« La guerre moderne : repenser notre défense face aux conflits asymétriques » par Nohé Amari, Jeune Démocrate
À l’occasion des débats en cours sur le projet de loi d’actualisation de la loi programmation militaire, Nohé, Jeune Démocrate du 93 et réserviste à l’Armée de l’Air et de l’Espace, pense le sujet de la guerre moderne, low-cost, dans ce billet d'humeur ambitieux.
Dans les conflits modernes, bien souvent asymétriques, un paradoxe s’est imposé. La victoire ne s’obtient plus via une supériorité technologique mais bien à travers la capacité de durer le plus longtemps possible au coût le plus soutenable.
Les conflits contemporains ne reposent plus sur la supériorité technologique classique longtemps recherchée par les armées occidentales, mais bien sur la capacité à durer, à épuiser son adversaire au combat. Il faut s’intéresser à la notion de guerre d’attrition ou guerre d’usure ; une stratégie militaire ou l’objectif principal est d’épuiser l’ennemi plutôt que de chercher une victoire rapide par manœuvre ou offensives décisives. Il faut aussi s’intéresser aux combats asymétriques modernes ou un acteur plus faible compense son infériorité par des moyens simples, massifs et peu coûteux. La puissance ne se mesure plus seulement en qualité des équipements, mais aussi et surtout en volume, résilience industrielle et rapidité d’adaptation.
Depuis le début du conflit ukrainien et de la stagnation progressive de la ligne de front, la guerre d’attrition s’est naturellement imposée. L’emploi massif de drones FPV, de drones kamikazes et de moyens de guerre électroniques a profondément transformé la conduite des opérations et a mis en évidence une problématique très complexe : le fait qu’un drone civil modifié pour quelques centaines ou milliers d’euros puisse neutraliser un blindé valant plusieurs millions. Ce rapport coût/efficacité est très favorable à l’agresseur, il est devenu possible de saturer les défenses adverses avec des moyens simples, produits rapidement et en grande quantité.
Au Moyen-Orient, on dresse le même constat : une saturation des défenses anti-aériennes par des drones, roquettes, missiles peu coûteux. C’est un paradoxe économique qui nous concerne directement, la France utilise des intercepteurs très coûteux (plusieurs millions d’euros) contre des menaces très bon marché (dizaine voire centaine de milliers d’euros), l’objectif de la menace n’étant pas nécessairement de détruire, mais d’épuiser économiquement et psychologiquement.
La France reste pensée sur un modèle d’armée très technologique, sophistiquée, mais numériquement contraint. Le risque est d’être excellent sur le haut du spectre, mais vulnérable à la saturation basse intensité. C’est pour cela que la loi de programmation militaire doit intégrer non seulement l’excellence capacitaire, mais surtout la masse, la soutenabilité et la rusticité. Une question centrale se pose : comment éviter une armée « trop précieuse pour être employée massivement » ?
C’est cette interrogation qui a donné naissance à 3 axes de réflexions :
- créer une filière française de « défense low cost » avec des drones consommables, munitions et systèmes peu coûteux tout en favorisant start-up, PME et innovations rapides ;
- reconstituer une logique de masse dans la défense en augmentant les stocks stratégiques, en prévoyant des capacités de production de crises et en intégrant la résilience industrielle dans la LPM ;
- réformer la doctrine de défense anti-aérienne en adaptant la défense sol-air aux menaces de saturation, en développant des solutions intermédiaires et en pensant la défense multicouche économiquement soutenable.
Il faut en permanence penser innovation, résilience et responsabilité financière pour savoir répondre aux conflits de demain.
Nohé Amari, Jeune Démocrate