Bruno Fuchs : « Entre Israël et le Liban, la solution est politique, pas militaire »
Invité de Radio J ce mercredi 3 juin, Bruno Fuchs, président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale et député du Haut-Rhin, est revenu sur le conflit israélo-libanais, la guerre en Ukraine, en passant par les tensions avec l’Iran et l’avenir du projet européen.
Israël/Liban : « La solution est politique, elle n’est pas militaire »
Interrogé sur les tensions entre Israël et le Liban, Bruno Fuchs a rappelé l’objectif partagé par la France et une partie de la communauté internationale : le désarmement du Hezbollah. Mais pour lui, cet objectif ne peut être atteint par la seule voie militaire.
Vous ne pouvez pas convaincre le Hezbollah de se désarmer. Il faut respecter le cessez-le-feu et accompagner le Liban pour renforcer son autorité et désarmer le Hezbollah.
Selon le président de la commission des Affaires étrangères, les opérations militaires risquent au contraire d’éloigner la perspective d’un règlement durable. « Vous ne pouvez pas convaincre le Hezbollah de se désarmer » par des frappes, a-t-il expliqué, plaidant pour une autre approche. Pour Bruno Fuchs, « la solution est politique, elle n’est pas militaire ».
Il a ainsi insisté sur la nécessité de respecter le cessez-le-feu et d’accompagner les autorités libanaises dans le renforcement de leur souveraineté. La France et la communauté internationale doivent, selon lui, aider le Liban à « renforcer son autorité et à désarmer le Hezbollah », élément qu’il considère comme central dans la relation conflictuelle entre Israël et son voisin.
Moyen-Orient : « C’est l’Iran aujourd’hui qui a la maîtrise du temps »
Évoquant les évolutions récentes de la crise entre l’Iran, Israël et les États-Unis, Bruno Fuchs a estimé que les divergences stratégiques entre Washington et Jérusalem apparaissent désormais de façon plus visible.
Selon lui, les objectifs militaires affichés par Donald Trump n’ont pas été atteints, notamment concernant les capacités nucléaires iraniennes. Il observe désormais une opposition croissante entre Israël, qui souhaite poursuivre l’action militaire, et une partie des responsables américains qui cherchent une sortie de crise plus rapide.
Et il y a une divergence très forte entre Israël qui veut continuer l'action militaire et les États-Unis, dans lequel l'opinion publique et une grande partie aussi, je pense, de l'état-major militaire, lui demande aujourd'hui de sortir de cette crise, de cette opération militaire le plus vite possible.
Dans ce contexte, il considère que Téhéran dispose aujourd’hui d’un avantage dans les négociations. Reprenant l’image du « jeu du chat et de la souris », il a estimé que « Trump s’est transformé en souris alors qu’il voulait être le chat ».
C’est l’Iran aujourd’hui qui a la maîtrise du temps, la maîtrise de la négociation.
Cette situation illustre, selon lui, les limites d’une stratégie fondée principalement sur l’intervention militaire. Il juge que les États-Unis risquent d’en subir les conséquences diplomatiques à moyen terme, évoquant « un affaiblissement de l’influence des États-Unis dans le monde, très clairement, dans les années qui viennent ».
Ukraine : « La victoire de l’Ukraine pour la paix est absolument essentielle »
Concernant la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, Bruno Fuchs a dénoncé avec fermeté les nouvelles attaques visant les populations civiles.
Oui, on peut condamner une nouvelle fois des attaques meurtrières contre les civils, qui sont certainement des crimes de guerre.
Les frappes russes contre des bus, des quartiers résidentiels ou encore la capitale ukrainienne constituent selon lui des actes qui « paraissent assez évidents » à qualifier de crimes de guerre, même s’ils doivent être pleinement documentés.
Notre député du Haut-Rhin estime par ailleurs que la situation intérieure russe se dégrade progressivement. Il évoque les difficultés économiques du pays ainsi que les interrogations qui pourraient émerger au sein même de l’appareil militaire russe sur la capacité de Vladimir Poutine à atteindre ses objectifs.
J'espère que ce sont des signaux avant-coureurs d'un effondrement de la Russie, ou en tout cas d'une volonté très rapide de négocier pour sortir de la guerre.
Face à cette situation, Bruno Fuchs a réaffirmé la position qu’il juge indispensable pour les Européens : « Pour nous, Européens, l’Ukraine doit gagner la guerre ». Une victoire ukrainienne n’est pas seulement un enjeu national pour Kiev ; elle constitue, selon lui, une condition de la sécurité du continent. C’est pourquoi il affirme que :
La victoire de l’Ukraine pour la paix, pour la liberté des citoyens européens est absolument essentielle.
Bruno Fuchs est également revenu sur la réunion qu’il a organisée avec plusieurs présidents de commissions des affaires étrangères des Parlements européens.
À ses yeux, les bouleversements géopolitiques récents ont profondément modifié la perception de l’Union européenne, y compris parmi certains responsables traditionnellement eurosceptiques. Il a ainsi évoqué un échange récent avec un ministre finlandais qu’il décrit comme « eurosceptique au départ ».
Selon lui, les actions de Vladimir Poutine et les incertitudes liées à la présidence de Donald Trump ont conduit de nombreux responsables européens à tirer la même conclusion :
Seule une Europe puissante est une Europe qui peut protéger les citoyens français.
Pour autant, Bruno Fuchs défend une Europe qui s’appuie sur les nations et sur leurs Parlements. Il estime que les assemblées nationales ne sont « pas suffisamment entendues » dans le débat public européen. Son ambition est donc de renforcer leur rôle afin de « construire une Europe plus puissante qui protège » avec les citoyens de chacun des États membres.