Laurence Farreng : « Le Mercosur, un accord d’un autre âge »
Invitée d’ICI Pays Basque, notre députée européenne et vice-présidente du MoDem Laurence Farreng est revenue sur l’accord UE–Mercosur. Un texte ancien, aux enjeux actuels, que la France refuse en l’état, notamment pour protéger son agriculture.
Mercosur : « Tout n’est pas mauvais, mais il y a une partie qui n’est pas acceptable »
Pour Laurence Farreng, le premier écueil de l’accord UE–Mercosur tient à une confusion de fond :
Le problème c’est de mêler deux secteurs qui n’ont absolument rien à voir : l’agriculture et l’industrie.
Selon elle, comparer des normes de production industrielle à celles de l’agriculture n’a pas de sens, tant les exigences sanitaires, environnementales et sociales diffèrent. Cet accord serait donc bénéfique pour certains et catastrophique pour d'autres.
Notre députée européenne rappelle pourtant que « dans cet accord, tout n’est pas mauvais. Loin de là ! ». Dans un contexte de tensions commerciales accrues, entre une Chine qui « met une pression commerciale très forte » et des États-Unis recourant aux droits de douane, l’Union européenne peut avoir « l’obligation de s’ouvrir de nouveaux marchés ». Mais encore faut-il que ces ouvertures soient équilibrées.
Or, l’accord Mercosur pose un problème majeur de temporalité. Notre vice-présidente souligne :
Cet accord est négocié depuis 1998, c’est dire que c’est un accord d’un autre âge ! Entre-temps, l'Union Européenne a beaucoup avancé sur ses normes de production agricole.
Résultat : une concurrence jugée déloyale, en particulier pour l’élevage. « Les secteurs les plus touchés sont l’élevage – 99 000 tonnes de viandes sont prévues et 180 000 tonnes de volailles – s’il y a bien une région concernée, c’est bien la nôtre », insiste-t-elle, évoquant le Pays basque et le Sud-Ouest, « à front renversé parce qu’il n’y a pas les mêmes normes de production ».
Si certains secteurs agricoles de qualité pourraient tirer leur épingle du jeu — « tout ce qui relève des AOC, des IGP est favorisé » — Laurence Farreng cite notamment le jambon de Bayonne, les vins et spiritueux, « qui souffrent beaucoup aujourd’hui »
Tout n’est pas mauvais dans le Mercosur mais il y a toute une partie qui n’est pas acceptable, et c’est pourquoi la France ne l’a pas accepté.
L'opposition au Mercosur est donc plutôt unanime, estime notre eurodéputée, estimant qu'il y a là même une position « transpartisane ». Mais elle souligne que la balle est désormais dans le camp de l'Europe, et appelle :
Ce n’est plus en France qu’il faut manifester, mais au niveau européen puisque le dernier mot pour la ratification de l’accord sera au Parlement européen la semaine prochaine.
La bataille se joue donc désormais à Bruxelles et Strasbourg. « Le dernier mot pour la ratification de l’accord sera au Parlement européen la semaine prochaine », avertit-elle, alors que certains États industriels comme l’Allemagne ou l’Italie y voient un intérêt direct. Pour peser, « 145 députés dont je fais partie ont signé une action » visant à saisir la Cour de justice de l’Union européenne afin de vérifier la conformité de l’accord aux traités.
Après 28 ans de négociations, cette dernière ligne droite est extrêmement serrée et c’est une course de vitesse pour nous : à la fois pour convertir certains députés à voter contre, et à la fois pour avoir cette action avec le Cour de justice de l’Union européenne.
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