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Jean-Noël Barrot : « L'Europe est plus que jamais aux côtés de l’Ukraine, ce combat est aussi le nôtre »

Invité de France info ce 24 février, Jean-Noël Barrot a réaffirmé la ligne claire de la France et de l’Europe face aux crises internationales : fermeté face aux ingérences, soutien indéfectible à l’Ukraine et priorité absolue à la sécurité de nos compatriotes à l’étranger.

Ingérences étrangères : « Nous n’acceptons pas que des pays étrangers viennent s’inviter dans notre débat politique national »

Interrogé sur la non-venue de l’ambassadeur américain au Quai d'Orsay concernant sa convocation officielle après son commentaire sur la gestion française du meurtre du militant nationaliste à Lyon, Jean-Noël Barrot a rappelé avec fermeté les règles élémentaires de la diplomatie. 

Quand on a l'honneur de représenter son pays […] on respecte les usages les plus élémentaires de la diplomatie. Et on répond aux convocations du ministère des Affaires étrangères, en toutes circonstances. 

 

S’il s’agit, selon lui, d’« une responsabilité personnelle » qui « n'affecte en rien la relation entre la France et les États-Unis », dont nous célébrons le 250e anniversaire, cela « affectera naturellement sa capacité à exercer sa mission ». Car pour un ambassadeur, « le B.A.B.A. c'est de pouvoir échanger avec les membres du gouvernement », ce que notre ministre a interdit.

Au-delà de l’incident, le ministre a posé une ligne claire : 

Nous n'acceptons pas que des pays étrangers puissent venir interférer […] dans le débat politique national. 

 

Si « un citoyen américain » peut exprimer une opinion, il n’est pas question qu’une autorité étrangère adresse des « injonctions » aux Français. « Ce type d'injonction, les Français ne l'acceptent pas. Et donc leur ministre des Affaires étrangères ne l'accepte pas non plus. » Il a également dénoncé des sanctions visant des citoyens français, jugées « injustifiées », comme c'est le cas pour le juge Guillou de la Cour pénale internationale ou encore Thierry Breton, ancien ministre, ancien vice-président de la Commission européenne.

Face à une « internationale réactionnaire » qui « tente » de peser sur nos démocraties, Jean-Noël Barrot appelle à « reprendre le contrôle de notre espace public », notamment par « une mise au pas des réseaux sociaux » et l’application rigoureuse des règles européennes pour protéger nos élections. La France, pionnière avec le service Viginum, entend défendre ce « trésor national » qu’est un débat public « intègre » face aux ingérences, y compris lorsque certaines forces d’extrême droite européennes servent de relais.

 

Ukraine : « le combat des Ukrainiens, c’est aussi le nôtre »

Quatre ans après le début de la guerre d’agression russe, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères a rappelé une vérité simple : 

L'Europe est plus que jamais aux côtés des Ukrainiens et […] elle leur apporte aujourd'hui le principal soutien financier et l'essentiel du soutien militaire.

 

Un engagement massif, assumé, parce que « le combat des Ukrainiens, c'est aussi le nôtre ».

Pour Jean-Noël Barrot, la défense de l’Ukraine dépasse le seul cadre national : « c'est la question de la sécurité et de la paix en Europe qui est aujourd'hui posée ». Si la France et ses partenaires soutiennent « avec autant d'ardeur et autant de résolution la résistance héroïque du peuple ukrainien », c’est parce que « c'est aussi notre avenir et celui de nos enfants qui est en jeu aujourd'hui ».

Les faits sont là : « l'Europe est désormais le premier soutien financier de l'Ukraine », avec « près de 90 milliards d'euros » destinés à couvrir 100 % de ses besoins de financement pour les deux années à venir. Sur le plan militaire aussi, « c'est la quasi-intégralité du renseignement permettant aux Ukrainiens de se défendre […] qui est apportée par la France et par l'Europe ».

Face à cela, le bilan de Vladimir Poutine est, selon le ministre, « un échec cuisant et un échec humiliant ». Il souligne que la progression russe est « absolument millimétrique » et que les pertes sont « insensées » : « plus d'un million de pertes humaines depuis quatre ans », avec « mille soldats russes qui meurent sur le front pour aucune progression territoriale ».

Jean-Noël Barrot décrit « l'horreur qui se joue […] à 2000 kilomètres de nos frontières », évoquant « les méthodes inhumaines de l'armée russe » et une guerre qui « coûte extrêmement cher au peuple russe ». Selon lui, « le temps joue contre Vladimir Poutine ». L’échec est aussi économique : 

L'échec de Vladimir Poutine ne se matérialise pas uniquement sur le front, il se matérialise aussi en Russie. [...] Pourquoi ? Parce que l'économie russe en 2026 va entrer en récession, que les caisses de l'État sont vides, que dans beaucoup de régions russes aujourd'hui, l'essence est rationnée et que le Kremlin vient de décider de bloquer les communications et les communications téléphoniques. 

 

Dans ce contexte, la France et l’Europe ne fléchissent pas. « Les Européens, ce n'est pas ils, les Européens, c'est nous », a-t-il insisté, rappelant que la finalisation du 20e paquet de sanctions et du prêt européen n’est « qu'une question de temps, une question de jour ».

Il a également précisé le sens de la « coalition des volontaires » : elle « n'est pas faite pour faire peur à Vladimir Poutine à ce stade », mais pour, « une fois la paix conclue, dissuader toute nouvelle agression ». Soutien à l’armée ukrainienne, capacités militaires de dissuasion « dans les airs, en mer, sur terre » et garanties juridiques : cette planification réunissant « plus de 30 pays » est « absolument inédite dans notre histoire récente ». Une Europe qui assume enfin sa responsabilité stratégique, fidèle à l’engagement européen du MoDem.

Au-delà du champ militaire, Jean-Noël Barrot a appelé à la lucidité face aux stratégies de déstabilisation. « Il faut ouvrir les yeux sur la réalité de ce conflit », a-t-il martelé, soulignant que la guerre ne se limite pas aux lignes de front mais s’inscrit dans une logique d’agression globale.

Le ministre a rappelé :

Le fantasme colonial de Vladimir Poutine ruine et épuise le peuple russe, discrédite la Russie au risque de la faire sortir de l'histoire. 

 

International : « La plus grande prudence est requise »

Interrogé sur la situation au Mexique, le ministre a indiqué que « la situation prend la voie de la normalisation, mais elle est encore très volatile ». Les autorités françaises appellent donc à « la plus grande prudence » pour nos compatriotes, qu’ils résident sur place ou qu’ils soient de passage. Les recommandations sont transmises « par l'intermédiaire de nos agents sur place, de l'ambassade et des consulats concernés ».

La situation [au Mexique] prend la voie de la normalisation, mais elle est encore très volatile, et c'est pourquoi la plus grande prudence est requise. 

 

Concernant l’Iran et une possible intervention américaine, Jean-Noël Barrot a affirmé que la France « [se] prépar[e] à tous les scénarios » et que « notre priorité absolue […] c'est la sécurité de nos ressortissants et de nos emprises ».

Dans un monde instable, la ligne reste constante : protection des Français, défense du droit international et engagement européen résolu. 

 

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