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« Le repas étudiant à 1€ » par Géraldine Bannier

Cantine

Dans ce billet d’humeur, Géraldine Bannier, notre députée de Mayenne, s’étonne de certains arbitrages budgétaires dictés, selon elle, plus par la politique que par l’intérêt général. La généralisation du repas étudiant à un euro, si symbolique soit-elle, envoie à ses yeux un mauvais signal à l’agriculture et au juste prix de l’alimentation.

Même s’il faut un budget - au vu du ras-le-bol général et de la situation préoccupante au plan international - on s’étonnera quand même de tel ou tel arbitrage qui semble davantage guidé par la nécessité d’emporter l’adhésion d’un groupe susceptible de censurer que par l’intérêt général. Ainsi du repas à un euro généralisé à l’ensemble des étudiants. 

Chacun évidemment - et nous sommes nombreux à l’avoir été, étudiant ! - ne peut qu’être sensible à la situation de précarité d’un certain nombre d’entre eux. 

Toutefois, comment expliquer à nos agriculteurs, en plein mouvement pour redire la difficulté de leurs métiers, de leurs rémunérations, que l’on va figer pour des années un tarif Crous à un euro, généralisé, alors que tous les politiques savent pertinemment que le coût de revient pour la collectivité s’élève en réalité à 9 euros et à minima à 2 euros - et encore ! - pour le coût produit… 

Cela veut dire, pour faire simple, qu’à un euro, c’est la collectivité qui rémunère l’agriculteur dans le meilleur des cas, voire l’agriculteur qui paie les pots cassés, au pire, et ne voit pas son coût de production couvert. Une belle porte aussi à l’introduction dans les repas étudiants de produits d’importation, moins chers mais souvent de moindre qualité. 

Alors rappelons bien que nous sommes très favorables au « un euro » pour les étudiants précaires, les boursiers, mais que oui, l’enfant « de riche » pour reprendre les mots habituels de ceux qui ont défendu à corps et à cris le « un euro » généralisé, doit pouvoir participer à hauteur de 3,30 euros à son alimentation afin de ne pas fragiliser notre agriculture. 

C’est aussi bien risqué que d’habituer toute la jeunesse, et particulièrement celle qui fait des études post-bac - donc pas socialement la plus en difficulté de manière générale ! -  à ne mettre qu’un euro dans son alimentation. Pour rappel, la proportion du budget des foyers qui y est consacrée ne fait que baisser depuis plusieurs décennies. 

Décidément donc, c’est un bien mauvais signal envoyé à la profession agricole, que chacun des bords politiques dit pourtant défendre, et un signe pour le moins visible d’une certaine perte des réalités. La nourriture ne tombe pas du ciel dans l’assiette ; ce n’est pas un symbole figé dans le marbre, une quête politique, mais bien la réalité quotidienne de nos éleveurs, des céréaliers et producteurs, si engagés, de la ruralité. 

Courage à celui qui voudra revenir un jour, en raison tout bêtement de la hausse des charges, sur ce nouveau symbole, déconnecté, « arraché » au profit d’une clientèle politique bien identifiée, dans ce moment certainement plus politique que réaliste !

Géraldine Bannier

 

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