Marc Fesneau : « Il y a la nécessité de rassembler des forces pour l'élection présidentielle »
Alors que les tensions politiques et sociales mettent notre démocratie à l’épreuve, notre président du groupe Les Démocrates à l'Assemblée nationale et premier vice-président du MoDem, Marc Fesneau, appelle à sortir des logiques de confrontation, qu’il s’agisse de préparer la présidentielle, d’encadrer les manifestations ou de répondre aux revendications des lycéens.
Présidentielle : « On a besoin d’un rassemblement »
Alors que certains candidats à l'élection présidentielle rejoignent l’idée d’un rassemblement des forces politiques avant le premier tour, Marc Fesneau se réjouit que cette proposition, portée par François Bayrou depuis plusieurs mois, fasse son chemin. Pour le premier vice-président du MoDem, l’enjeu est d’éviter un second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui poserait la question de « l’ambiance démocratique » dans le pays.
On a besoin de ceux qui veulent défendre une certaine conception du débat démocratique, une certaine conception de la République.
Le périmètre de ce rassemblement est, à ses yeux, assez clair : réunir ceux qui ne veulent voter ni pour le RN ni pour LFI, au premier comme au second tour.
Mais encore faut-il s’accorder sur ce qui fonde cette démarche. Si la primaire est « une des voies », elle ne constitue pas une fin en soi. Marc Fesneau appelle surtout à poser la question du « rassemblement », qui ne doit être ni « électoral » ni « factice », mais reposer sur une vision partagée de l’économie, du « rapport au monde », de la démocratie et des pratiques démocratiques. Il y voit une possibilité de dépasser les divergences entre formations politiques au nom d’un objectif commun, quitte à faire preuve d’« abnégation ».
On a besoin d'un rassemblement, la primaire est une des voies. Mais qu'on pose la question de la nécessité d'un rassemblement qui ne soit pas un rassemblement électoral ou factice, qui soit un rassemblement sur « qu'est-ce qui fait qu'on n'a pas envie de ce duel ? Qu'est-ce qui fait en termes économiques, en termes de rapport au monde, en termes de démocratie et de pratiques démocratiques ? »
L’élu met également en garde contre les risques de confusion entre ambitions présidentielles et responsabilités institutionnelles. Interrogé sur David Lisnard, candidat à sa réélection à la présidence de l’Association des maires de France et candidat à l’Élysée, il rappelle que cette association est, par nature, « non clivante » et « pluraliste ».
Je considère que dans l'élection présidentielle se joue quelque chose qui est l'ordre d'un débat partisan.
Si son président est libre de défendre ses idées, il ne peut, selon lui, « prendre en otage » une institution qui rassemble des élus de sensibilités diverses. À l’approche d’une présidentielle qui s’annonce tendue, les pressions autour des parrainages risquent, estime-t-il, d’accentuer ces tensions.
Manifestations : « Si vous laissez la loi être faite par les casseurs ou par la force, à ce moment-là, il n'y a plus de démocratie »
Marc Fesneau défend sans ambiguïté le droit de manifester. Les restrictions de parcours envisagées ne visent pas, selon lui, à empêcher l’expression des convictions, mais à protéger les commerces et les centres-villes, après plusieurs week-ends marqués par des fermetures, des destructions ou des risques de dégradations. Il y voit un « compromis qui peut être acceptable », à condition de permettre à chacun de défendre ses idées dans le respect des autres.
Essayer de trouver des parcours qui permettent à chacun de défendre ses convictions, et je trouve ça normal dans une démocratie.
Cette recherche d’équilibre se retrouve dans son approche de la proposition de loi dite « casseurs-payeurs ». Notre premier vice-président défend le principe de la responsabilité individuelle : lorsqu’une personne commet des dégradations, elle doit répondre des dommages causés.
Vous êtes responsable de votre acte, vous remboursez.
Mais il met en garde contre les amalgames entre les auteurs de violences, les manifestants pacifiques et ceux qui se trouvent présents sans avoir participé directement aux dégradations. Il appelle à distinguer la responsabilité individuelle, la responsabilité collective et celle des simples témoins, dont le degré d’implication n’est pas le même.
Le texte doit donc être examiné sans céder à la précipitation. Il rappelle :
L'émotion est pas mal la meilleure conseillère pour faire des textes de loi.
Sa ligne est claire : protéger les victimes sans assimiler tous les manifestants aux casseurs, et faire respecter le droit sans céder à la force. « Dans une démocratie, si vous laissez la loi être faite par les casseurs ou par la force, à ce moment-là, il n’y a plus de démocratie », avertit-il.
Revendications lycéennes : « Il y a un sujet de pratique démocratique »
Pourquoi faut-il encore descendre dans la rue pour se faire entendre ? Marc Fesneau voit dans les mobilisations lycéennes un symptôme d’un problème plus profond, qui traverse les gouvernements depuis vingt-cinq ans. « Il y a un sujet de pratique démocratique que nous avons entre nous », estime-t-il, alors que les revendications exprimées portent souvent sur des difficultés anciennes.
Si il faut aller dans la rue pour se faire entendre, il y a un sujet de pratique démocratique que nous avons entre nous.
Il cite notamment Parcoursup, en place depuis sept ans, et l’état des bâtiments scolaires, dont certaines difficultés perdurent depuis « des dizaines d’années ». Pour lui, ces situations interrogent autant la capacité des pouvoirs publics à agir que celle des institutions à apporter des réponses avant que la confrontation ne devienne nécessaire.
Notre député de Loir-et-Cher insiste sur un principe de responsabilité : il faut que chacun sache « qui fait quoi ». Il rappelle que les régions sont responsables du bâti des lycées, tandis que les départements ont la charge des collèges. Les situations varient selon les territoires et il ne s’agit pas de « distribuer les bons et les mauvais points », souligne-t-il. Mais lorsque des portes de toilettes restent arrachées sans être réparées, il s’interroge : « Est-ce qu’il y a besoin d’aller au point de la manifestation pour se faire entendre ? »