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Marc Fesneau : «  L’AMF est prise en otage par son président David Lisnard  »

Marc Fesneau UR 2026

Dans une tribune à l’Opinion, notre président du groupe Les Démocrates et premier vice-président du MoDem, Marc Fesneau, dénonce le mélange des genres du maire de Cannes, candidat à sa succession à la tête de l’AMF et candidat à la présidentielle, et qu’il accuse de créer « les conditions d’une grande alliance avec le RN ».

Dans quelques semaines auront lieu les élections des instances de l’Association des maires de France.

Je lis que les alliés socialistes de Monsieur Lisnard, Messieurs Laignel et Debat, s’émeuvent publiquement de ses déclarations outrancières depuis quelques semaines.

Singulière ironie de la vie politique que de voir ceux qui ont monté des combines d’appareil pour s’assurer de leurs postes, découvrir tout à coup le visage de celui avec lequel ils ont conclu un accord il y a plus de six ans. Chacun a le droit de se tromper. Mais il est plus grave encore de persister, en connaissance de cause, en reconduisant un accord.

Nous avons désormais - je dis « nous » parce que je suis élu local depuis plus longtemps que Monsieur Lisnard - un réel problème à la tête de cette association, reconnue depuis plus d’un siècle pour son pluralisme et son audience auprès des maires.

Pour la première fois de son histoire, elle est prise en otage par son président. Elle est donc menacée dans son unité.

Le maire de Cannes a décidé d’user et d’abuser de la responsabilité qui lui avait été confiée, non pour servir l’AMF, mais pour en faire le marchepied de son ambition personnelle et clivante. Une ambition qui ne peut être celle de l’AMF et qui offense l’esprit de cette association.

C’est donc aussi, et peut-être d’abord, comme élu municipal rural depuis 1995, maire durant plus de dix ans et ancien membre du bureau national de l’AMF que je prends la parole.

Qui ne voit pas l’insupportable mélange des genres, le conflit d’intérêts potentiel et le climat de suspicion à venir ?

Comment, tout d’abord, accepter de voir élu président de l’AMF un candidat à l’élection présidentielle ? C’est une confiscation de la parole des maires au profit d’un homme qui prétend parler en leur nom pour défendre des positions que, j’en suis convaincu, beaucoup d’entre eux ne partagent pas. Comment accepter que soit ainsi salie l’image des maires par un « festival » de démagogie et de facilités ?

Comment accepter ensuite de laisser à un candidat à la présidentielle le soin de présider une association dont les élus vont avoir la lourde charge de choisir, par leurs parrainages, ceux qui pourront concourir à l’élection ? Qui peut s’assurer que le président de l’AMF ne pèsera pas de son poids pour inciter à parrainer tel ou tel, ou à refuser un parrainage, dans une seule logique : la sienne ? Qui ne voit pas l’insupportable mélange des genres, le conflit d’intérêts potentiel et le climat de suspicion à venir ?

Qui peut enfin, à gauche, à droite comme au centre, laisser les clés de cette association pluraliste à un candidat-président qui, comme il l’a montré dans son département, crée les conditions d’une grande alliance avec le RN ? Qui peut encore, juste pour sauver son poste dans cette association, détourner les yeux face à cette manœuvre et ce risque pour la survie même des maires de France ?

Dans la vie, il faut choisir, a fortiori quand on prétend diriger le pays. Or le candidat Lisnard a manifestement décidé de jouer sur tous les tableaux. Lui qui a d’abord trahi son parti poursuit son jeu de caméléon : modéré et consensuel à l’AMF, clivant et brutal partout ailleurs.

Il fait mine, en interne, de consensus, pour s’assurer de son élection tout en ne cessant d’insulter ou de jeter la vindicte sur une grande partie des élus de la gauche et du centre, voire de droite, qu’il qualifie de « caste » dans les journaux nationaux. Qui faut-il croire ?

Par conséquent et puisque le candidat Lisnard refuse de choisir, il est sans doute temps que les élus de bonne volonté, quelle que soit leur famille politique, fassent, eux, un choix clair.

Ceux qui ont fait un accord - peut-être dans le dos de leurs instances - doivent maintenant le dénoncer publiquement et en tirer les conséquences.

Cette clarification serait salvatrice. Veulent-ils soutenir un candidat qui veut déchiqueter nos codes à la tronçonneuse ? Qui manie toutes les outrances ? Veulent-ils être ceux qui, par leur seul silence, pactisent, banalisent tout, cèdent à toutes les tentations ?

Ce sujet dépasse la seule présidence de l’AMF : il exige une clarification de l’ensemble de ces accords opportunistes, sans éthique ni cap, et qui représentent un danger immense pour le pays

Toutes les convictions politiques peuvent s’entendre et doivent s’exprimer en démocratie. Monsieur Lisnard a le droit de faire défendre les siennes. J’ai toujours pensé cela et d’abord pour mes adversaires. Mais encore faut-il avoir le courage de les assumer, car on ne peut pas dire tout et son contraire en tenant un discours devant les Français et l’inverse devant les élus.

Au MoDem, nous n’avons cherché aucun accord, ni même engagé la moindre discussion avec le candidat Lisnard pour le renouvellement des instances. C’est un choix que nous assumons et que j’assume pleinement.

Je pense qu’il est encore possible de changer la donne au sein de l’AMF et de la protéger parce que c’est le bien de tous.

Je salue, à ce moment décisif, l’engagement de Philippe Laurent, dont on ne peut pas dire qu’il soit « suspect » de soutenir le gouvernement depuis dix ans. Sa candidature à la présidence de l’AMF, face à celle d’un candidat à la présidentielle, vise à en sauver l’honneur et l’existence même.

C’est la candidature d’un élu indépendant, travailleur et dévoué uniquement à notre association. Il faut donc le soutenir !

Nous n’avons plus le temps de demander des gages au candidat Lisnard, car ce seront des promesses électorales sans lendemain. Il faut rompre avec cet accord toxique pour tous les élus locaux.

Pour cela, il faut non seulement choisir un autre président pour l’AMF, mais il faut aussi que les élus de bonne volonté s’engagent clairement dans cette élection. A commencer par ceux qui ont noué cet accord regrettable. Ils ne peuvent être de confortables Ponce Pilate.

Désormais, les alliés du candidat Lisnard à l’AMF n’ont plus d’excuses. Ils savent. Ils ont vu. Et c’est pourquoi il n’est pas trop tard.

Ils peuvent encore redonner sa grandeur à cette association des maires et en préserver la vocation. Ils peuvent encore refuser de cautionner l’alliance avec le RN dont rêve et que prépare le candidat Lisnard.

Les élus qui y sont engagés le méritent. Les maires et leurs conseils municipaux le méritent également. Les Français qu’ils représentent aussi.

 

Lire la tribune dans l'Opinion.

 

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