Marc Fesneau : « Notre responsabilité, surtout vis-à-vis des jeunes, c’est de ne pas leur laisser une dette qui va les asphyxier »
Notre président du groupe Les Démocrates et premier vice-président du MoDem, Marc Fesneau, revient sur le plateau de LCP sur la crise des lycées et défend des réformes concrètes, conciliant réussite des jeunes et responsabilité budgétaire.
Parcoursup : « On n'est pas obligé de faire moins bien, on peut faire mieux »
Face à la mobilisation lycéenne, Marc Fesneau reconnaît la nécessité de faire évoluer le système éducatif. Réforme de Parcoursup, organisation des horaires, moyens alloués aux établissements : les revendications exprimées par les jeunes recouvrent des difficultés concrètes auxquelles il faut apporter des réponses. Mais pour notre premier vice-président, l'enjeu ne se résume pas à une question de financement.
J'aimerais que dans ce pays, on ne mesure pas simplement la façon dont on répond à une crise uniquement par les espèces sonnantes et trébuchantes compte tenu de ce qu'est la situation du budget.
Au-delà des moyens supplémentaires, il appelle à examiner le fonctionnement des politiques publiques et à réorienter les ressources lorsque cela s'avère nécessaire.
Parcoursup illustre cette exigence. Sans nier ses imperfections, Marc Fesneau rappelle que la plateforme a remplacé un système de sélection profondément injuste, où les inscriptions pouvaient dépendre de l'ordre d'arrivée. Il identifie néanmoins plusieurs difficultés : une appropriation trop tardive de l'outil par les élèves, des règles de sélection parfois mal comprises et une procédure vécue comme une « boîte noire ».
Pour autant, revenir au système antérieur ne constituerait pas une solution.
Avant Parcoursup, c'était moins bien que Parcoursup. Parcoursup marche bien, on peut essayer de faire mieux.
L'objectif est donc d'améliorer l'existant : mieux informer les lycéens sur les critères de sélection, préparer plus tôt leur orientation et dédramatiser cette étape déterminante de leur parcours.
Car derrière le débat sur la sélection se pose une question essentielle : celle de l'égalité des chances. Marc Fesneau refuse l'idée d'une absence totale de sélection à l'entrée dans le supérieur, qui risquerait de reporter les difficultés sur les étudiants eux-mêmes. « Moi je ne crois pas, ça n'est pas ma vision de l'éducation nationale », affirme-t-il à propos d'un système qui laisserait les étudiants les plus fragiles décrocher une fois à l'université. Pour lui, la responsabilité collective consiste précisément à mieux accompagner les jeunes, plutôt qu'à leur laisser découvrir seuls les obstacles.
Budget : « La responsabilité, y compris vis-à-vis des jeunes, c'est de ne pas leur laisser une dette qui va les asphyxier »
La crise des lycées soulève également la question des moyens consacrés à l'Éducation. Marc Fesneau se dit favorable à des réponses concrètes aux revendications des élèves, tout en demandant des précisions sur les annonces gouvernementales et leur calendrier de mise en œuvre.
Sa ligne est claire : toute dépense supplémentaire doit s'inscrire dans une trajectoire financière soutenable. « Pour ce qui est des amendements du groupe des Démocrates, [...] si vous faites des dépenses supplémentaires, il faut me trouver des économies ailleurs », rappelle-t-il, en saluant le respect de cette règle par les parlementaires de son groupe.
Cette exigence ne signifie pas renoncer à investir dans l'Éducation. Elle impose de hiérarchiser les priorités, d'évaluer les besoins et de ne pas multiplier les engagements sans en assurer le financement. Pour Marc Fesneau, la responsabilité budgétaire est aussi une responsabilité envers les générations futures : financer les politiques publiques d'aujourd'hui ne doit pas compromettre la capacité d'action de demain.
Il appelle ainsi à sortir d'une logique où chaque difficulté trouverait sa réponse dans une dépense supplémentaire. Alors que les finances publiques sont sous tension, il défend une approche qui associe ambition éducative, efficacité de l'action publique et maîtrise de la dette.
Réseaux sociaux : « À nous de faire en sorte que ça soit plutôt des chances que du risque »
La mobilisation lycéenne a aussi mis en lumière le rôle des réseaux sociaux dans la circulation des appels et l'organisation des rassemblements. La mise en avant des influenceurs lors de discussions avec Matignon a été également pointée du doigt. Marc Fesneau refuse d'opposer une condamnation systématique de ces outils à une acceptation sans réserve de leurs usages.
On peut à la fois dénoncer, mettre en garde contre les influenceurs et vivre dans le monde dans lequel on vit.
Les jeunes s'informent et échangent sur ces plateformes : ignorer cette réalité reviendrait à se priver d'une compréhension essentielle de leurs pratiques.
Le risque apparaît lorsque ces outils servent à organiser des actes de violence ou des dégradations. Mais, pour Marc Fesneau, il faut distinguer les technologies de leurs usages : « Ce n'est pas les bons et les mauvais réseaux sociaux, c'est l'utilisation que vous en faites. »
Comme toute révolution technologique, les réseaux sociaux présentent des risques, mais aussi des possibilités. La réponse doit donc conjuguer vigilance, compréhension des usages et capacité à agir, plutôt que se limiter à des interdictions de principe.