Laurence Farreng : « L'UE doit ouvrir de nouveaux débouchés, surtout dans le contexte particulier avec les États-Unis et la Chine »
Invitée de France 24 samedi 7 février, notre eurodéputée Laurence Farreng a défendu l’accord commercial entre l’Union européenne et l’Inde.
Pour Laurence Farreng, la question n’est pas celle du principe des accords commerciaux, mais bien de leur contenu.
Ma famille politique n'est pas contre les accords commerciaux. Au contraire, nous pensons que l'UE doit ouvrir de nouveaux débouchés, surtout dans le contexte particulier avec les États-Unis et la Chine.
À ses yeux, l’accord UE–Inde se distingue clairement d’autres négociations plus controversées, à commencer par le Mercosur, « toujours sur la table aujourd’hui ».
La raison est simple : l’accord avec l’Inde ne touche pas aux secteurs les plus sensibles. L’eurodéputée souligne que « les produits sensibles agricoles sont exclus de l’accord, ce qui est en soi une bonne chose », évitant ainsi tout risque de déstabilisation majeure pour l’agriculture européenne ou pour des pans entiers de l’économie. Une vigilance constante du MoDem et de son groupe au Parlement européen.
Dans un contexte international marqué par les tensions avec les États-Unis, les déséquilibres commerciaux avec la Chine ou encore l’agression russe en Ukraine, l’accord UE–Inde apparaît comme un levier stratégique. D’autant plus que l’Inde est « la première démocratie au monde » et « la première puissance démographique mondiale », ce qui en fait un partenaire incontournable.
Pour autant, aucune naïveté. Laurence Farreng rappelle que « c’est ce Parlement [européen] qui aura le fin mot sur la ratification de cet accord » et que celui-ci devra être examiné « dans les détails ». Les enjeux environnementaux, sociaux et de droits humains sont clairement identifiés. L’Inde, pays en développement de 1,4 milliard d’habitants, fait face à des défis considérables, notamment en matière de changement climatique, de droits sociaux et de respect des minorités, « parfois même des questions de droits de l’homme quand il s’agit du traitement de la minorité musulmane », rappelle notre eurodéputée.
Ces sujets ne sont pas absents de l’accord. « Il y a tout un chapitre sur la dimension du développement durable », incluant l’adaptation au changement climatique et les droits sociaux.
En effet, l'accord de Paris qu'on appelait de nos vœux n'est pas dans l'accord, mais il y a des progrès sur la prise en compte du changement climatique. On a une plateforme d'adaptation au changement climatique, donc il va falloir rentrer dans les détails. Et ça a été un progrès.
Son expérience personnelle nourrit cette approche pragmatique. Membre de la délégation UE–Inde, elle se souvient d’échanges francs lors d’un déplacement sur place : un ministre lui expliquait avoir « sorti de la précarité et de la pauvreté 300 millions d’individus grâce à de l’énergie ». Une réalité qui oblige à penser la transition écologique dans un cadre diplomatique et géopolitique complexe, où « il faut trouver des zones d’équilibre et d’atterrissage » avec des partenaires « qui n’ont pas les mêmes standards que les nôtres ».
Dans un monde « de bascule et de chaos mondial », aggravé par les incertitudes liées à Donald Trump, l’Union européenne doit pouvoir compter sur des partenaires démocratiques. « L’Inde demeure une démocratie, ce qui n’est pas anodin », insiste Laurence Farreng, convaincue que le dialogue et la coopération peuvent faire progresser des standards communs à moyen terme.
En termes d'ouverture de l'Union européenne, on doit multiplier ces accords en regardant ce qu'il y a dedans et en faisant en sorte qu'ils soient cohérents avec nos normes.
Enfin, l’accord commercial s’inscrit dans une relation plus large. Il se double d’un accord politique, abordant notamment le renforcement des coopérations en matière de défense maritime et la coopération sur les compétences et l’innovation, domaines où « l’Inde est un grand pays d’innovateurs ». Une approche globale, fidèle à notre vision européenne : ouvrir, coopérer, protéger nos intérêts et faire avancer nos valeurs, sans renoncer ni à notre souveraineté ni à l’exigence démocratique.