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Sarah El Haïry : « Il faut imposer aux jeux vidéo les mêmes contrôles d’âge qu’aux réseaux sociaux »

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Haute-commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry estime que les jeux vidéo doivent être autant surveillés que les réseaux sociaux. « Les prédateurs vont là où les enfants sont les plus insouciants », souligne l’ex-ministre dans les colonnes du Télégramme.

L’Assemblée nationale a voté, lundi, l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Le gouvernement, en lien avec les parlementaires Renaissance, souhaite l’appliquer dès septembre. Pourquoi une telle urgence ?

C’est une excellente nouvelle car il ne s’agit pas d’un sujet de punition, mais de protection. Il faut assumer le fait de protéger les plus jeunes de plateformes qui n’ont jamais pris au sérieux les effets sur le sommeil ou la violence des contenus. Si les plateformes avaient rendu leurs fonctionnalités plus responsables, nous n’en serions pas là. 

Aujourd’hui, 60 % des 11-14 ans possèdent un compte, et le cyberharcèlement touche 45 % des jeunes. En outre, il y a une explosion des contenus pédocriminels. Nous avons donc choisi de dire stop.

 

Techniquement, certains doutent de la faisabilité d’un tel contrôle. Comment le gouvernement va-t-il procéder ?

Plusieurs modalités sont à l’étude : le recours à un tiers de confiance, la reconnaissance faciale ou le signalement numérique. Bien sûr, certains tenteront de contourner les règles via des VPN ou d’autres astuces. 

Mais l’essentiel est ailleurs : il s’agit de responsabiliser les plateformes. Désormais, si un mineur de moins de 15 ans est présent sur un réseau, la responsabilité juridique du réseau pourra être engagée.

Dans un autre registre, vous vous êtes attaquée à l’offre « Optimum » de la SNCF qui exclut les enfants de moins de 12 ans. Qu’est-ce qui vous choque dans cette pratique ?

C’est de la discrimination pure et dure. On ne peut pas justifier un service supérieur en excluant une partie de la société. 

On tolère les chiens, mais on refuse les enfants ? C’est lunaire. 

 

J’ai lancé une rencontre avec Jean Castex (président de la SNCF, NDLR) pour supprimer cette mention. La SNCF est une entreprise à participation publique, elle doit être exemplaire et ne pas céder à la mode du « no-kids » qui met une pression insupportable sur les parents.

(...)

Concernant la protection de l’enfance, les chiffres du 119, le numéro d’urgence « Allo Enfance en danger », montrent en 2025, pour la Bretagne, une vigilance accrue : 669 sollicitations en Ille-et-Vilaine (+ 70 % de hausse des violences sexuelles), 452 dans le Finistère, 398 dans le Morbihan et 357 dans les Côtes d’Armor. Comment réagissez-vous à cette libération de la parole ?

Ces chiffres prouvent que les gens témoignent davantage et qu’ils tolèrent moins la violence, ce qui est une bonne chose. 

Pour y répondre, nous avons déployé le certificat d’honorabilité. Ce système permet de vérifier systématiquement le casier judiciaire et le Fijais (infractions sexuelles) des personnes travaillant auprès des enfants dans les secteurs de la petite enfance et de la protection de l’enfance. 

Sur 653 000 contrôles en France, dans la petite enfance et la protection de l’enfance, nous avons déjà écarté 3 000 personnes condamnées qui étaient au contact de mineurs.

 

Comptez-vous élargir ce dispositif à d’autres secteurs ?

C’est l’objectif. Nous allons l’étendre au médico-social et aux IME, car les enfants en situation de handicap sont trois fois plus vulnérables aux violences sexuelles. 

Il faut également que l’honorabilité des nounous à domicile soit vérifiée, et que les plateformes de baby-sitting soient mobilisées. Il faut mettre fin aux « trous dans la raquette » qui permettent à des prédateurs de passer d’un secteur à l’autre.

Les jeux vidéo comme Roblox ou Minecraft sont aussi pointés du doigt comme des lieux de recrutement pour les prédateurs…

Il faut les considérer comme des réseaux sociaux et leur imposer les mêmes contrôles d’âge. Les prédateurs vont là où les enfants sont les plus insouciants. Si un enfant a moins de 15 ans, il doit pouvoir jouer, mais peut-être sans messagerie ou sans envoi d‘images. 

Nous devons exiger une technologie pensée pour les enfants et sécurisée.

 

 

Lire l'entretien complet dans Le Télégramme.

 

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