Jean-Noël Barrot : « Pour masquer son échec sur le front, Vladimir Poutine bombarde des civils, des femmes et des enfants »
À l’heure où les crises internationales s’enchevêtrent et pèsent directement sur le quotidien des Français, Jean-Noël Barrot a défendu sur France Info une ligne claire : lucidité face aux menaces, refus des engrenages militaires et action concrète pour protéger les intérêts du pays.
Guerre en Iran : « Nous nous opposons à toute frappe sur les infrastructures civiles »
Face aux menaces de Donald Trump visant l’Iran, Jean-Noël Barrot a réaffirmé une ligne claire : préserver le droit international et éviter l’embrasement. Il rappelle que « la libre circulation des navires dans le détroit d’Ormuz […] est un bien commun qu'il s'agit évidemment de préserver », justifiant l’engagement diplomatique et opérationnel de la France pour rouvrir ce passage stratégique.
S'agissant des menaces qui ont été brandies par le président américain, nous nous opposons à toute frappe sur les infrastructures civiles, c'est vrai dans la région [de l'Iran], c'est vrai en Ukraine, où nous avons, à de nombreuses reprises, dénoncé et condamné les frappes de Vladimir Poutine sur les infrastructures énergétiques.
Surtout, le ministre insiste sur un principe intangible : « nous nous opposons à toute frappe sur les infrastructures civiles et énergétiques ». Une position cohérente avec celle défendue en Ukraine. Ces frappes seraient non seulement illégales, mais aussi dangereuses : elles « ouvriraient sans doute une nouvelle phase d'escalade », susceptible d’entraîner « la région et l'économie mondiale dans un cercle vicieux ».
Il est illusoire de penser que nous pourrons revenir rapidement à une circulation normale des navires [dans le détroit d'Ormuz] sans qu'un système d'escorte soit mis en place.
Dans ce contexte, la France privilégie une voie exigeante mais responsable. « Il ne pourra y avoir de solution […] qu'à la condition que le régime iranien puisse se résoudre à des concessions majeures », explique Jean-Noël Barrot, plaidant pour une sortie de crise par la négociation. Il met en garde contre toute opération terrestre, qui « ferait entrer le conflit dans une nouvelle phase particulièrement dangereuse », rappelant les échecs de l’Irak et de l’Afghanistan.
C'est par la négociation, c'est en l'encadrant de manière stricte, de manière très rigoureuse, que nous pourrons empêcher le régime iranien de développer une arme nucléaire.
Cette posture s’inscrit dans une vision européenne assumée : « la vocation de l'Europe, ce n'est pas d'aller faire la guerre partout dans le monde », mais de proposer une alternative fondée sur la stabilité, la démocratie et le dialogue. Jean-Noël Barrot salue donc les négociations en cours pour un cessez-le-feu dans la région :
Nous souhaitons que ce dialogue puisse se poursuivre et qu'il soit une alternative crédible à l'escalade militaire.
Enfin, sur la situation au Liban, le ministre établi 3 priorités : « la sécurité de nos ressortissants, des agents de notre ambassade et de nos emprises », « soutien humanitaire (...) et puis soutien diplomatique ».
Parce que le Liban est un pays frère, [nous devons] nous tenir à ses côtés dans ce moment si difficile.
Ukraine : « Notre soutien est indéfectible »
Sur le front ukrainien, Jean-Noël Barrot a réaffirmé avec force l’engagement français et européen. Alors que les forces russes marquent le pas, il souligne que « pour la première fois depuis le début de la guerre, les armées […] de Vladimir Poutine sont à l'arrêt » et que « l'Ukraine reprend plus de territoires que la Russie n'en conquiert ».
On continue de soutenir la résistance ukrainienne et on continuera puisque c'est notre sécurité qui se joue aujourd'hui sur le front.
Face à cet échec, le Kremlin intensifie ses frappes contre les civils. Le ministre dénonce une stratégie cynique : « il fait pleuvoir […] des missiles et des drones, en tuant des femmes, en tuant des enfants », y compris « le week-end de Pâques », malgré une proposition de trêve ukrainienne.
Dans ce contexte, la ligne française est sans ambiguïté : « notre soutien est indéfectible ». Elle se traduit par un engagement militaire, financier et politique, notamment à travers un soutien européen massif. Jean-Noël Barrot se dit « absolument convaincu » que le prêt de 90 milliards d’euros sera finalisé, illustrant la détermination collective à soutenir Kyiv.
Carburant : « Ce n'est plus acceptable, nous voulons sortir de cette situation »
Les conséquences du conflit iranien se font sentir en France, avec une hausse des prix de l’énergie. Jean-Noël Barrot assume une réponse gouvernementale à la fois ciblée et structurelle. À court terme, des mesures concrètes ont été engagées : contrôles des stations-service, aides de « 70 millions d'euros pour les secteurs les plus directement impactés », et dispositifs de soutien aux petites entreprises.
Il n'y a pas de « cagnotte particulière ». Parce que l'histoire démontre que lorsqu'on a connu des crises énergétiques comme celle qui est provoquée par cette guerre, les recettes ont baissé pour l'État.
Plus largement, le gouvernement travaille ainsi à un plan d’électrification pour réduire la dépendance aux hydrocarbures, source de vulnérabilité stratégique. Une ambition qui rejoint une conviction démocrate forte : garantir la souveraineté énergétique pour protéger le pouvoir d’achat et préserver la liberté d’action de la France.
Cette responsabilité, c'est qu'en Europe, nous puissions vivre libres, que nous ne soyons pas entraînés dans des guerres, dans des conflits, dans des tensions qui se passent à l'autre bout du monde et qui ont un impact sur notre vie quotidienne. C'est la responsabilité du gouvernement et je crois que c'est la responsabilité des autres forces politiques que de s'atteler à ce chantier qui me semble prioritaire dans un monde qui ne va cesser de se brutaliser.