Discours de François Bayrou au Congrès du Parti Démocrate européen
Retrouvez le discours prononcé par notre président et président du Parti Démocrate européen, François Bayrou, lors de leur congrès.
Seul le prononcé fait foi.
Merci Sandro. Merci pour ce que tu viens de nous dire, bien sûr. Et merci pour le travail que tu réalises quotidiennement avec ton enthousiasme, ton engagement, ton leadership, ton charme, ça je dis ça pour les filles qui sont là, et ton sérieux dans la construction du Parti Démocrate européen, qui est le parti démocrate des Européens, mais qui est aussi, proposant l'idée qu'il existe dans le monde un réseau des partis démocrates sur l'ensemble de la planète. Et j'y pensais en écoutant Nira, je ne la vois pas...
Entre le parti démocrate des États-Unis, le parti démocrate européen, L'ensemble des luttes démocrates dans le monde, de l'Orient à l'Afrique, il y a une solidarité qui est nécessaire et qui est en train de se créer et sur laquelle repose en partie l'avenir de la planète. Car on a entendu deux expressions. Ceux qui cherchent et revendiquent la démocratie pour eux. Et on a vu en Europe, on a entendu nos amis albanais, nos amis serbes, on entend ceux qui se battent en Turquie, on entend ceux qui se battent en Russie, on entend ceux qui se battent, on a vu les Ouïgours. On entend ceux qui se battent en Afrique, pas seulement en Ouganda, dans l'ensemble de l'Afrique. On entend ceux qui se battent en Amérique latine, parce que le combat est le même partout et ce n'est pas un combat qui puisse être évité, qui puisse être éludé.
C'est un combat vital de la même manière chez nous et chez eux. Parce qu'entre ceux qui revendiquent la démocratie pour eux et ceux qui essaient de sauver la démocratie chez eux, le combat est exactement le même et je voudrais vous persuader d'une idée simple que je défends en effet depuis longtemps. Il n'y a pas d'autre solution au XXIe siècle si l'on veut construire pour les peuples, que de construire avec les peuples. Tous ceux qui croient, j'allais dire peut-être certains sont-ils de bonne foi, je n'en suis pas sûr. Parce que chaque fois qu'on essaie d'écarter les peuples de la construction de leur avenir, alors on ouvre la porte, on sait bien à quoi, on ouvre la porte à la corruption, on ouvre la porte à la dictature, on ouvre la porte à l'écrasement, on ouvre la porte à l'exploitation des richesses communes pour ceux qui sont au pouvoir. Et un jour ou l'autre, les peuples qui sont parfaitement conscients de tout ça s'en rendent contre.
Donc, tous ceux qui essaient de nous persuader qu'on peut résoudre les problèmes des peuples à leur place en leur demandant d'obéir. Et je sais bien qu'il y a des continents entiers qui sont sous cette loi. Ceux-là, un jour ou l'autre, découvriront qu'il n'existe pas d'avenir si l'on ne prend pas la résolution d'associer les peuples à leur propre destin. Et ceci était une déclaration, il y a un siècle, par ceux qui nous ont précédés. C'était une déclaration philosophique. C'était une déclaration optimiste. C'était une déclaration idéaliste. Aujourd'hui, ça n'est pas ça, parce que les réseaux sociaux sont venus changer complètement la relation entre les peuples et les pouvoirs en armant, en donnant cette arme à la société civile. En faisant en sorte que chacun dans sa situation et chacun dans le lieu où il vit mesure que tant de choses lui sont dissimulées, que ça devient très vite, au bout d'un moment, insupportable.
Et il n'y a qu'une seule manière, alors je sais à quel point cette déclaration est idéaliste. J'accepte l'accusation d'idéalisme. Il n'y a qu'un seul moyen, c'est que les sociétés, les peuples, les individus, les communautés prennent ensemble la mesure des défis qui sont devant elles et choisissent ensemble les moyens de les relever.
Il y a un point commun entre tous ceux qui se servent des outils du pouvoir pour imposer leur volonté à leurs citoyens et concitoyens. Ils choisissent toujours la même technique. Et la technique, c'est celle des boucs émissaires. On repère dans la société, dans le pays, dans les tensions à l'intérieur des voisinages. On repère le point faible, le point irritant, et on focalise là-dessus les détestations et les haines. Alors on en connaît beaucoup. Par exemple, les immigrants. Les populations immigrées et parfois les descendants, les fils et les petits-fils et les arrière-petits-fils d'immigrants. Et nous savons en Europe, nous savons en France, à quel point cette politique du bouc émissaire peut faire de dégâts et présente de menaces pour l'avenir de tout un peuple. En France, les descendants, les immigrés et les descendants d'immigrés, c'est entre 20 et 30% de la population française. Imaginez ce que ça signifie. Et puis on repère sur la question si sensible des religions. Où sont les tensions ? Parfois on mélange immigration et religion. Et vous voyez bien à quelle population je fais allusion.
Mais la technique du bouc émissaire, elle est symétrique. Nous avons en France le dramatique handicap d'avoir deux extrêmes. Extrême droite, on vient d'y faire allusion, extrême gauche, il suffit d'ouvrir les journaux. Et alors, pour l'extrême gauche, c'est la catégorie des riches qui se focalise sur les entreprises, et spécialement les grandes entreprises. Et ça devient le bouc émissaire idéal.
Tous disent la même chose. Vous n'aurez pas à faire d'efforts. La situation dans laquelle vous êtes, aussi critique qu'elle soit, Vous allez vous en tirer sans participer à l'effort, parce que nous allons faire payer pour les uns les immigrés, pour les mêmes l'Union européenne. Nous cesserons de participer au financement de l'Union européenne. Parlons de parler de la France une minute. Et puis pour les autres, eh bien nous allons faire payer tous ces riches qui se dissimulent et évidemment tout ceci est un pur et simple mensonge.
Et nous, qui sommes les démocrates, nous croyons quelque chose d'autre. Nous croyons, tu l'as dit Sandro, nous croyons une chose toute simple. C'est qu'on ne mobilise ceux que les peuples ont de meilleurs que si on leur dit la vérité. Et seule la vérité placée devant leurs yeux, la vérité économique, la vérité financière, la vérité de recherche, la vérité sur l'éducation et sur la formation, la vérité sur l'intégration de populations qui nous rejoignent. Seule la vérité est capable de mobiliser l'énergie d'une société et l'énergie d'une population. Ceci est la clé de cet idéal que nous proposons et qui s'appelle « démocratie ».
Je vais répéter, je l'ai dit à peu près chaque fois à la tribune, je vais répéter ce mot d'un des philosophes fondateurs de la démocratie, qui s'appelait Marc Sangnier, et qui a dit ceci : « la démocratie c'est l'organisation sociale, l'organisation de la société qui porte à son plus haut la conscience, la conscience, et la responsabilité des citoyens ». La conscience et la responsabilité. Et la conscience est la clé de la responsabilité, et la responsabilité est la conséquence d'une prise de conscience.
Si nous ne remplissons pas ces deux obligations, apporter au peuple la conscience et leur offrir la responsabilité, alors ils ne suivront pas les indications et les ordres qu'on leur donne. Et il y a toutes les protestations que nous voyons. Je ne dis pas que toutes sont fondées. Je ne dis pas qu'elles ne sont pas manipulées. Mais je dis avec certitude que si on refuse au peuple l'information, ce qui leur permet de se forger une vision pour l'avenir, alors il est impossible de les faire adhérer aux changements si profonds qu'il faut conduire pour faire face à l'avenir. Par exemple, l'intelligence artificielle.
Et donc, cette situation dans laquelle nous sommes, la vérité sur la conscience écologique, sur ce que nous sommes en train de vivre, évidemment, comme immense mutation imposée à toute la planète en même temps. C'est très rare que des révolutions interviennent en même temps sur toute la surface de la planète. Cette révolution-ci, il est évident que nous ne pouvons pas y échapper. Et combien de pays dans le monde font face aux obligations qui sont les leurs sur ce sujet ? Vous écoutez Trump, et il n'est pas le seul dirigeant de la planète, à mettre en cause les fondements même de cette révolution climatique que nous sommes en train de vivre.
Ces questions-là, les questions que pose l'immense Afrique. Le déséquilibre démographique et le déséquilibre des richesses se rencontrent comme deux ingrédients chimiques qui ne peuvent amener que des explosions. Et continuer à vivre la vie de l'Occident sans avoir la moindre idée, la moindre représentation de ce qui se passe en Afrique, c'est une fuite de responsabilité. Et un mouvement comme le nôtre, un mouvement, dans toutes ses ramifications sur l'ensemble de la planète, ce mouvement-là, il est le seul qui puisse prendre en compte, qui puisse affronter les yeux ouverts, ces immenses défis qui sont posés devant nous.
C'est trop peu de dire que nous sommes en train de vivre une mutation. Nous sommes en train de vivre une révolution profonde que chacun d'entre nous va affronter dans son pays, dans sa communauté et dans sa propre vie. Si vous regardez vos enfants, il n'y a aucun doute que nous allons devoir, avec eux, partager cette mise en cause de tous les modes de vie que nous avons eus jusqu'à maintenant.
Il n'y a que la prise de conscience partagée et la responsabilité partagée, au-delà des frontières, au-delà des pays, au-delà des continents, qui puissent nous permettre d'y faire face. Ceci est le message des démocrates sur la planète Terre. Et c'est cela que nous sommes en train de construire. Et je suis persuadé, je crois, que dans les années qui viennent, ce réseau des démocrates, ce réseau de conscience et de responsabilité va s'imposer dans toutes les vies politiques nationales et continentales. Non pas un des choix que nous offrons, mais le seul choix possible pour que l'avenir soit saisi et construit. Et c'est pourquoi, à Athènes, berceau de la démocratie, il y a 25 siècles, avec toi, Stéphanos. À Athènes, avec les démocrates européens et avec vous qui avez accepté de venir participer à notre sujet, c'est cela que nous avons décidé de porter comme message pour les mois et les décennies qui viennent. Merci beaucoup.