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Europe

Sandro Gozi : « L’accord Mercosur peut être positif pour les Européens »

Sandro Gozi

Grand invité international de RFI ce vendredi 19 décembre, Sandro Gozi, notre député européen et secrétaire général du Parti Démocrate européen, revient sur les grandes lignes de l’actualité européenne. Traité du Mercosur, soutien financier à l’Ukraine, report de l’utilisation des avoirs russes gelés : quel message l’Union européenne cherche-t-elle à envoyer ? Il répond aux questions de Marion Cazanove.

 

Europe : « Arrêtons avec les vétos ! »

Face à la guerre en Ukraine, Sandro Gozi salue un tournant politique majeur au niveau européen. La décision récente des dirigeants de l’Union envoie, selon lui, « un message de libre volonté politique » : les États qui souhaitent aider financièrement l’Ukraine doivent pouvoir le faire. Ils se sont ainsi accordés à réaliser un prêt commun en soutien à l'Ukraine d'un montant total de 90 milliards d'euros. « Ils sont 24 sur 27 », rappelle-t-il, soulignant que « la Slovaquie, la Hongrie et la République tchèque […] n’ont pas pu empêcher l’Union européenne d’avancer, d’assumer ses responsabilités ».

C'est cette idée d'Europe du libre choix politique que nous soutenons.

 

Cette logique correspond pleinement à la vision défendue par le Parlement européen et le groupe Renew. En octobre, un rapport porté par Sandro Gozi affirmait clairement cette orientation : 

Arrêtons avec les vétos et ceux qui veulent aller de l’avant et assumer leurs responsabilités géopolitiques et historiques vis-à-vis de l’Ukraine doivent pouvoir les faire sans être bloqués. 

 

Pour l’eurodéputé, la méthode adoptée est « une très bonne nouvelle » en termes de détermination européenne.

Sur le financement, il assume avoir été favorable à l’utilisation des avoirs russes gelés, une solution finalement non retenue, estimant que « vis-à-vis des risques historiques que nous courons avec une éventuelle défaite de l’Ukraine, il fallait prendre aussi quelques risques juridiques ». Mais il insiste surtout sur la portée politique du choix retenu : la dette commune. « C’est la même méthode qu’on a adoptée pendant la Covid », rappelle-t-il, soulignant que le budget actuel de l’Union « n’est pas suffisant ». Le recours à un endettement commun pour financer « un prêt à taux zéro de 90 milliards » à l’Ukraine incarne, selon lui, « cette Europe qui augmente sa capacité financière ».

Il fallait absolument répondre à la demande pressante de Zelensky. Et les dirigeants européens l'ont fait. 

 

Notre député européen insiste : il ne s’agit pas d’un renoncement, mais de « l’augmentation du pouvoir financier de l’Union européenne pour soutenir l’Ukraine ».

Enfin, sur la perspective de négociations de paix, il appelle à la lucidité. « Nous ne pouvons pas nous plaindre du fait que les Américains négocient avec les Russes et renoncer à négocier avec eux », affirme-t-il, estimant que pour « une paix durable », les Européens doivent être « à la table » avec « les Ukrainiens, les Américains et aussi les Russes ». Dans un contexte international incertain, cette capacité à décider ensemble renforce, selon lui, « la crédibilité européenne » et notre légitimité à peser sur la paix sur le continent.

Nous, européens, avons le droit d'avoir notre mot à dire sur la solution de paix dans notre continent. 

 

Mercosur : « Les mêmes efforts doivent être demandés »

Sur le Mercosur, Sandro Gozi appelle à utiliser le temps disponible pour améliorer l’accord. En effet, ce vendredi, un délai supplémentaire de plusieurs semaines a été concédé, notamment grâce à la pression de la France, avant la possible signature de cet accord de libre-échange. « Quelques semaines de plus pour un accord qu’on négocie depuis 25 ans, ce n’est pas dramatique », explique-t-il, estimant au contraire que ce délai peut permettre de le rendre plus juste.

Le Parlement européen a déjà posé des lignes claires, notamment avec des « clauses de réciprocité ». Pour l’eurodéputé, le principe est évident : 

Si on demande des efforts sur la sécurité alimentaire aux entreprises européennes, les mêmes efforts doivent être demandés aux entreprises brésiliennes ou argentines. 

 

Il défend également la mise en place de « freins d’urgence » afin de pouvoir « suspendre ou limiter les flux commerciaux » en cas de perturbation des marchés.

Ces exigences constituent « la position du Parlement européen », mais pas encore celle de tous les États membres. « Il faut convaincre les gouvernements », souligne-t-il, afin de parvenir à « un accord qui est tout à fait favorable aux Européens ». Dans son ensemble, l’accord Mercosur est jugé « très favorable à l’industrie européenne et aussi à l’agroalimentaire européen », même si « il y a des aspects qu’il faut rééquilibrer ».

Je crois que l'accord, si on le rééquilibre pour les agriculteurs, est un accord positif pour les Européens.

 

Sandro Gozi se veut clair : « je ne dis pas que [la signature] est inéluctable », mais si les garanties nécessaires sont apportées pour certains secteurs sensibles – « viande, riz, céréales » –, alors « l’Europe va sortir gagnante du Mercosur ». 

 

Écouter l'entretien complet.

 

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