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Éducation

« Intelligence artificielle : faire le choix du progrès, pour et avec les enfants » par Sarah El Haïry

Sarah El Haïry

À l’occasion du Generative AI for Education Summit organisé à Londres, décideurs publics, experts et acteurs éducatifs se sont réunis pour réfléchir collectivement au développement de l’intelligence artificielle dans l'éducation. Dans ce billet d’humeur, Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l’Enfance et vice-présidente du MoDem, partage ses convictions sur une IA innovante et responsable et plaide pour un leadership français qui place l’intérêt supérieur de l’enfant au cœur du progrès technologique.

Lundi, à Londres, j’ai participé au Generative AI for Education Summit, organisé par le gouvernement britannique. Ce sommet international avait une ambition forte : rassembler États, chercheurs, éducateurs et acteurs technologiques afin de bâtir une vision commune de l’intelligence artificielle en éducation. Une vision fondée à la fois sur l’innovation, la sécurité et l’équité, et surtout sur une conviction partagée : 

L’IA doit être pensée à hauteur d’enfant.

 

L’intelligence artificielle n’est plus une promesse lointaine. Elle est déjà présente dans les salles de classe, dans les foyers, sur les téléphones des adolescents. Elle influence les apprentissages, les comportements, parfois même la construction de soi. Face à cette réalité, mon engagement est clair : le progrès technologique n’a de sens que s’il sert l’intérêt supérieur de l’enfant.

Utilisée de manière responsable, l’IA générative peut être une formidable opportunité éducative. Elle permet de personnaliser les apprentissages, de soutenir les élèves en difficulté, d’accompagner les enseignants et d’élargir l’accès au savoir. La France dispose d’atouts solides, avec une filière EdTech dynamique et innovante, capable de contribuer à une éducation plus juste.

Mais aucune technologie n’est neutre. Sans cadre clair, ce qui promet l’égalité peut accentuer les fractures. Entre les enfants bénéficiant d’outils éthiques, sécurisés et encadrés, et ceux exposés à des solutions commerciales opaques voire dangereuses, les inégalités peuvent se creuser. C’est pourquoi la France a fait le choix d’un cap clair : 

Une IA éducative qui soutient sans se substituer, qui respecte les valeurs de l’école, protège les données des enfants et demeure au service de l’humain.

 

Protéger les enfants est une exigence non négociable. Leurs données éducatives, comportementales ou émotionnelles ne peuvent devenir une matière première pour l’entraînement des modèles algorithmiques. La transparence, le consentement et des limites strictes aux usages commerciaux doivent constituer des lignes rouges absolues. Mais protéger ne suffit pas. Il faut aussi émanciper.

Les enfants grandissent désormais dans un environnement algorithmique. Leurs jeux, leurs apprentissages, parfois leur bien-être sont médiés par des systèmes capables d’anticiper leurs comportements. Garantir leur autonomie suppose des outils compréhensibles et contestables, une véritable éducation à l’IA, et la reconnaissance des enfants comme acteurs à part entière des choix qui les concernent.

Je crois profondément en un leadership français en matière d’intelligence artificielle. Je crois en nos acteurs économiques, en leur capacité d’innovation et en leur sens de la responsabilité. Je rêve d’un pays qui assume d’être leader sans renoncer à ses valeurs. D’une France qui montre que performance technologique et protection de l’enfance ne sont pas contradictoires, mais indissociables. D’une nation capable de porter, en Europe et dans le monde, une vision exigeante de l’IA : innovante, éthique et profondément humaine.

L’intelligence artificielle n’est ni bonne ni mauvaise en soi. Elle est le reflet de nos choix collectifs. Le véritable progrès sera celui qui permettra aux enfants non seulement d’être protégés par la technologie, mais de grandir libres avec elle.

 

Sarah El Haïry

 

 

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