Connexion
Université de rentrée

UR 2026 : Revivez le discours de clôture de Marc Fesneau

Absent(s) lors de notre Université de rentrée ? Retrouvez l'ensemble des discours de clôture de cette édition 2026 ! Ici, celui de Marc Fesneau, député de Loir-et-Cher, président du groupe Les Démocrates à l’Assemblée nationale, premier vice-président du Mouvement Démocrate.

Seul le prononcé fait foi.

 

François,

Je veux saluer les Ministres présents, les parlementaires, les maires, les élus, nos partenaires, l’ensemble de ceux qui sont intervenus.

Au terme de ces universités de rentrée, je voudrais féliciter Maud et ses équipes, d'avoir réussi à en faire à la fois un événement sérieux, un événement festif et un événement qui a permis à un certain nombre de gens de venir ici se rassembler. Avec Maud et Anne-Caroline, l'ensemble des équipes, les bénévoles, toujours présents, toujours allant, même les dimanches matins, les équipes qui nous entourent et les prestataires qui nous entourent, et les équipes de Belambra, qui ont toujours été fidèles au poste, elles aussi. Évidemment, je voudrais saluer François.

Et vous tous, mes chers amis,

D'abord, vous dire que, comme vous le savez, nous revenons d'Ukraine. Je reviens, d’Ukraine. Je reviens d'Ukraine, nous revenons d'Ukraine avec un groupe de parlementaires. On pourrait dire, au fond, bien des choses sur ce que nous y avons vécu. On l'a écrit.

Si j'avais une chose à retenir, c'est la conversation que nous avons eue, c'était avec Pascal et Nicolas avec un viticulteur et son œnologue. Et le viticulteur, très ému, et nous avec, nous a dit : « Vous savez, j'ai deux cartes dans la chambre de mon fils. La première, c'est celle de l'Ukraine, pour lui dire que jamais nous ne céderons sur les frontières. Et la deuxième, c'est celle de l'Europe. Parce que je lui ai promis une chose, c'est qu'à la fin de la guerre, nous visiterions tous les pays qui nous avaient aidés. »

Ils ont passé leur temps à nous dire : nous, on tient. Et la seule question qui nous est renvoyée sur l'Ukraine, c'est : est-ce que nous, nous tenons ? Et nous, nous sommes venus dire que nous tiendrions. Mais nous en rapportons aussi une conviction simple qu'on peut généraliser : là-bas comme ici, on ne peut jamais s’élever au-dessus du réel.

Et au fond, c’est toujours de là que la politique devrait partir.

Pas de nos partis.

Pas des échéances électorales.

Pas des sujets de personnes.

D’abord du réel.

Le réel du monde et le réel de ce que vivent nos concitoyens.

Et le réel, aujourd’hui, est inquiétant.

Désarçonnant, tant il remet en cause des fondations que nous pensions acquises.

Et donc ce réel est exigeant.

Nous sommes entrés dans une époque où trois questions, que nous avions peut-être pris l’habitude de considérer séparément, voire lointainement, se rejoignent et deviennent existentielles.

La première est celle de la paix.

La guerre n’a jamais disparu de la surface du globe. Mais elle est revenue en Europe. Elle menace, elle rode, elle se généralise, elle donne le sentiment de renaître partout.

Partout les rapports de force se durcissent.

Partout les grandes puissances réarment.

Partout le multilatéralisme est mis en cause. Des alliances que nous pensions immuables sont questionnées.

Les nationalismes sont agités.

Les dépendances et les interdépendances économiques deviennent des armes quand elles avaient été des objets de paix.

La deuxième question est celle de l’habitabilité de notre planète.

Le dérèglement climatique n’est plus une abstraction, ni une affaire réservée aux générations futures. Ce n’est pas demain, c’est aujourd’hui. Il bouleverse notre agriculture, nos forêts, nos ressources en eau, nos littoraux, nos villes, nos vies quotidiennes.

Je dirais juste un mot sur l'agriculture.

Je n'entends et je ne vois que des agriculteurs qui me disent et qui nous disent : je ne suis plus en capacité, l'an prochain, de remettre mon exploitation en situation de produire. Et pour la première fois dans l'histoire agricole française que nous connaissions, nous sommes dans une situation où nous ne sommes plus certains de pouvoir produire ce que nous produisions aujourd'hui.

Et ça demande à la fois de répondre à leurs exigences du moment, mais ça demande d'accélérer, je dis ça sous l'œil d'Élisabeth, tout ce que nous avions fait, parce que sans la transition, il n'y aura pas de production agricole possible dans ce pays qui était habitué au climat tempéré et qui découvre les affres des climats extrêmes. Et donc on a besoin d'adresser et un salut et un soutien à l'agriculture dans ce moment de grande mise en cause. Et la lutte et la préparation, pas la préparation, l'adaptation au dérèglement climatique, c'est un impératif, je l'ai dit pour l'agriculture, mais globalement c'est un impératif économique, c'est un défi social et c'est aussi un défi de politique étrangère, avec les multiplications des tensions, des conflits, et donc des risques de migrations incontrôlées.

 

La troisième question en partie conséquence des deux premières est celle de notre souveraineté.

Que produisons-nous encore ? De qui dépendons-nous pour nous nourrir, nous soigner, nous défendre, nous éclairer, nous déplacer, maîtriser nos données, développer l’intelligence artificielle ?

Que pouvons-nous encore décider seuls ? Que devons-nous désormais décider ensemble, en Européens ?

Paix. Habitabilité. Souveraineté.

Et derrière ces trois défis, il en existe un quatrième, qui conditionne tous les autres : celui de notre démocratie.

Car au moment même où le choix politique redevient décisif, nos démocraties éprouvent de plus en plus de difficultés à choisir, à décider et à agir et, j’ose le dire, à convaincre.

Nos sociétés se fragmentent.

Le débat public se brutalise.

Les réseaux sociaux récompensent l’outrance et la violence davantage que la nuance et le raisonnement.

Les ingérences étrangères cherchent à exploiter nos divisions, quand elles ne les nourrissent pas.

Et les populistes travaillent méthodiquement à convaincre nos concitoyens que nos institutions sont impuissantes, que le compromis est forcément une trahison et que la démocratie elle-même serait devenue impotente.

C’est cela, le moment politique dans lequel nous sommes. Et c’est ce moment politique que, chers amis, nous allons traverser ensemble.

Non seulement pendant le débat budgétaire.

Non seulement pendant la séquence présidentielle.

Mais il n’est pas impossible que nous ayons à le traverser pendant des années.

--

Partir du réel, cela signifie aussi savoir que nous ne partons pas d’une feuille blanche.

Depuis près de dix ans, nous avons gouverné. Nous avons soutenu des gouvernements, participé aux décisions, voté des réformes, exercé des responsabilités. Fait entendre notre différence aussi.

Alors, à l’approche de 2027, je crois que nous avons un devoir simple : celui d’assumer, c’est-à-dire regarder lucidement ce que nous avons fait, pas fait ou mal fait.

Je vois bien tous ceux qui, après avoir décidé ou participé aux décisions, après avoir parfois bâti leur carrière ou leur ascension grâce à Emmanuel Macron, voudraient désormais devenir les passagers clandestins de cette aventure.

Au fond, ces responsables étaient hier plus royalistes que le roi, au point, je le dis à bas bruit, de nous donner des leçons de loyauté quand nous exprimions une divergence, et sont désormais les premiers à expliquer qu’ils n’habitaient pas vraiment le même palais.

Ils en ont presque oublié l’adresse. Les plus zélé laudateurs sont devenus les plus zélés démolisseurs.

Ce n’est pas ma conception de la politique. Ce n’est pas la nôtre et c’est une part aussi de notre identité que de savoir assumer ses responsabilités. Je suis certain que les Français y sont sensibles.

Nous avons participé à cette aventure et nous en assumons le bilan. J’ajouterais aussi une petite note de bas de page : que n’avons-nous pas été assez écoutés quand nous alertions sur les risques de fractures, sur le besoin de changer d’attitudes, sur les espoirs de justice.

Parce qu’on ne se défausse pas quand on aspire aux responsabilités, et encore moins lorsqu’on les a exercées.

Parce que si nous ne sommes pas capables d’assumer nos réussites comme nos échecs, comment demander demain aux Français de croire à nouveau notre parole ?

François, tu l’as souvent dit : on ne gagne pas , et c’est vrai, une élection sur un bilan. Mais je crois que l’on se perd lorsque l’on refuse de regarder le sien avec lucidité. Et que l’on assume pas !

Alors regardons-le.

D’abord, il y a ce qui a marché ou ce qui a changé

Nous avons fait de l’apprentissage une voie de réussite et non plus une orientation par défauten triplant le nombre de jeunes qui rentrent chaque année en apprentissage, ce qui était une relégation est devenu une promesse.

Nous avons engagé les réformes de la SNCF et de la RATP et lancé une rénovation inédite de nos réseaux ferrés. En reprenant 35 milliards d'euros de dette de SNCF réseau ensuite en mobilisant 4,1 milliards pour la régénération du réseau.

Nous avons engagé une réduction extrêmement significative de nos émissions de gaz à effet de serre. La plus grande jamais enregistrée, plus de 20% en 10 ans. Ça n’empêche pas dire aussi qu’il faut accélérer encore.

Nous avons développé les maisons France Services et des dispositifs nouveaux d’aménagement du territoire, l’occasion, ici, de citer Jacqueline Gourault. Il y a ici des élus : le fond friche, les territoires d’industrie les petites villes de demain … ça ne nous empêche pas de dire aussi que devant les mutations en cours il faudra travailler sur nos institutions locales, leur financement et leur rapport avec l’État. Mais aussi sur les mutations démographies et leurs conséquences dans nos territoires, sur les mobilités.

Nous avons renforcé notre attractivité, engagé le mouvement de réindustrialisation. Ca n’empêche pas de dire que le risque d’essoufflement et déjà là devant les nouveaux défi technologiques et l’incapacité que nous avons à libérer les énergies.

Nous avons modernisé l’impôt avec le prélèvement à la source.

Nous avons réinvesti dans la police, la justice et surtout dans nos armées, à un moment où l’histoire nous rappelle brutalement combien cet effort était nécessaire quand et où nos prédécesseurs avaient décider à l’aveugle de baisser la garde. Et viennent désormais donner des leçons.

Tout cela, qui l’a fait ? Qui l’a porté ? Qui l’a défendu ? Nous.

Et surtout, sur l'essentiel de ces transformations, et c'est cela qui est fascinant, voyez-vous aujourd'hui beaucoup de nos adversaires, y compris les plus irréductibles, proposer sérieusement de revenir en arrière sur ces réformes-là ? Je n'en vois aucun. Et donc que nous n'en soyons pas les premiers défenseurs me paraît dommage.

Et nous devons assumer avec la même franchise les échecs et les difficultés.

D’abord, et peut-être avant tout nous n’avons pas réussi à rendre notre État efficace.

Nous n’avons pas suffisamment transformé un État contrôleur en État facilitateur ; un État qui édicte des normes en un État qui accompagne les projets ; un État qui se méfie du terrain en un État capable de lui faire confiance. Agile dans les  crises impotent  par temps normal.

Et une démocratie trop lente à décider, pour dire oui comme pour dire non, dans un monde qui s’accélère, est une démocratie qui se fragilise.

Que vaut la parole d’un ministre si elle n’est pas suivie d’effet ? Que vaut une nouvelle règle si rien ne change ?

Et que vaut l’action publique lorsque, faute de parvenir à appliquer une première règle, on en adopte une deuxième, puis une troisième, sans jamais rompre le cercle du sentiment d’impuissance ?

J'ai souvent pensé que nous n'avions pas assez de lois, mais trop, et je le dis sous l'œil de Patrick Mignola, qui en a exercé avec la même sagacité les fonctions de ministre des Relations avec le Parlement.

Tu as souvent dû te dire la même chose que moi. Au fond, nous avons fini par faire de la loi l'outil de l'impuissance, ce qui est quand même le moindre des paradoxes. Et, non content de cela, ceux qui n'ont pas réussi ou ceux qui pensent qu'ils ne peuvent pas réussir par la loi mettent maintenant en cause les gardiens de l'ordre constitutionnel. C'est-à-dire que ce qu'on n'arrive pas à faire par la loi, on dit que ce n'est pas la faute de la loi et des parlementaires et des politiques, c'est la faute du Conseil constitutionnel. Et je mets en garde contre ce risque, cette dérive, je sais où ça mène, nous savons où ça mène dans les pays qui l'ont pratiqué.

Ensuite, nous n’avons pas suffisamment répondu à cette aspiration très française à l’égalité et à la justice.

Nous voulions rendre à chaque Français une part de maîtrise sur sa propre vie. Faire en sorte que l’endroit où l’on naît, la famille dans laquelle on grandit, le patrimoine dont on hérite ou le réseau dont on dispose ne décident pas, dès le départ, de ce que l’on pourra devenir. Nous y avons réussi sur un certain nombre de points, je viens de le dire, mais nous ne l'avons pas réussi sur tous, et nous devons en avoir conscience.

Car que faisons-nous lorsque nous finançons durablement notre niveau de vie par la dette ? Nous préemptons une partie des choix de ceux qui viendront après nous. Nous leur transmettons des intérêts à payer plutôt que des marges de manœuvre pour investir, une contrainte plutôt qu’une liberté de décider.

C’est pourquoi nous devons continuer le combat sur la dette. Le combat pour l’émancipation individuelle et celui pour la responsabilité collective sont, au fond, le même combat : celui qui consiste à rendre à chacun la maîtrise de son avenir.

Je veux ici retrouver une conviction que François Bayrou porte depuis longtemps : la politique ne se juge pas seulement à ce qu’elle apporte aux citoyens aujourd’hui, mais aussi à ce qu’elle laisse à ceux qui viendront demain.

La dette n’est donc pas seulement une question comptable. Elle est une question de souveraineté, bien sûr. Mais elle est aussi une question de justice entre les générations. Chaque fois que nous reportons sur demain une dépense que nous refusons d’assumer aujourd’hui, nous réduisons un peu la liberté de ceux qui nous succéderont.

Et notre responsabilité, celle que nous avons vis-à-vis des jeunes, n’est pas de choisir à leur place. Elle est de leur transmettre suffisamment de liberté pour qu’ils puissent, à leur tour, choisir leur avenir.

Et puis nous avons échoué sur les questions de démocratie

 

D'abord et sans doute pour les attitudes, nous avons été quelques-uns à assister à l'émergence de ce mouvement en 2017 et à avoir le sentiment, parfois, que la nouvelle façon de faire de la politique était plutôt un écrasement qu'un respect des oppositions et même des partenaires de la majorité.

On s'en souvient à quelques-uns, et qu'il a fallu de temps en temps mettre les bornes aux limites ou les limites aux bornes pour expliquer que c'est parce qu'on est majorité absolue qu'il faut tendre la main. Et c'est parce qu'on est majorité absolue qu'il faut tendre la main, parce que quand vous vous retrouvez après en situation de fragilité ou de majorité relative, ceux à qui vous n'avez jamais tendu la main pendant des années, ils disent : mais pourquoi maintenant je viendrais t'aider au moment où tu es en situation de faiblesse ? Et je pense que c'est une difficulté, de même que nous n'avons pas su aller assez loin sur ce que nous portions et ce qui faisait partie de l'alliance avec le président de la République, parler de la question en particulier de la proportionnelle et de la réorganisation des pouvoirs locaux.

Tout cela, ce sont des choses que nous n'avons pas réussi à faire, mais ce sont des choses sur lesquelles il faudra que nous planchions dans les années qui viennent.

Voilà notre bilan.

Il y a eu des réussites. Il y a eu des erreurs. Des insuffisances. Des décisions que nous avons contestées et des méthodes avec lesquelles nous avons parfois été en désaccord.

Et la politique doit renouer avec le droit à apprendre : l’humilité de reconnaître ses erreurs, la lucidité de les corriger et le courage de revendiquer ses réussites.

C’est cette attitude qui doit être la nôtre.

---

Et cette lucidité est d’autant plus nécessaire qu’une nouvelle séquence politique s’ouvre devant nous.

Les extrêmes progressent.

Nous ne sommes pas démocrates par peur des extrêmes. Notre engagement précède le danger.

Nous n’avons pas attendu leur progression pour croire à la liberté, au pluralisme, à la responsabilité, à l’Europe, au respect de l’autre et à notre capacité à construire ensemble malgré nos différences.

Nous combattons les extrêmes, non par réflexe, non par intérêt, non pour préserver je ne sais quel ordre établi, mais parce que nos convictions nous y conduisent.

Nous ne sommes pas démocrates contre les extrêmes. Nous combattons les extrêmes parce que nous sommes démocrates.

C’est notre engagement. C’est notre responsabilité.

Et nous connaissons le phénomène populiste. Il n’est pas nouveau dans l’histoire.

Notre histoire nous a appris que les périodes d’incertitude produisent toujours leurs marchands de certitudes. Les bonimenteurs de toutes les foires du monde. Les « y a qu’à, faut qu’on » de tous bords. Ils partent de colères réelles pour proposer des réponses factices.

Ils prennent des difficultés complexes et leur trouvent un coupable : l’étranger. L’Europe. Les riches. Les fonctionnaires. Les immigrés. Les entreprises. Les élites. Personne n’y échappe. Et bientôt ce sera les pêcheurs à la ligne.

Peu importe finalement le bouc émissaire, pourvu qu’il dispense de chercher une solution.

Et leurs méthodes finissent étrangement par se ressembler.

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon prétendent tous deux rendre aux Français leur souveraineté.

Mais Marine Le Pen entretient depuis des années une relation politique singulière avec la Russie de Vladimir Poutine.

Dans le moment historique que nous traversons, alors que Moscou mène la guerre sur notre continent et cherche à fracturer les démocraties européennes, une question s’impose : quelle indépendance nationale Marine Le Pen peut-elle sérieusement prétendre incarner, quand son propre parti a été, pendant si longtemps, débiteur, pour vivre, d’une banque russe ?

Et puis il y a les mots. Ceux qui révèlent parfois davantage que les programmes.

Lorsque Louis Aliot annonce tranquillement qu’il faudrait « couper le robinet » de l’aide à l’Ukraine, il ne parle pas d’une abstraction budgétaire. Il parle d’un peuple agressé qui se bat pour sa liberté, pour son territoire et pour le droit de choisir son destin.

« Mourir pour Dantzig ? », avec un point d'interrogation, disait Marcel Déat. Ils ne nous demandent pas de mourir, ils nous demandent juste de les aider à combattre pour éviter qu'un jour les questions qui se posent chez eux viennent se poser chez nous.

Cette formule est indigne et révélatrice.

Car derrière la brutalité des mots apparaît une conception de la politique étrangère où la lassitude devrait l’emporter sur la fidélité et où la force finirait par créer le droit.

À l’autre extrême, Jean-Luc Mélenchon promet de libérer la France de toutes ses contraintes en dépensant toujours davantage et, désormais, en proposant de « mettre la dette au feu ou aufrigo ».

La formule est à l’image du reste du programme : illusoire.

Car même si une partie de la dette était gelée ou annulée, la France continuerait à avoir des déficits à financer, à émettre de nouveaux emprunts et donc à dépendre de ceux qui acceptent de lui prêter.

Difficile de demander à celui à qui on dit qu'on ne va pas le rembourser de continuer à vous prêter de l'argent. Il promet l'indépendance et organise la dépendance.

Le problème des extrêmes n’est pas seulement ce qu’ils feraient demain s’ils gouvernaient.

Leur progression et l’instabilité politique à laquelle ils contribuent ont déjà des conséquences pour le pays.

Nous en avons fait l’expérience depuis quatre ans. Elles commencent par la politique de leurs « amis », Monsieur Trump, Monsieur Poutine. Et j'alerte sur le fait que les situations, y compris je pense aux questions de carburant, elles sont portées par ceux dont ils défendent les politiques à l'extérieur de nos frontières. Et je dis une deuxième chose, regardez bien ceux qu'ils défendent, Monsieur Poutine et Monsieur Trump.

Est-ce que vous trouvez que l'Amérique va mieux depuis Monsieur Trump et gagne en crédibilité et en force ? Est-ce que vous trouvez que la Russie va mieux depuis que Monsieur Poutine est en place ? Donc ils nous vendent un modèle de gens qui détruisent leur propre pays. Et donc on a besoin d'avoir face à ça un certain nombre de choses à dire.

Alors ils perturbent aussi la vie parlementaire, je raccourcis mon propos, mais non content d'avoir des modèles qui sont un peu éloignés des nôtres, ils passent leur temps au niveau national à faire en sorte qu'on n'avance pas, qu'on ne progresse pas, et qu'on empêche toute initiative de se créer.

Et donc cette incertitude qu'ils créent, cette pagaille qu'ils créent et cette fracture qu'ils créent, ça a un prix, le prix du renoncement aux sujets centraux et le prix du renoncement des entreprises. L'incertitude atteint aussi les niveaux de l'économie. Les extrêmes ne sont pas seulement un risque pour demain, la politique de l'instabilité produit déjà ses effets aujourd'hui, avec des risques pour demain, grâce à eux et à leurs amis.

Ils prétendent libérer le pays de ses contraintes ; ils contribuent à l’incertitude qui le paralyse.

Ils prétendent défendre notre souveraineté ; ils fragilisent notre capacité à financer nos choix.

Ils prétendent défendre notre souveraineté, ils fragilisent au fond notre capacité à financer nos choix. Ils prétendent rendre le pouvoir au peuple, ils transforment trop souvent le Parlement en instrument de blocage. Ils prétendent aimer le pays, ils le livrent aux banquiers, soit pour la dette soit pour financer leur campagne. Et ils ont une fascination débordante, pour ne pas dire bouillonnante, pour le fort, et alors singulièrement quand ce fort veut nous affaiblir ou nous anéantir. Voilà les patriotes qui parlent.

 

Voilà les patriotes qui parlent. Et bien ce n’est pas notre conception du patriotisme.

Mais on ne bâtit pas un projet politique en criant au loup.

On ne demande pas éternellement aux Français de voter pour nous parce que les autres seraient pires.

Si notre seul projet pour 2027 consiste à expliquer que Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon seraient dangereux, alors nous aurons déjà perdu une partie de la bataille politique.

Nous aurions raison. Mais nous ne pouvons pas seulement avoir raison.

Parce qu’à la crainte, il faut opposer l’envie. À la colère, une espérance. À la facilité, un chemin exigeant mais juste.

Et aux projets des extrêmes, notre projet.

----

Mes chers amis, nous avons décidé vendredi soir, en Conseil national, de lancer un grand chantier programmatique dont nous avions parlé lors des journées parlementaires. Pour affirmer ce que nous sommes, bien sûr, mais surtout pour mettre dans le débat public les sujets qui nous semblent essentiels et les réponses que nous voulons porter.

Je veux d’abord vous dire que notre groupe à l’Assemblée nationale s’engagera pleinement dans cette démarche. Les 37 députés, dont je suis fier, qui le composent ont chacun développé une expertise, une expérience du terrain, une connaissance fine des grands enjeux auxquels notre pays est confronté.

Ils ont vocation à nourrir ce travail, à produire des analyses avec vous, avec d’autres et toutceux qui voudront se joindre à ce travail collectif.

Et parce que j’ai le sens du collectif je voudrais poser simplement une exigence ou une ligne qui me semble devoir guider notre réflexion : la réconciliation.

Réconcilier les Français avec leur démocratie, d’abord. Cela suppose une démocratie qui représente mieux, avec la proportionnelle, mais pas que ; une information libre et pluraliste ; mais aussi un État qui retrouve son efficacité. Simplifier les normes et les procédures, raccourcir les délais, évaluer ce que nous faisons. Avec un principe simple : un responsable, une procédure, un délai. Une démocratie ne se juge pas au nombre de décisions qu’elle prend, mais à sa capacité à les rendre effectives.

Réconcilier les Français entre eux, ensuite. Retrouver le sens d’une communauté nationale dans laquelle chacun contribue selon ses moyens et chacun sait que l’effort est justement réparti. Mieux rémunérer le travail sans fragiliser notre compétitivité ; mieux financer notre protection sociale sans toujours faire peser son coût sur le travail. Davantage de compétitivité, sans affaiblir notre protection sociale.

Réconcilier, enfin, l’écologie avec la vie quotidienne. Parce que la transition ne réussira que si elle améliore concrètement la vie. Préparer notre agriculture à un monde où l’eau sera plus rare. Construire des mobilités du quotidien là où il n’y a ni métro ni tramway. Permettre de rénover son logement sans alourdir ses charges.

Et enfin, et peut-être est-ce le plus important, réconcilier les générations. Nous ne pouvons plus demander aux plus jeunes de financer demain les choix que nous refusons d’assumer aujourd’hui. Cela vaut pour notre dette, pour notre modèle social, pour le financement des retraites comme pour le climat.

Et c’est ainsi, finalement, que nous répondrons au constat posé au début de ce discours.

Oui, la démocratie peut encore agir. À condition qu’elle accepte de choisir. À condition qu’elle sache se transformer. À condition surtout que les décisions prises changent réellement quelque chose dans la vie des citoyens.

--

Mes chers amis,

Si je parle de réconciliation, ce n’est pas un hasard.

Parce qu’au fond, c’est peut-être là que réside depuis toujours notre singularité.

Être du centre, ce n’est pas chercher le juste milieu en toute chose. Ce n’est pas calculer en permanence la distance qui nous sépare de la droite et celle qui nous sépare de la gauche.

C’est tracer une voie qui nous est propre.

Voilà notre singularité : tenir ensemble ce que les idéologies séparent trop facilement.

La liberté et la solidarité. L’économie et l’écologie. L’autorité et l’humanisme. La nation et l’Europe. L’entreprise et le salarié. Celui qui arrive et celui qui accueille. Le présent et les générations futures.

Tenir ensemble ce que d’autres opposent, pour transformer sans défaire.

Le centre n’est pas l’endroit où l’on modère les autres.

Il doit être l’endroit d’où l’on transforme le pays.

Et dans l’époque qui vient, je crois même que la modération sera une audace. Révolutionnaire peut-être.

Tout pousse à réduire le monde à quelques caractères sur un écran.

Tout pousse à transformer chaque adversaire en ennemi.

Or, depuis deux ans, notre groupe fait chaque jour l’expérience d’une réalité qui pourrait aussis’installer durablement dans notre vie politique : aucune force politique ne peut plus, à elle seule, faire avancer le pays.

C’est cela aussi, respecter le vote des Français et c’est cela que nous faisons chaque jour.

C’est précisément cela la force du centre et c’est cela que nous devrons diffuser.

Et ce que nous avons appris à construire à 37 dans l’Assemblée, nous devons maintenant avoir l’ambition de le construire dans le pays.

Et pour réussir il faudra rassembler.

Et ce rassemblement, mes chers amis, il n’est pas une abstraction.

Il a, pendant trois jours, cher François, commencé à prendre corps ici.

Regardez ce que nous venons de faire.

Nous avons aussi accueilli Bernard Cazeneuve, Xavier Bertrand, Jean-Louis Borloo, Élisabeth Borne, Thierry Breton, Eric Lombard, Eric Dupont-Moretti, Juliette Méadel et bien d’autres. Des femmes et des hommes qui n'ont pas la même histoire, qui ne viennent pas du même endroit, qui ne sont pas d'accord sur tout et heureusement, mais qui savent qu'il existe quelque chose de plus important que nous appartenons sur nos histoires.

Ce que nous sommes encore capables de construire ensemble pour le pays. Je veux dire que ce qui s'est passé ici est important et que c'est un point de départ, parce que dans une vie politique qui passe son temps à dresser des murs, nous avons fait le pari de la rencontre et du dialogue. Et dans un pays que l'on voudrait condamner au face-à-face des blocs, nous avons montré qu'un autre espace existe. Et maintenant il faut aller plus loin, il faut transformer ces rencontres en travail commun, ces convergences en engagement et ces bonnes volontés en une force capable d'agir.

 

Je ne suis pas, comme vous le savez, obsédé des étiquettes, je suis beaucoup plus parce que nous voulons faire ensemble.

Avant de distribuer les places, écrivons les engagements.

Avant de choisir les personnes, choisissons le chemin.

Nous avons besoin d’une équipe de bonnes volontés. Elle s’est exprimée.

Des hommes et des femmes venus de partout, ces hommes et ces femmes peuvent devenir la clé de voûte d'un nouvel arc démocrate construit sur un travail de fond pour faire émerger quelques engagements. Ces hommes et ces femmes venus d'horizons différents pourront dire, sur cela nous sommes d'accord, et sur cela nous sommes prêts à agir ensemble.

---

Mes chers amis,

Je voudrais terminer par une note plus personnelle. Pas pour vous parler de moi, rassurez-vous, mais pour vous dire pourquoi j’ai confiance et nous devons avoir confiance.

Voilà quelques années que je suis dans cette famille politique.

Un engagement dont je n’ai jamais dévié. Dont je n’ai jamais douté en fait.

Et pourtant nous avons , avec François, avec Marielle et avec bien d’autres, tout vu :

J’ai commencé, pour ma part, par une dissolution, pas celle de 2024.

Puis j’ai vécu des victoires qui n’étaient pas les nôtres,

J’ai vécu les tentatives d’élimination par ceux qui déjà associaient droite et centre et par ceux qui au centre se laissaient aller à la facilité de la faiblesse, à la lâcheté et au laisser aller facile du confort bourgeois du pouvoir.

J'ai vu les défaites, mais j'ai vu surtout l'émancipation, grâce à toi François et à ceux qui t'entouraient à l'époque, tant attendue de ceux qui ne se résolvent pas à se voir ranger dans un camp, assignés à un camp.

J'ai vécu et j'ai vu, avec bien d'autres, les traversées du désert, et vous étiez nombreux y compris dans cette salle quand nous n'étions pas si nombreux à essayer de porter le drapeau, et qu'aucun de ceux qui composaient la vie politique française n'avait d'autre ambition que de nous voir disparaître, nous laisser disparaître, tout heureux qu'ils étaient de continuer à pouvoir jouer au ping-pong de l'alternance entre la droite et la gauche. Et au fond d'éviter ainsi d'avoir à se poser les bonnes questions.

J’ai vu la mutation de notre parti pour s’ouvrir à d’autres parcours, d’autres horizons et pour offrir à ceux qui comme nous se cherchaient une maison, un lieu et un espace d’expression.

J’ai vu ceux qui depuis l’intérieur de notre mouvement et la vanité de leurs ambitions ont failli tout fragiliser et tout emporter.

J’ai vu aussi la patience solidification de nos bases militantes et d’élus, de notre pensée et de notre cohésion.

Et puis j’ai vécu le choix déterminant de François en 2017. Et c’est précisément par ce geste désintéressé que François a permis que ce centre tant espéré puisse essayer d’exprimer ce qu’il est.

J’ai participé à tout cela et j’y ai pris souvent ma part. Je l’ai toujours fait sans calcul autre que celui de penser à notre collectif et de ne jamais me départir de cette ligne.

Nous avons résisté à tous les écueils et nous sommes là. Et quand les autres maisons à droite et à gauche semblent en risque de disparaitre, qui l’aurait pensé ?  Nous, nous sommes encorelà.

Et vais vous dire en trois mots la recette de cette solidité :

Nous avons d’abord toujours fondé nos décisions politiques sur l’idée que nous nous faisons de l’intérêt du pays et sur la base des convictions.

Nous avons toujours essayé de nous éloigner des aventures individuelles croyant, et à juste titre que seul le collectif avait une force et l’on a vu ce qu’il advenait de ceux qui s’y aventurait. Des plaisirs immédiats, des petites notoriétés vaniteuses puis… le néant.

Et peut-être, surtout, nous n’avons jamais accepté la domination des uns ou des autres, et parce que d’abord, nous n’avions pas une âme de dominant, nous cherchions la liberté.

Je n’ai jamais douté, parce-que ici, au Centre, je peux tout simplement, comme beaucoup d’entre vous, exprimer ce que je suis.

Parce que je ne me résous pas à ce que l’on vienne m’imposer les pensées uniques et les certitudes de la bipolarisation.

Parce que j’aime ceux qui sont capables d’écouter les arguments des autres, de les comprendre, y compris et peut être surtout, dans leur différence.

Parce que j’aime les gens qui doutent tout en étant solides dans leurs convictions et que je déteste la société en construction qui fait par nature de celui qui ne pense pas comme vous un gêneur, un adversaire quand ce n’est pas un ennemi. Comme si l’on était trop faible pour accepter les différences.

Parce que je ne crois pas que l’on construise quoique ce soit de beau dans la détestation de l’autre, dans son ostracisation et dans l’enfermement communautaire et les certitudes d’unpetit cercle.

Parce que je ne crois pas que les forces de l’argent doivent dominer le monde mais au contraire le servir.

Parce que je crois à la nécessité d’encourager les initiatives privées parce qu’elles ne sont pas l’ennemi mécanique de l’intérêt général.

Parce que je crois que l’écologie doit être l’une des premières préoccupations des humanistes que nous sommes. Et que ceux qui veulent la défendre ne peuvent en faire l’ennemi de l’humanité comme si parce que nous sommes effectivement la cause des désordres il faudraitdésormais que l’humanité s’efface.

Parce que je crois que le service public c’est la chance de ceux qui n’en ont pas par la naissance et que c’est une promesse faites à tout enfant qui naît de pouvoir sortir de sa condition.

Parce que je crois en la force de notre réseau local d’élus engagés, de forces associatives de ceux qui chaque jour se frottent au réel et que je refuse qu’on vienne opposer ces forces avec celles de l’État.

Parce que je crois que l’Europe est l’espace pour exprimer notre liberté et notre souveraineté et qu’elle reste la plus belle promesse d’hommes et de femmes qui ne veulent pas revoir la guerre qui a failli détruire ce continent.

Parce que j’aime mon pays quand il rayonne fait vivre son histoire, porte avec fierté le message universel de ceux qui nous ont précédé et que je refuse d’en faire un objet d’enfermement nostalgique mais au contraire d’ouverture.

Je suis donc ici parce qu’il est nul autre espace, endroit, famille, maison où je peux exprimer cela et m’y sentir bien.

Il n’y a que là que je pouvais être et c’est tellement confortable je vous assure.

Alors dans les semaines et les mois à venir je vais vous donner un conseil pour que continue l’aventure et qu’elle s’élargisse.

Soyons et soyez généreusement sincères, absolument et totalement. En sortant de l’esprit boutiquier, des affaires de boutiques médiocres et de nos intérêts personnels. Voilà trente ans que je voyage ainsi, et vous avec nous. Nous n’avons pas à nous en plaindre, et je suis à nouveau prêt à prendre le risque de tout perdre parce que seul ce don à un vrai sens et crédibilisera devant les Français. Le reste c’est de la littérature

Soyons généreux et refusons les petits calculs, de bruler les étapes, de mettre la charrue avant les bœufs.

Prenons les choses dans l’ordre et l’ordre c’est la Présidentielle et le reste viendra bien assez tôt pour les gens pressés. Et dans l'intervalle, donnons sans compter de notre énergie, de notre intelligence, de notre collectif, pour bâtir ces rassemblements.

Soyons généreux c’est-à-dire donnons l’image au français une nous n’avons qu’un seul sujetde préoccupations : eux.

Soyons généreux : ouvrons nous à toutes celles et ceux qui cherchent autre chose que le duel annoncé

Soyons et soyez généreux je ne connais pas d’autre mot pour dire notre désintéressement, note volonté de rassembler et notre volonté de changer le pays pour les Français.

Et avec cette générosité communicative, sincère, totale je suis certain que nous pouvons conjurer le fatalisme et offrir une autre voie au pays.

Merci à toutes celles et ceux qui vont s'engager, avec cette générosité et à cet engagement.

Et merci d'avoir fait de ces universités de rentrée les universités de l'intérêt général. Merci à toutes et à tous.

 

Thématiques associées
Filtrer par