Jean-Noël Barrot : « La France sauve aussi l'honneur de l'Europe en étant un partenaire fiable et solidaire aux côtés des pays amis [du Moyen-Orient] »
Au cœur d’une crise majeure au Moyen-Orient, Jean-Noël Barrot a détaillé sur France Inter l’action de la diplomatie française : protection des ressortissants, pression sur le régime iranien et mobilisation internationale pour soutenir le Liban.
Conséquences guerre au Moyen-Orient : « Nous agissons pour éviter les abus et pour détendre la situation »
Face aux conséquences de l’escalade militaire dans la région, la priorité du gouvernement est d’abord la protection des ressortissants français. Au micro de France Inter, Jean-Noël Barrot a détaillé l’ampleur du dispositif mis en place :
Depuis le début de la guerre, nous avons permis à 900 ressortissants français, les plus vulnérables, de rentrer en France grâce aux 7 vols que nous avons affrétés et nous préparons à affréter 7 vols supplémentaires dans les prochains jours.
À ces opérations s’ajoutent les vols commerciaux encore possibles dans la région. Ils ont déjà permis « de faire rentrer en France autour de 15 000 personnes, dont une grande partie de Français ». Le ministère a enregistré « environ 7 500 demandes d’assistance au rapatriement », auxquelles les services de l’État s’efforcent d’apporter une réponse adaptée.
La crise internationale a aussi des répercussions directes sur les prix à la pompe. Le ministre a dénoncé toute tentative de spéculation :
Ce sont les conséquences négatives de cette escalade militaire dangereuse. Il est hors de question que l’on puisse se faire du profit indu sur le dos des Français.
Pour y faire face, le gouvernement renforce les contrôles – « 500 contrôles seront réalisés aux stations-service » – tout en travaillant à une réponse internationale. Comme l’a rappelé Jean-Noël Barrot, la France œuvre à « former une coalition pour permettre la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz », afin de réduire la pression sur les marchés.
Nous agissons pour éviter les abus et nous agissons pour détendre la situation en permettant la liberté de navigation dans la région.
Iran : « Le régime [doit] consentir à des concessions majeures »
Au cœur de la crise, le régime iranien doit selon la France changer profondément de posture. Pour Jean-Noël Barrot :
La question n’est pas de savoir qui est le nouveau guide suprême. La question est pour le régime de consentir à des concessions majeures et un changement radical de posture, de mettre fin à ces actions déstabilisatrices et dangereuses, à respecter les droits des Iraniens et à leur permettre de construire librement leur avenir.
Le ministre a rappelé les raisons de la fermeté française : « Ces actions déstabilisatrices et dangereuses, violences d’État tournées contre les manifestants, sont à l’origine de cette escalade militaire qui porte avec elle le risque d’un embrasement de la région. »
Pour Paris, seule une désescalade rapide permettra d’éviter une crise encore plus grave. « Il faut que cette escalade s’arrête, parce qu’elle emporte sans doute plus de risques encore pour la sécurité, la stabilité de la région, qu’elle n’apporte de solution aux problèmes majeurs des actions du régime iranien. »
Dans ce contexte, la diplomatie française se veut à la fois ferme et ouverte à une issue politique. Jean-Noël Barrot a ainsi noté :
J’ai entendu le président de la République islamique d’Iran se dire prêt à l’arrêt des frappes, et je crois que c’est dans cette direction-là qu’il doit aller.
Le ministre a également défendu le rôle central joué par la France auprès de ses partenaires régionaux. Répondant à certaines critiques, il a affirmé « qu’aujourd’hui, c’est la France qui sauve l’honneur de l’Europe en étant présente en Méditerranée orientale, aux côtés de nos partenaires. » Présence diplomatique et soutien sécuritaire témoignent, selon lui, de la crédibilité française auprès de ses alliés :
Je vous invite à interroger nos partenaires de la région qui trouvent aujourd’hui en la France le partenaire le plus fiable et le plus solidaire.
Liban : « Nous avons demandé une réunion extraordinaire du Conseil de sécurité »
La situation du Liban constitue une autre préoccupation majeure pour la diplomatie française. Jean-Noël Barrot a annoncé que la France avait « demandé une réunion extraordinaire du Conseil de sécurité des Nations unies sur le Liban ».
Sur le terrain humanitaire, Paris agit déjà.
Nous avons d’ores et déjà débloqué une aide d’urgence de 6 millions d’euros à destination des organisations humanitaires qui agissent sur le terrain pour ne pas perdre une seconde.
Un premier envoi d’aide matérielle est également en préparation : « 20 tonnes de médicaments, de couvertures, de tapis, de lampes solaires devraient parvenir au Liban dès mardi. »
La France souhaite aussi mobiliser l’ensemble des acteurs français. Le ministre a annoncé l’ouverture d’un fonds de concours du ministère « ouvert aux collectivités mais aussi aux entreprises qui le souhaitent », afin de soutenir l’aide au peuple libanais.
Mais l’urgence reste avant tout la désescalade militaire. Jean-Noël Barrot a rappelé :
Le Hezbollah doit cesser ses frappes, lui qui porte une responsabilité écrasante dans la situation que nous vivons aujourd’hui, et Israël doit s’abstenir de toute prolongation de ses opérations militaires au Liban.
Selon lui, la seule voie possible est le retour au cessez-le-feu obtenu avec la médiation française : « les deux parties doivent revenir à la situation précédente, c’est-à-dire au cessez-le-feu que nous avions obtenu, que la France avait obtenu en novembre 2024. »