Sarah El Haïry : « Il faut signifier aux parents qu’ils ne sont pas seuls »
En distinguant 50 établissements pour leur accueil des enfants, la Haute-commissaire à l’Enfance veut faire reculer la tendance « no kids ». Sarah El Haïry défend une société « pro kids » et affirme vouloir redonner toute leur place aux familles dans l’espace public qu'elle explique dans les colonnes du JDD.
Le JDD. Pourquoi avez-vous décidé de remettre, demain, un prix « le choix des familles » à 50 établissements ?
Sarah El Haïry. Nous pleurons du matin au soir sur les fermetures d’écoles, le fait que nous ayons moins d’enfants… et d’un autre côté, on s’autorise à vivre avec des lieux qui excluent les enfants ! C’est absurde.
Nous ne sommes pas obligés de subir l’arrivée de cette tendance du « no kids » dans nos restaurants, nos espaces culturels ou nos hôtels en restant commentateurs.
Le choix des familles, c’est la volonté de mettre en valeur toutes les initiatives magnifiques qui font une place aux familles et à leurs enfants !
Il s’agit donc d’une riposte ?
Il s’agit d’une riposte assumée aux militants du « no kids ». Nous sommes « pro kids ». Et parce que nous voulions que les familles parlent aux familles, nous avons opté pour une méthode de plébiscite : sur notre plateforme, ce sont les familles elles-mêmes qui recommandent des établissements pour leurs tarifs adaptés, leur accueil chaleureux, leur réelle bienveillance à l’égard des enfants… C’est très simple, populaire, cela vient du terrain et la France entière est représentée. Cela ne veut pas dire que les enfants ne doivent pas être correctement accueillis partout. Mais en attendant, on récompense les meilleurs !
Est-ce aussi une manière de peser sur les mentalités, à l’heure de cette chute démographique inquiétante ?
Célébrer ainsi les enfants et leurs familles est un signal, en effet. La dénatalité a plusieurs ressorts, et les réponses doivent être multiples. Mais elle interroge d’abord notre manière de nous projeter dans l’avenir. Cela concerne le logement, les salaires, les solutions de garde, le travail, l’international même. Mais cela interroge également la société elle-même. Plus les pressions sont fortes, moins les enfants sont accueillis et plus la parentalité est difficile à envisager.
Entre un commerçant qui soupire à la vue d’un enfant et celui qui a immédiatement un petit geste amical, le choix d’un jeune parent est rapide… C’est pareil à l’échelle de la société. D’autant que la solidarité familiale s’est affaiblie, que l’éclatement géographique des familles est réel…
Il faut signifier aux parents qu’ils ne sont pas seuls.
On parle beaucoup de cette tendance « no kids »… Comment votre initiative a-t-elle été accueillie ?
Certaines fédérations professionnelles ont minimisé la tendance. Elle est pourtant bien réelle. Il y a des établissements qui veulent carrément interdire les enfants, et je tiens à rappeler la loi. Mais d’autres se contentent d’un rejet insidieux, qui est beaucoup plus difficile à quantifier. La vigilance et la réaction sont donc nécessaires.
En revanche, les associations familiales et celles qui défendent les enfants ont accueilli la nouvelle avec chaleur. Et les propositions ont afflué. J’étais fière, voilà ma France ! Nous sommes parfois fatigués de dénoncer, même si c’est nécessaire. Alors nous récompensons, ça fait du bien !
Comment en avez-vous choisi 50, et quel sera l’avenir ?
Nous avons regardé les plus proposées parmi les 2 792 contributions, et avons choisi 50 lauréats avec des critères précis de bien-être familial tels que la tarification enfant, des aménagements adaptés… Ils recevront demain, au ministère, un diplôme et un sticker à coller sur leur vitrine pour signifier aux familles qu’elles sont bienvenues.
Dès l’an prochain, nous élargirons au-delà des secteurs de la restauration, de l’hôtellerie et du tourisme pour nous pencher vers les transports ou les commerces… Vous verrez, dans quelques années, les « no kids » seront has been !
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