Jean-Noël Barrot : « L’Iran doit changer de posture »
Invité de l’émission L’Événement sur France 2 le 10 mars, Jean-Noël Barrot a détaillé la position de la France face à la guerre au Moyen-Orient : fermeté vis-à-vis du régime iranien, mobilisation diplomatique et soutien actif aux partenaires de la région.
Iran : « Cette guerre, nous ne l’avons pas approuvée et nous n’y avons pas participé »
Interrogé sur le déclenchement du conflit, Jean-Noël Barrot a rappelé la position constante de la France. « Cette guerre a commencé par des frappes israéliennes et américaines que nous ne pouvions approuver parce qu’elle se faisait sans but précisément défini et surtout en dehors du droit international », a-t-il expliqué, soulignant que :
Cette guerre, nous ne l’avons pas approuvée et nous n’y avons pas participé.
Pour le ministre, l’urgence est désormais d’obtenir une désescalade rapide. « Nous appelons à une désescalade la plus rapide possible, à la cessation des hostilités », a-t-il affirmé, tout en rappelant que celle-ci passe « nécessairement par un changement radical de posture et d’attitude de la République islamique d’Iran ».
Nous avons montré par le passé que nous avions réussi à obtenir des concessions majeures de la part de l'Iran sans faire appel aux armes, mais par la négociation.
Selon lui, la stabilité régionale et les intérêts économiques mondiaux sont directement menacés par la poursuite du conflit : l’escalade militaire « emporte avec elle des risques qui sont majeurs pour nos intérêts, pour la sécurité de nos ressortissants sur place, mais aussi pour nos partenaires et puis pour l’économie mondiale ».
Nous nous assurons de protéger nos ressortissants, d'apporter tout le soutien, comme le président de la République l'a fait hier à Chypre, à nos partenaires qui ont été injustement ciblés par les drones et les missiles iraniens.
Dans ce contexte, la France prépare également des initiatives pour sécuriser les routes maritimes stratégiques. Paris travaille avec ses partenaires à une mission internationale visant à garantir la circulation dans le Golfe d'Ormuz. Jean-Noël Barrot a ainsi expliqué vouloir « reproduire en quelque sorte la même chose pour le golfe Persique » que l’opération européenne déjà engagée en mer Rouge afin de protéger les navires contre les attaques des Houthis.
Une telle mission aurait un objectif précis : « protéger la liberté de navigation », un principe fondamental du droit de la mer. « Quand elle est entravée ou menacée, il est tout à fait autorisé par le droit international qu’on puisse assurer un passage sain et sauf aux navires », a-t-il rappelé, insistant sur le fait qu’« il ne s’agit en aucun cas de rentrer dans la guerre ».
International : « Une France et une Europe fortes et indépendantes »
Au-delà de la crise actuelle, Jean-Noël Barrot a replacé les événements dans une évolution plus large des équilibres mondiaux. Selon lui, « le monde qui est en train de se construire » est marqué par « une rivalité croissante entre deux superpuissances », les États-Unis et la Chine.
L'important pour nous, au-delà de cette crise dramatique qui traverse le Proche et le Moyen-Orient, c'est d'ouvrir une troisième voie avec l'Europe pour éviter que nous nous trouvions entraînés dans un camp ou dans un autre.
Face à cette situation, la France défend une voie européenne indépendante. « Notre vision du monde et notre vision de nous-mêmes, c’est une France et une Europe fortes et indépendantes », a-t-il affirmé, capables d’éviter d’être entraînées dans l’affrontement entre ces deux pôles de puissance.
Si nous n'accélérons pas, en France et en Europe, nous finirons non seulement par être réduits au statut de spectateur, mais plus encore, nous serons attirés dans un camp ou dans un autre de l'une de ces deux grandes superpuissances. C'est ce que nous voulons éviter à tout prix.
Dans la crise actuelle, la France entend justement démontrer la crédibilité de l’Europe sur la scène internationale. Jean-Noël Barrot a rappelé le déploiement rapide de moyens militaires français en Méditerranée orientale pour soutenir les partenaires de la région. Ce dispositif, a-t-il expliqué, montre que la France est « un partenaire fiable, un partenaire de confiance ».
Les forces françaises, notamment celles stationnées aux Émirats arabes unis, interviennent « dans une posture strictement défensive et conformément aux principes de légitime défense prévus par le droit international ». Leur présence permet à la fois de protéger les ressortissants français, de soutenir les partenaires visés par les attaques iraniennes et de prévenir une extension du conflit.
Pour le ministre, cette capacité d’action illustre l’ambition portée par la diplomatie française : une Europe capable de peser dans les crises internationales et d’offrir « une troisième voie » face aux logiques de blocs.
Liban : « Créer les conditions de relations de voisinage apaisées »
La situation du Liban reste une préoccupation majeure pour la diplomatie française. Jean-Noël Barrot a rappelé la relation singulière qui unit les deux pays, citant la formule du général de Gaulle selon laquelle « le Liban est le seul peuple du monde dont le cœur bat au même rythme que celui de la France ».
Dans ce contexte, Paris agit activement pour favoriser une sortie de crise. La France a ainsi « invité et incité fortement les autorités libanaises et les autorités israéliennes à pouvoir se parler au plus haut niveau » afin d’aboutir à un cessez-le-feu et de créer les conditions d’une stabilité durable.
Aboutir à un cessez-le-feu, œuvrer ensemble au désarmement indispensable du Hezbollah et pouvoir créer les conditions de relations de voisinage apaisées entre les deux pays.
L’objectif est clair : permettre au Liban de retrouver un État pleinement souverain. Jean-Noël Barrot a rappelé que la stabilité régionale suppose « un Liban disposant d’un État fort, avec le monopole des armes, capable de protéger toutes les communautés et de vivre en paix et en sécurité avec ses voisins ».
La France soutient également les décisions prises récemment par les autorités libanaises pour affaiblir la branche armée du Hezbollah et favoriser un dialogue direct avec Israël sur les causes profondes du conflit.
Enfin, le ministre a évoqué la situation des deux ressortissants français détenus en Iran. Il a indiqué avoir réitéré auprès des autorités iraniennes une demande claire :
La libération définitive et le retour en France de Cécile Kohler et Jacques Paris.
Parallèlement à l’action diplomatique au Moyen-Orient, la protection des Français reste une priorité pour le Quai d'Orsay a annoncé Jean-Noël Barrot : neuf vols ont déjà été affrétés pour les ressortissants les plus vulnérables et neuf autres sont prévus d’ici la fin de la semaine, tandis qu’environ 30 000 sièges sur des vols commerciaux restent disponibles pour permettre aux Français présents dans la région de rentrer en France.