer à plusieurs partenaires la formation d’une coalition, à l’image de ce qui existe déjà en mer Rouge. Jean-Noël Barrot a cité l’opération européenne Aspides, qui « réalise en mer Rouge des opérations de sécurisation de la circulation des navires » face aux attaques des Houthis, groupe terroriste soutenu par l’Iran.

L'objectif est clair :

Nous [allons] proposer à un certain nombre de partenaires de former, comme c'est le cas en mer Rouge, une coalition pour pouvoir sécuriser la navigation, la circulation des navires dans cette région du monde, qui est un point névralgique du commerce international. 

 

Concrètement, cela signifie « intercepter les vecteurs qui sont envoyés par ceux qui veulent agresser les navires (…) ou qui veulent bloquer la libre navigation », précise le ministre.

 

Moyen-Orient : « La guerre ne crée pas en elle-même les conditions de la paix »

Sur le plan militaire, la France a répondu aux demandes de ses partenaires, notamment des Émirats arabes unis, en fournissant « des Rafale, des systèmes de défense anti-aérienne, mais aussi des capacités de radar aéroporté ». Une aide « strictement défensive », destinée à « permettre à nos amis (…) de se défendre contre cette agression qu'ils n'ont pas sollicitée ». 

Des Rafale français ont d'ores et déjà neutralisé des drones qui visaient le ciel des Émirats Arabes Unis, et donc d'ailleurs potentiellement la base militaire française qui est sur place, et que ces Rafale auront vocation à faire la même chose, c'est-à-dire à protéger le ciel émirien. 

 

Mais fidèle à l’ADN diplomatique de la France, Jean-Noël Barrot a mis en garde contre l’enlisement. « La prolongation indéfinie des opérations militaires sans but précis soulève un risque majeur d'engrenage », a-t-il averti, rappelant avec force que « la guerre ne crée pas en elle-même les conditions de la paix ». Le déploiement de la force « ne permet pas en lui-même de restaurer la stabilité et la sécurité ».

La ligne française est donc celle de la désescalade : 

Il faut que, le plus rapidement possible, les armes se taisent pour que la diplomatie reprenne ses droits et pour qu'une solution politique puisse émerger, qui permette la coexistence de l'Iran, qui est une grande nation, avec son environnement régional, avec la communauté internationale et qui tienne compte des aspirations légitimes des Iraniens de leur droit à disposer d'eux-mêmes. 

 

Sans naïveté pour autant : « Nous ne pleurons pas les bourreaux du peuple iranien que nous avons condamnés avec la plus grande fermeté lorsqu'ils ont tourné leurs armes contre un peuple qui se révolte de manière pacifique avec un courage inouï », a affirmé le ministre, tout en alertant sur les conséquences régionales qu’aurait « un pays de 90 millions d'habitants qui serait livré à une instabilité majeure ».

Pour Paris, une solution politique suppose des « concessions majeures et un changement radical de posture » du régime iranien : renoncer à un programme nucléaire à vocation militaire, cesser toute déstabilisation balistique, rompre avec les groupes terroristes et « respecter les droits fondamentaux du peuple iranien ».

 

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