Sandro Gozi : « Paris et Rome, laboratoire de l'Europe des villes »
Sandro Gozi, député européen et conseiller de Paris, plaide dans La Tribune pour renforcer la coopération entre les capitales française et italienne afin de faire de leur jumelage un moteur concret de la construction européenne.
« Seul Paris est digne de Rome ; seule Rome est digne de Paris. » En 1956, nos deux capitales scellaient un jumelage unique au monde : chacune est la seule ville jumelle de l’autre. C’était quatorze mois avant la signature des Traités de Rome. Comme si, avant même que l’Europe ne se dote d’institutions, Paris et Rome avaient compris que leur avenir se construirait ensemble.
Soixante-dix ans plus tard, cette intuition n’a rien perdu de sa force. Mais elle court un risque : celui de devenir une belle formule, célébrée à chaque anniversaire puis rangée jusqu’au suivant. Le partenariat a pourtant retrouvé une vraie dynamique depuis sa relance en 2022. Rencontres entre les maires, expositions, projets culturels : le 70e anniversaire a été dignement fêté. Mais honorer une histoire ne suffit pas. La meilleure manière de lui être fidèle, c’est de lui donner un avenir.
Nous disposons pour cela d’un outil encore sous-utilisé : le Traité du Quirinal. Signé entre la France et l’Italie, il reconnaît explicitement le rôle des collectivités territoriales dans la coopération entre nos deux pays.
Paris et Rome doivent en être les premiers laboratoires.
C’est le sens des propositions que le Conseil de Paris vient d’adopter à l’unanimité : une Biennale Paris-Rome, une Journée commune, un Passeport Paris-Rome pour que les citoyens, et pas seulement les institutions, s’approprient ce lien. Mais aussi des coopérations concrètes sur les sujets qui décideront de notre avenir : l’intelligence artificielle, l’innovation, la transition écologique, la reconquête de nos fleuves, la Seine et le Tibre.
Un jumelage pour construire l’Europe de demain
Car les grandes villes européennes affrontent les mêmes défis : adaptation au climat, logement, mobilités, révolution numérique. Elles n’ont aucune raison de les affronter seules.
Partager des expériences, mutualiser des projets, comparer des politiques publiques : voilà ce que peut devenir un jumelage au XXIe siècle.
Cette initiative a une autre singularité. Elle est portée en même temps dans les deux capitales : à Rome, mes amis d’Italia Viva défendent le même texte devant l’Assemblée capitoline. Deux villes, deux assemblées, une même volonté. C’est cela, une action politique véritablement européenne : non pas parler de l’Europe, mais la faire, concrètement, à l’échelle où vivent les citoyens.
L’adoption unanime de ce texte porte enfin une leçon qui dépasse les relations franco-italiennes. Elle est le fruit d’un dialogue exigeant entre une opposition qui propose et une majorité qui accepte d’enrichir. À l’heure où la vie politique se réduit trop souvent à l’affrontement, c’est un rappel utile : l’opposition n’est pas condamnée à contester. Elle a aussi le devoir d’imaginer. Et une bonne idée mérite d’être soutenue, quelle que soit son origine.
Paris et Rome partagent une certaine idée de la culture, de la liberté et de la démocratie. Faisons de cette amitié historique une force d’avenir.
Rapprocher Paris et Rome, c’est construire, très concrètement, l’Europe que nous voulons.
Sandro Gozi, député européen (Renew Europe) et conseiller de Paris