Jean-Noël Barrot : « S'en prendre à des caques bleus, c’est un crime de guerre »
Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, était l'invité de la matinale de France Info pour évoquer l'actualité internationale au Moyen-Orient, et notamment au Liban mais aussi en Iran.
Liban : « C’est un crime de guerre que de s’en prendre à des casques bleus »
Samedi, lors d'une opération militaire du Hezbollah au Liban, le sergent-chef Florian Montorio a été tué, une cérémonie d'hommage nationale se tiendra aujourd'hui. Un autre militaire, le caporal-chef Anicet Girardin a lui aussi succombé à ses blessures quelques jours après l'attaque. Jean-Noël Barrot a exprimé sa « tristesse » sur France info :
Tristesse parce que ces deux hommes morts pour la France laissent derrière eux des familles, des proches et des frères d’armes éplorés. Nous les pleurons avec eux.
Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a aussi exprimé son sentiment de « colère » puisque les casques bleus sont des soldats de la paix qui sont parfaitement identifiables sur le terrain, il a ajouté :
C’est non seulement constitutif d’un crime de guerre, mais c’est aussi une atteinte à la communauté internationale toute entière.
Dans cette opération militaire, deux autres casques bleus français ont été blessés, Jean-Noël Barrot a adressé une pensée à leurs proches : « Je pense à eux et à leurs familles : ils ont été comme vous le savez rapatriés et pris en charge. Et je leur souhaite un prompt rétablissement. »
Sur la potentielle responsabilité du Hezbollah, Jean-Noël Barrot a affirmé « que tout laisse à penser » qu'il est à l'origine de l'attque. Il rappelle que la France a exigé que les responsables doivent être arrêtés et traduits devant la justice, il a précisé :
Les autorités libanaises nous ont assurés qu’elles donnaient la priorité la plus élevée à cette enquête.
Pour notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, l'enquête est donc à prendre très au sérieux puisque les casques bleus ne doivent jamais être pris pour cible. Il souligne :
Il faut le rappeler, c’est un crime de guerre que de s’en prendre à des casques bleus qui sont des soldats de la paix qui sont là pour faire baisser le niveau de tension pour limiter le niveau des hostilités.
Jean-Noël Barrot a ensuite été interrogé sur l'avenir de la FINUL (Force intérimaire des Nations Unies au Liban), dont le mandat renouvelé chaque année par le Conseil de sécurité de l'ONU expirera le 31 décembre 2026. Son rôle est notamment de participer au processus de paix permettant le désarmement du Hezbollah, le retrait d'Israël du territoire libanais et le retour des personnes déplacées. Il souligne :
La présence de la FINUL a permis de limiter les tensions.
Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères reconnaît que l'objectif n'a certes pas été complètement atteint puisqu'Israël est toujours présent sur le territoire libanais en violant son intégrité territoriale et le Hezbollah n'est toujours pas désarmé. Il alerte :
Mais on ne peut pas tout demander à des casques bleus ou à une opération de maintien de la paix de l’ONU : encore faut-il qu’il y ait la volonté politique de la part des parties au conflit pour pouvoir mener le processus à terme.
Jean-Noël Barrot a continué de saluer le « courage » et le « dévouement » des militaires français, des autres contingents de la FINUL, puisque sans eux « la situation serait sans doute infiniment plus grave qu’elle ne l’est aujourd’hui. »
Il précise également sur la situation sur place :
Le désarmement du Hezbollah a fait ces derniers mois des progrès considérables.
Effectivement, au mois d'août dernier, une volonté s'était exprimée quand le gouvernement libanais a dit « stop, désormais nous allons ordonner aux autorités libanaises d'engager le processus de désarmement du sud du pays. » Mais ce processus a été interrompu le 2 mars, précise Jean-Noël Barrot, avant de réaffirmer la position de la France ainsi que celle de l'Europe :
Notre souhait le plus cher, c’est que ce processus qui avait démarré puisse reprendre. C’est dans cet esprit que nous dialoguons avec les autorités libanaises mais aussi avec toutes les parties prenantes.
Notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a d'ailleurs précisé qu'il était nécessaire que le cessez-le-feu entre l'Iran et les États-Unis couvre également le Liban. Ensuite, sur la volonté de désarmer le Hezbollah, il souligne :
Nous avons dit qu’il était illusoire de pouvoir désarmer le Hezbollah par l’usage exclusif de la force et qu’il était impératif que le gouvernement israélien engage un dialogue de haut niveau, le premier depuis des décennies, avec le gouvernement libanais. C'est chose faite.
Dans cette recherche constante de paix et de stabilité dans la région, Jean-Noël Barrot a affirmé que la France s'était mobilisée à tous les niveaux. Par exemple, en citant son déplacement à Beyrouth et à Jérusalem mi-mars qui a permis de passer le message aux deux parties qu'il fallait engager ce dialogue pour atteindre l'objectif d'un cessez-le-feu durable. Il ajoute ainsi à ce sujet :
Sans l’intervention de la France et bien il n’y aurait sans doute pas de cessez-le-feu aujourd’hui au Liban, et il n’y aurait sans doute pas de discussions entre Israéliens et Libanais aujourd’hui à Washington.
Après l'appel humanitaire du Premier ministre libanais lors de sa visite à Paris, Jean-Noël Barrot avait annoncé une aide humanitaire de 17 millions d'euros de la part de la France. Mais il souhaite un engagement plus large :
C’est la communauté internationale toute entière qui doit se mobiliser pour la reconstruction et apporter le soutien à l’État et aux forces armées libanaises.
États-Unis/Iran : « Cette guerre, nous ne l’avons pas approuvée, nous n’y avons pas participé »
Interrogé sur de potentielles reprises de discussions entre les États-Unis et l'Iran pour une fin de la guerre, Jean-Noël Barrot a exprimé qu'elles étaient « souhaitables », mais a ajouté :
Il faut d’abord pouvoir écarter le spectre d’une reprise de la guerre qui apporte des conséquences très dangereuses pour l’économie mondiale, mais avec des conséquences dans nos vies quotidiennes, dans la vie de nos entreprises.
Il s'est aussi exprimé sur la volonté de réussir à débloquer le détroit d'Ormuz. Jean-Noël Barrot a réaffirmé sa position face à ce blocage :
Les eaux internationales, c’est un patrimoine commun de l’humanité, la liberté de navigation doit être assurée et garantie.
Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a été interrogé sur le rôle de l'Europe dans ce conflit :
Je pense que toute notre attention et notre énergie devraient être déployées à nous rendre nous-mêmes plus forts et plus indépendants pour n’avoir pas à subir dans nos vies quotidiennes les conséquences de guerres que nous n’avons pas choisies.
Jean-Noël Barrot cite par exemple le plan d'électrification afin de nous désensibiliser aux chaudières à gaz ou encore aux véhicules thermiques. Il affirme :
C’est maintenant que ça se prépare ! Ne reportons pas les décisions urgentes que nous devons prendre pour nous-mêmes en France et au niveau européen.
Pour notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères : « ces crises ont vocation à se multiplier, cette instabilité à s’installer. » C'est pourquoi, il appelle à se préparer et à se protéger contre tous les conflits. La guerre au Moyen-Orient est un conflit que ni la France ni l'Europe n'ont approuvé et n'ont participé, et pour Jean-Noël Barrot nous subissons les conséquences :
C’est à la pompe mais pas seulement. C’est des impacts sur les taux d’intérêt que nous avons à payer sur la dette publique française, c’est un impact sur l’économie mondiale qui, d’une manière ou d’une autre, va nous affecter.
Il appelle ainsi à « bâtir en France et en Europe les conditions d’un renforcement économique, militaire, diplomatique et d’une plus grande indépendance pour nous prémunir des conséquenes de ces conflits. »
Europe : « Si le gouvernement israélien ne change pas de politique, on ne pourra pas faire comme si de rien était »
Interrogé sur l'accord commercial prévu entre Israël et l'Union européenne, Jean-Noël Barrot a réaffirmé que la France reconnaissait le droit d'existence et de sécurité d'Israël. La France reconnaît et condamne en revanche l'action du gouvernement israélien à Gaza, en Cisjordanie et au Liban. Il ajoute :
Si cette politique ne change pas, et bien on ne pourra pas faire comme si de rien était.
Il a réaffirmé l'objectif de l'Europe : faire en sorte que le gouvernement israélien change sa politique notamment à Gaza en permettant l'accès à l'aide humanitaire, mais aussi en Cisjordanie pour mettre fin à la colonisation illégale et aux violences extrémistes.
Je plaide depuis un an pour que des sanctions soient prises contre des entités ou des individus responsables de meurtres de Palestiniens ou d'incendies en Cisjordanie.
Jean-Noël Barrot s’est également exprimé sur le prêt de 90 milliards d’euros que l’Europe s’apprête à accorder à l’Ukraine, jusqu’ici bloqué par Viktor Orbán, désormais sur le départ du gouvernement hongrois après sa défaite électorale. Ce prêt va permettre à l'Ukraine de faire à la fois face à ses difficultés financières pour les deux prochaines années, mais aussi de continuer les négociation avec la Russie. Il souligne :
Pour ce prêt, nous sommes prêts à libérer les premières tranches dès la mi-mai, dès lors que l’accord définitif est trouvé, ce qui devrait intervenir dans les prochaines heures ou dans les prochains jours grâce à la levée du veto hongrois.
Sur le remboursement du prêt, Jean-Noël Barrot a annoncé qu'il sera remboursé lorsque la Russie paiera les réparations de guerre qu'elle doit à l'Ukraine. Le ministre rappelle que c'est une guerre « coloniale injustifiée et injustifiable » conduite depuis plus de 4 ans.