« La place des femmes en politique : un combat inachevé » par Anne Terlez
Un droit conquis de haute lutte, une présence encore trop fragile : 81 ans après le premier vote des Françaises, la promesse d’égalité politique reste à tenir. Entre avancées réelles et blocages persistants, notre secrétaire générale et élue locale, Anne Terlez, livre dans ce billet d'humeur un regard lucide et engagé sur une démocratie qui ne pourra être pleinement vivante qu’en faisant toute leur place aux femmes.
Le 29 avril 1945, les femmes françaises votaient pour la première fois. Il aura fallu plus d’un siècle de combats pour obtenir cette égalité de droit. Elles ont été, comme chacun le sait, les dernières des femmes européennes à pouvoir enfin participer à la vie électorale, ce qui était tout de même un paradoxe dans le pays de la Déclaration des Droits de l’Homme.
Au lendemain des élections municipales et intercommunales, et alors que nous fêtons ce 81ème anniversaire, il est utile de regarder les progrès réalisés, les anomalies persistantes et révoltantes et les combats qui restent à mener…
Il suffit de regarder la composition des assemblées, des gouvernements ou des exécutifs locaux pour constater une réalité persistante : la politique reste, encore aujourd’hui, un espace majoritairement masculin. Certes, des progrès ont été accomplis. Des lois sur la parité ont été adoptées, et le MoDem peut s’enorgueillir d’avoir porté la dernière d’entre elles : la loi Jacquier-Laforge a instauré l’obligation de parité dans les communes de moins de 1000 habitants. Ces territoires ruraux représentent tout de même 70% des communes françaises et près de 9 millions d’habitants. Grâce à la loi portée par Elodie Jacquier-Laforge, votée en 2025 et mise en application cette année, la part des femmes élues dans ces exécutifs locaux a progressé de 10 points.
Cependant, derrière ces avancées visibles, les inégalités demeurent profondes et structurelles.
La sous-représentation des femmes en politique ne relève pas d’un simple retard historique qui pourrait se résorber naturellement avec le temps. Elle est le produit de mécanismes sociaux, culturels et institutionnels qui continuent de freiner l’accès des femmes aux responsabilités.
Pourtant, la présence des femmes en politique n’est pas seulement une question de justice ou de représentation symbolique. Elle est essentielle au bon fonctionnement de la démocratie. Une assemblée qui ne reflète pas la diversité de la société risque de produire des décisions partielles, biaisées, ou déconnectées des réalités vécues. Les femmes apportent des expériences, des priorités et des perspectives différentes, qui enrichissent le débat public et contribuent à construire des politiques plus justes.
Il est donc urgent de dépasser une logique de quotas perçus comme une contrainte, pour entrer dans une véritable culture de l’égalité. Cela passe par l’éducation, dès le plus jeune âge, pour déconstruire les stéréotypes de genre. Cela implique aussi de repenser les modes d’organisation politique afin de les rendre plus compatibles avec des vies diverses.
Il ne s’agit pas de sanctifier les femmes en politique ni de prétendre qu’elles feraient nécessairement « mieux ». Il s’agit simplement de reconnaître qu’une démocratie qui peine à accueillir pleinement la moitié de sa population dans ses instances de décision reste incomplète. La place des femmes en politique n’est pas seulement une question d’équité : c’est une question de qualité démocratique.
Le véritable enjeu n’est donc pas d’ouvrir quelques portes mais bien de faire sauter les verrous.
Anne Terlez, vice-présidente du Conseil Départemental de l’Eure, 1ère adjointe au maire de Louviers, vice-présidente de l’agglomération Seine-Eure, vice-présidente d’Intercommunalités de France et secrétaire générale adjointe du Mouvement Démocrate