Tribune : « Pour lutter contre les violences envers les femmes et les enfants, il faut une stratégie globale soutenue par des moyens suffisants »
A l’approche de la Journée internationale des droits des femmes, un collectif de parlementaires et d’associations - dont nos députés démocrates Erwan Balanant, Sandrine Josso, Louise Morel et Maud Petit - insiste, dans une tribune au « Monde », sur la nécessité d’examiner la proposition de loi « intégrale » visant à lutter contre les violences sexistes et sexuelles.
Lire la tribune dans Le Monde.
La proposition de loi « intégrale » visant à lutter contre les violences sexistes et sexuelles commises contre les femmes et les enfants doit être inscrite à l’ordre du jour et examinée par le Parlement. Nous, parlementaires et organisations associatives et syndicales engagées, en faisons la demande, au nom de toutes les femmes et de tous les enfants qui subissent ces violences et qui attendent, enfin, une protection effective.
La réalité est implacable. En 2025, 167 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Dans 81 % des cas, elles avaient déjà déposé une plainte. Chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles – un toutes les trois minutes. Il ne s’agit pas de faits divers, mais d’un phénomène massif, structurel et systémique.
Depuis #MeToo, des avancées ont certes été obtenues, mais elles restent fragmentées, et insuffisamment appliquées – 94 % des plaintes pour viol sont classées sans suite. Il manque encore aujourd’hui une architecture d’ensemble, une politique publique cohérente et dotée de moyens à la hauteur de la tâche.
Franchir une nouvelle étape
L’exemple de l’Espagne le montre : le pays consacre 16 euros par habitant à cette politique publique, contre 5 euros en France. Résultat : 39 féminicides en 2025, soit près de quatre fois moins que dans notre pays. Ce n’est pas un hasard.
Certes, il n’existe pas de solution miracle. Mais il existe une condition indispensable : une stratégie globale soutenue par des moyens suffisants. Des moyens pour prévenir, pour enquêter, pour juger, pour former, pour protéger, pour accompagner les victimes dans la durée et permettre leur reconstruction. C’est précisément l’objet de la proposition de loi « intégrale » : issue de 140 mesures élaborées avec plus de 150 associations et syndicats, et cosignée par 114 parlementaires de huit groupes politiques, elle apporte une réponse cohérente et transpartisane. Son examen est possible : la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, et le président du Sénat, Gérard Larcher, ont exprimé leur soutien à son inscription nécessaire et rapide à l’ordre du jour.
En 2017, Emmanuel Macron faisait de l’égalité entre les femmes et les hommes la grande cause de son premier quinquennat ; en 2022, il érigeait la protection de l’enfance au même rang. L’inscription de l’IVG dans la Constitution n’aurait pas été possible sans cet engagement.
C’est à cette même détermination que nous appelons aujourd’hui. Face à l’ampleur des violences sexistes et sexuelles, nous devons franchir une nouvelle étape. Il y va de la crédibilité de nos engagements et de la protection effective des victimes. Les féminicides ne sont pas des statistiques ; les enfants agressés ne sont pas des chiffres abstraits. Il est encore temps d’agir. Inscrivons cette loi « intégrale » à l’ordre du jour.
Retrouvez la liste complète des signataires sur Le Monde.