UR 2026 : Revivez le discours de clôture de François Bayrou
Absent(s) lors de notre Université de rentrée ? Retrouvez l'ensemble des discours de clôture de cette édition 2026 ! Ici, celui de François Bayrou, président du Mouvement Démocrate, président du Parti Démocrate européen.
Discours de clôture — Université de Rentrée 2026
L'Isle-sur-la-Sorgue
Seul le prononcé fait foi.
Merci à tous. Merci Marc, merci Maud, merci Jules, tous ceux qui se sont exprimés avant moi. Ces trois jours à L'Isle-sur-la-Sorgue auront été, je crois, un événement. Pourquoi ? Parce que pour la première fois, des responsables politiques qui plaident l'intérêt général et le rassemblement ne se sont pas contentés de mots. Ils ont choisi de prouver par leur présence, par leur échange, qu'on pouvait passer des mots aux actes. Et dans un moment comme celui-là, c'est évidemment infiniment précieux.
Et donc, les personnalités, je les ai nommées, Marc vient de le faire aussi, tous ceux qui nous ont rejoints, responsables politiques, anciens premiers ministres, anciens ministres, responsables de courants politiques, ont tous ensemble manifesté les uns aux yeux des autres, et tous ensemble, aux yeux des Français qui s'intéressent à ces événements, que l'impossible allait peut-être devenir possible. Ce n'est pas garanti, ce n'est pas certain, mais c'est un combat. C'est une volonté qui s'exprime. Et à L'Isle-sur-la-Sorgue, cette volonté a commencé à prendre corps et en tout cas à prendre visage.
Donc merci à tous. Et merci à ceux, celles, Maud et toutes les équipes qui ont organisé cet événement.
Un monde en crise : la guerre en Ukraine
Et cet événement, il intervient au moment où la situation nationale et internationale est la plus dure, la plus difficile, la plus menaçante que la France ait connue depuis la guerre. Alors vous connaissez tous les étapes de cette accumulation de menaces.
Il y a quatre ans et demi, la guerre d'agression et d'annexion que Poutine a lancée contre l'Ukraine est venue bouleverser l'ordre international, et reconnaissons — tous ceux qui étaient dans cette équipe — que nous l'avons vu et nommé dès la première minute, et que nous avons depuis la première minute considéré qu'une partie du destin de notre Europe et de notre destin à nous, et peut-être une partie essentielle de ce destin, se jouait là-bas, dans les plaines de l'Ukraine. Et qu'au moment où tout le monde considérait que l'affaire était jouée, nous, au contraire, nous mobilisions les forces pour cela, les forces de notre pays, autant que cela était en notre pouvoir, et les forces locales.
Je veux rappeler que nous avons été un certain nombre, élus locaux, villes, départements, régions, à accueillir les réfugiés d'Ukraine, et les réfugiées aussi, les réfugiés d'Ukraine, qui ont trouvé chez nous accueil, sourire, soutien et solidarité. Alors merci à tous ceux qui ont fait cela.
Et puis merci au peuple ukrainien. Qui aurait dit, qui parmi les savants, les sachants, les experts, qui aurait dit que le peuple ukrainien, au bout de quatre ans et demi, serait non seulement en train de résister, mais en train d'avoir équilibré les forces agressives ? Je me souviens très bien de plusieurs responsables politiques, je me souviens très bien de Jean-Luc Mélenchon par exemple — vous chercherez la vidéo, elle existe — qui dit, devant une caméra de télévision, mais qui peut imaginer que l'Ukraine résiste plus de quelques jours à l'armée russe ? Et c'est ces gens-là qui veulent conduire le destin du pays.
Ceux qui disaient — je me souviens très bien de Marine Le Pen, qui disait « mais qui peut imaginer que Poutine veuille envahir l'Ukraine ? Tous ceux-là n'y connaissent rien. Qu'est-ce que Poutine et les Russes iraient faire en Ukraine ? » Vous chercherez la vidéo. Ces déclarations-là, elles devraient à jamais, ne serait-ce que pour cette raison, disqualifier les responsables qui les ont tenues, au vu et au su de tout le monde, alors que l'essentiel de la liberté et de notre avenir était en jeu.
J'ai beaucoup d'admiration pour le peuple ukrainien, pas seulement parce qu'il a tenu, et c'est remarquable, comme on dit, la résilience qui a été la sienne, et qu'autour de Marc, nos députés sont allés découvrir et nous ont raconté de manière tellement émouvante. Ils étaient totalement bouleversés intérieurement. Ils sont allés découvrir ce qu'était la vie de tous les jours, sous les alertes, sous les alarmes, sous les menaces, avec un million de morts et de blessés. Et autant évidemment en Russie. Les vies humaines, je ne les compte pas en fonction de leur carte d'identité ou de leur étiquette.
Pas seulement parce qu'il a tenu, mais parce qu'il a, pour tenir, pour sauvegarder son avenir et son identité, réinventé l'art de la guerre. Il a tout seul, par sa créativité, sa capacité, sa technologie — il a tout seul, ce peuple ukrainien, qui avait, je le rappelle, renoncé volontairement à l'arme atomique. Volontairement. Et en renonçant volontairement à l'arme atomique, il avait reçu l'assurance de tous les pays libres qu'on ne le laisserait pas seul si un jour, inimaginablement, il y avait une agression, il y avait un engagement que nous avions pris et qu'il avait reçu en le prenant pour certitude.
Et il s'est lancé dans une réflexion technique, technologique, sociologique sur la manière dont le faible pouvait résister au fort. Celui qui n'avait pas grand-chose pouvait résister à la puissance des armes, du nombre des armes. Et je trouve extraordinaire — je suis certain que les historiens consacreront des thèses et des volumes à cette capacité de vie — qui s'est exprimée en choisissant les chemins les plus contemporains et les plus modernes, et donc « Slava Ukraïni », « Gloire à l'Ukraine ».
Et puis se sont ajoutés à cela deux événements qui, eux, ont leur origine non pas à Moscou mais à Washington. Deux événements majeurs, inimaginables, même pour ceux qui, depuis longtemps, dans la trace du général de Gaulle, avaient plaidé pour qu'on n'accepte pas la dépendance totale à l'égard des États-Unis. Tout à l'heure Thierry l'a dit, nous sommes les héritiers, nous, peuple français, de cette volonté et de cette vision. Nous disions, attention, on ne peut pas s'en remettre aux seuls États-Unis.
Mais jamais, j'en témoigne, jamais nous n'aurions imaginé que l'histoire nous placerait devant le renversement des alliances que Trump a voulu, dont nous avons été les victimes : au lieu d'être alliés, nous sommes devenus des cibles. Et je l'ai dit comme Premier ministre — je crois avoir été le seul Premier ministre de l'Union européenne à l'avoir dit — lorsque l'accord scandaleux de ce golf en Écosse a fait que la présidente de la Commission, au nom de l'Union européenne, est allée s'agenouiller devant Trump pour accepter les conditions symboliquement inacceptables qu'il nous imposait. Et j'ai dit à cette époque, à la minute où cet accord a été signé et annoncé à grands sons de trompe, j'ai dit que cet accord était une honte, que c'était un jour de honte pour l'Europe qui avait été désigné ce jour-là.
Et puis deuxième événement, la guerre au Moyen-Orient, la guerre décidée par les Israéliens et le président américain, le gouvernement israélien et le président américain, Netanyahou et Trump. La guerre déclenchée avec la naïveté de ceux qui croient qu'ils savent tout et qu'ils ont les moyens de résoudre la question par la violence. Et on a invité hier le général Yakovleff, qui, en direct, avait dit « vous n'y arriverez pas ». Ils ont fait ça. Et contrairement à ce qu'ils imaginaient, la question n'a pas été tranchée, elle a été durablement prolongée par le risque et la crise internationale et, en particulier, économique qu'elle déclenchait.
C'est très simple. À l'Élysée, avant-hier, ont été présentés aux responsables politiques les chiffres et les éléments précis, stratégiques. La fermeture des deux détroits, le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab-el-Mandeb — cette fermeture de ces deux détroits, c'est 30 % du commerce de pétrole dans le monde. 30 %. Quand on sait, monsieur le commissaire, ce que représente comme déstabilisation 3 %, parce que les prix, les placements, la crainte qui en découle... alors 30 %.
Ce qui fait que couramment, comme vous le voyez, les consommateurs français, notamment les plus fragiles des consommateurs français, ceux qui dépendent de leur voiture pour aller travailler et ceux qui dépendent du fioul pour leur chauffage, parce qu'ils sont éloignés des grandes villes, ils découvrent aujourd'hui — et c'est un problème pour nous tous, qu'il va falloir traiter, ou en tout cas il va falloir proposer des éléments de réponse — ils découvrent tous ce que pourrait être un prix du carburant autour de 3 euros, dit-on, le litre de fioul, et ce que ça veut dire pour l'hiver qui s'approche.
Et tout à l'heure Thierry recevait sur son téléphone une photo d'un consommateur français qu'il me montrait, et qui avait collé sur la pompe à essence une étiquette « Merci Trump ». Il ne faut pas oublier qu'il y a des responsables à ce qui s'est passé. Et que nous, les gouvernements français, les responsables français, ne sommes pas ces responsables-là. C'est une situation que nous subissons.
La crise agricole
Ça veut dire, dans la complexité de la situation, il y a aussi des éléments qui sont inéluctables. Et la sécheresse en a été un, et Marc a eu raison de dire ici, d'évoquer ici, la situation des paysans français. Devant des récoltes absolument écrasées par le climat, devant des prairies desséchées et devant des champs de maïs où désormais aucun de ceux qui les avaient semés n'est assuré de retrouver même le prix de la semence qu'il avait déposée là. Il y a une tragédie qui est en cours pour les agriculteurs français, qui est du même ordre et peut-être pire encore que 1976, et ceci aussi est une contrainte que, comme responsable, co-responsable de notre pays, nous devrons assumer.
Ce salut et cette déclaration sont adressés à tous ceux qui, aujourd'hui, dans leur exploitation, sont dans l'immense inquiétude de ne pas savoir de quoi demain peut être fait.
Et tout cela, c'est un prélude à un changement de monde. Et c'est dans ce changement de monde que nous sommes entrés. Je viens de parler du changement de monde géopolitique, mais il faut parler du changement de monde qui s'impose à la société française.
Alors, je ne parlerai pas longuement, pour l'avoir fait beaucoup, de la crise financière qui vient. Je ne dis pas de la crise financière qui risque de venir. Je dis de la crise financière qui vient, sans que, à mes yeux en tout cas, il n'y ait aucun moyen de l'éviter. On peut trouver des moyens de la rendre moins cruelle. Ça demande du courage, ça demande des choix, pour aujourd'hui et pour l'avenir. Je ne suis pas absolument certain que jusqu'à maintenant ces choix aient été faits.
Cette crise financière, vous connaissez les deux chiffres. Le chiffre officiel paru hier, c'est que nous venons de franchir la barre des 120 % de notre produit national pour une année pour la dette, pour le stock de dette. Et que nous allons très vite vers la barre des 100 milliards de charges des intérêts de la dette annuelle, dus sans qu'on puisse évacuer cet engagement — 100 milliards — alors que le produit total de l'impôt sur le revenu de tous ceux que vous payez, vous, dans cette salle, que paient tous vos frères, tous vos cousins, tous vos amis, tous vos voisins, et tous les foyers fiscaux dans notre pays, le total, c'est 90 milliards. La totalité de l'impôt sur le revenu que vous acquittez et que vous trouvez trop lourd ne suffira plus l'année prochaine à atteindre le montant des intérêts de la dette — pas du remboursement de la dette, des intérêts de la dette. Et nous allons vers 120 ou 130 milliards, dit la Cour des comptes, en 2030, c'est-à-dire demain matin.
Évidemment, cet argent-là n'est pas... Cette marée qui monte, elle nous interdit d'imaginer des politiques auxquelles on devrait avoir recours pour l'éducation nationale, pour la santé, pour la justice, pour tout ce dont nous aurions besoin pour rebâtir et reconstruire le pays.
Alors je dis au passage que lorsque cette crise arrivera, plus tôt, peut-être très tôt, ou plus tard, les Français poseront une question toute simple. Ils diront qui nous l'avait dit, qui nous a alertés, qui nous a avertis, qui nous a mis en garde et qui nous a proposé un chemin. Et à cette question, il n'y aura qu'une seule réponse, seule. Depuis le premier jour, seuls, de désert en désert, seuls de risque politique en risque politique, nous avons dit la vérité aux Français, parce que nous savions que seule la vérité permet d'agir, de se ressaisir et de se reconstruire.
Et ne croyez pas que ce soit par hasard. Ceci est notre ligne, notre sillon si j'ose dire pour les plus avertis. Ceci est notre ligne, et vous savez bien quelle est la définition de la démocratie que Marc Sangnier — j'évoquais le sillon en souriant — a formulée. Il a dit : la démocratie est l'organisation sociale qui porte à son plus haut la conscience de la responsabilité du citoyen. Nous avons construit la conscience, l'information, l'analyse qui permet de savoir où on en est, pour construire la responsabilité, qu'on s'y mette tous ensemble.
Et cette idée que la vérité seule permet de reconstruire, cette vérité, c'est la traduction de l'estime que des citoyens doivent porter, même s'ils sont dans les situations de responsabilité, surtout s'ils sont dans les situations de responsabilité. J'estime qu'ils doivent porter un peuple de citoyens qui doit choisir son avenir, et avec qui nous devons regarder en face les impératifs qui seuls nous permettront de redresser la situation.
Une fois qu'on dit ça, qui est notre immédiat avenir, il y a une question qui a été posée à plusieurs reprises à cette tribune, c'est celle de notre action publique, de notre État bien sûr, mais pas seulement, aussi de l'action publique locale. Pour des résultats qui ne sont pas meilleurs que les autres, nous dépensons 20 % de plus que nos voisins. Et il n'est pas vrai que les résultats obtenus justifient l'utilisation de ces 20 %. On pourrait le défendre si on avait des moyens, parce que les urgences de court et de long terme auraient exigé qu'on fasse cet effort. Mais en vérité, les résultats ne sont pas meilleurs que les autres.
Ça nous place donc devant une certitude, c'est que nous ne pouvons pas en rester à la perpétuation de ce qui a été fait. La réponse ne peut pas être dans la reconduction, même avec des améliorations marginales, de ce qui a été fait. Je le dis parce que nous sommes tous évidemment solidaires d'un certain nombre de décisions qui ont été prises, et depuis longtemps, parce que c'est une affaire qui monte depuis 50 ans. Mais aujourd'hui, ça ne peut pas durer comme ça.
Je donne un chiffre que j'ai déjà cité à la tribune. Si nous regardons la production par habitant, le PIB par citoyen, le PIB par citoyen et famille de notre pays, le PIB des Pays-Bas — ce n'est pas le Pays-Bas, ce n'est pas un pays qui est tellement supérieur ou serait tellement supérieur à nous — le PIB par habitant des Pays-Bas est de 30 % supérieur au PIB français. Et le PIB de nos voisins immédiats est de 15 % supérieur au PIB français. Est-ce que vous imaginez ce que serait notre vie à tous, notre vie de famille, notre vie de salariés, si nous avions des ressources de 30 % ou même de 15 % supérieures à celles que nous avons ? Et ce que serait la situation de notre État s'il avait des ressources de 30 % ou de 15 % supérieures à ce que nous avons ?
Alors j'ai essayé d'analyser poste par poste les raisons pour lesquelles les Pays-Bas en étaient là. Alors je vais faire de la peine sans doute à des gens qui nous conduisent constamment dans des chemins qui sont des impasses. Il y a deux points sur lesquels les Pays-Bas s'affirment par rapport à nous. Le premier de ces points, c'est l'accueil des entreprises. Et le deuxième de ces points, c'est la quantité de travail.
Accueil des entreprises et quantité de travail, je pense très souvent à cela. En France, les entrepreneurs et les entreprises sont devenus une cible. Cible de beaucoup de démagogues, des très grandes aux toutes petites. Je dis les très grandes pour ne pas éluder les sujets.
Nous sommes un pays qui vit, comme tous les pays du monde, de ses hydrocarbures, de son pétrole, enfin des produits transformés du pétrole et du gaz. Et ces hydrocarbures sont produits par cinq, allez, quatre ou cinq très grandes entreprises dans le monde. Nous en avons une en France, TotalEnergies. Elle est ciblée tous les jours par tous les démagogues de la planète. On ne dit rien des autres qui profitent de l'affaiblissement possible de notre entreprise nationale pour prospérer sur ses difficultés et sur ses décombres. Je rappelle que cette entreprise française a été la seule à plafonner les prix à la pompe, et qu'on ferait mieux, au lieu de les attaquer, d'interroger les autres qui ne font pas le même effort.
Mais c'est vrai aussi pour les entreprises plus petites, c'est vrai jusqu'aux artisans, jusqu'aux entreprises de main-d'œuvre, qui voient par exemple les charges prélevées par l'URSSAF augmenter très souvent sans même qu'on les ait averties, sans qu'on comprenne la totalité de la logique, et qui fragilise l'emploi qu'elles portent, et qui fragilise plus encore que cela, c'est-à-dire le moral des femmes et des hommes qui entreprennent. Ils ont le sentiment d'être incompris, qu'il n'y a rien à faire, au point que très souvent, ils renoncent à la transmission. Regardez les artisans autour de vous. Eh bien, nous nous honorons de vouloir être les défenseurs de ceux qui sont ainsi attaqués et qui ont, au contraire, mérité d'être défendus et soutenus.
Alors devant toutes ces difficultés, tout le monde va dire il faut des moyens. Vous savez, c'est la formule magique de notre pays. Il faut des moyens, des moyens supplémentaires. Et tous les menteurs, tous les démagogues qui fleurissent en période électorale vont évidemment promettre des moyens supplémentaires, distribuer l'argent larga manu, d'une main généreuse, distribuer comme autant de victoires.
Il y avait une devise célèbre qui était « je sème à tout vent ». C'est la devise du petit Larousse. Si vous regardez le petit Larousse, il y a une fleur de pissenlit qui envoie les graines au loin. Ça fait très longtemps qu'en France, la vie publique, médiatique et civique consiste à applaudir ceux qui signent des chèques sans jamais s'interroger sur la manière dont on va recueillir les moyens ainsi distribués.
Eh bien, je veux dire, pour être absolument transparent, si on doit la vérité à notre peuple, il faut dire que les perfusions, les doses, l'opium de dépense publique, tout cela va devenir impossible, parce que des moyens supplémentaires, il n'y en aura plus. Des moyens supplémentaires, on n'en trouvera pas.
Et donc, notre ligne, si on veut être sincère, si on veut dire la vérité, dit que s'il n'y a pas de moyens supplémentaires, alors l'obligation, c'est une puissante réorganisation du pays, une puissante réorganisation de l'action publique dans tous les domaines que nous avons évoqués, et que nous allons devoir faire mieux, beaucoup mieux. Beaucoup plus efficace, beaucoup plus attentif, beaucoup plus généreux, beaucoup plus incitatif. Nous allons devoir faire beaucoup mieux avec moins. Personne n'ose le dire. Alors soyons ceux qui, au moins, l'affirmons, à l'entrée de cette période critique dans laquelle nous allons vivre : c'est notre devoir et c'est notre fierté.
Et donc ça veut dire que notre pays — je parlais de l'Ukraine à l'instant — comme l'Ukraine a su le faire pour vaincre ses démons extérieurs, nous, nous devons le faire pour vaincre nos démons intérieurs, pour lutter, pour ne pas accepter, pour résister et pour inventer les moyens de suppléer aux difficultés que nous avons identifiées, qui menacent notre survie, et devant laquelle, jusqu'à maintenant, notre pays n'a pas su répondre comme il aurait dû, et dans laquelle, en tout cas, nous savons qu'il n'y a de survie possible que si nous résistons et si nous inventons un chemin nouveau. C'est exactement ce que nous sommes en train de faire ici.
Alors, il y a les échéances immédiates. Les ministres du gouvernement, que je salue affectueusement pour chacun d'entre eux, que les parlementaires de notre mouvement, que je salue et que je remercie, Marc, pour chacun d'entre eux, ils connaissent bien ces échéances. La première de ces échéances, c'est le budget que nous allons devoir affronter.
Il y a presque, non, jour pour jour, que nous avons engagé la responsabilité du gouvernement, Élisabeth et Éric, et Patrick, que nous avons engagé la responsabilité, et que les oppositions, les partis politiques, nous ont refusé cette adhésion, condamnant le gouvernement à disparaître. La situation aujourd'hui, un an après, est pire qu'elle n'était il y a un an. Et il n'y a aucun doute de ce point de vue-là.
Nous avions conduit une action — permettez-moi de le rappeler une seconde, parce que personne ne le fait si nous ne le faisons pas nous-mêmes. Nous avons conduit une action dont les résultats — je ne parle pas des intentions, je pense que les intentions étaient uniques dans la suite des choses politiques — mais les résultats de ce gouvernement, qui était composé, ils sont nombreux au premier rang, de personnalités fortes, qui avaient toutes des histoires, des engagements, des talents, de l'expérience, et qui travaillaient ensemble, pas les uns à part des autres. Et permettez-moi de le dire avec une liberté d'expression qui n'est pas habituelle dans les gouvernements français : eh bien, nous avons réussi à prendre un pays dans lequel le déficit était à 5,8 %, presque 6 %, et que nous avons ramené à 5,1 %, presque 5 %, trois quarts de points d'amélioration et de diminution du déficit du pays. C'est notre fierté, que nous revendiquons.
Et ça veut dire une chose toute simple, pas que nous sommes plus brillants, plus intelligents — ça se discute pour beaucoup d'entre nous. Ça veut dire une chose toute simple, c'est qu'on peut le faire. Si on choisit un chemin différent de ces chemins qui conduisent à l'impuissance, si on décide de rassembler et pas de rétrécir, d'élargir et pas de rétrécir le socle de confiance, alors on y arrive, alors c'est cette fierté que je voulais défendre devant vous.
Et ce déficit que nous avons si fortement baissé, ce déficit aujourd'hui ne baisse pas, il augmente. Il augmente, Thierry a rappelé les chiffres, de manière lourde, c'est-à-dire plus de 150 milliards chaque année de plus qui viennent s'ajouter aux charges que je décrivais à l'instant. Et donc, ce motif de fierté, c'est aussi, permettez-moi de le dire, un motif d'espérance.
Alors, toutes ces questions vont dominer les mois qui viennent. Et en particulier, à commencer par — je le dis à voix basse, s'il n'y a pas de crise aiguë avant — à commencer par l'élection présidentielle.
Alors, je vais vous dire un mot de l'élection présidentielle. Qu'est-ce que c'est, l'élection présidentielle ? C'est le choix d'un visage, d'une femme ou d'un homme, par un peuple, pour choisir son destin. C'est ça, l'élection présidentielle. Et vous voyez bien l'organisation du paysage politique, comme on dit, de l'offre politique, comme elle est aujourd'hui. Vous voyez bien les deux immenses menaces extrêmes, ce que j'ai appelé la tenaille du pire, ou la tenaille des pires, qui menacent la vie du pays, la survie du pays.
Et ces menaces-là, elles sont si fortes que la puissance des simplismes, comme disait Élisabeth, est telle que la perspective d'un deuxième tour mortel entre l'extrême droite et l'extrême gauche est aujourd'hui une menace immédiate sur la vie du pays. Si nous ne nous rendons pas compte de ça, alors nous ne sommes pas dignes d'être des citoyens engagés.
Et ces deux extrêmes, il ne faut pas se dissimuler quelque chose d'essentiel : ils s'alimentent l'un l'autre. Ils sont l'un le meilleur argument pour voter pour l'autre.
Je vais parler simplement : on est en train de vivre quelque chose qui est pour moi désespérant, c'est-à-dire le retour de la question de la race, de la religion, de la culture, de la couleur de la peau, dans la vie de tous les jours de chacun, de nos lieux de vie, de nos villages et de nos quartiers. Tous les jours. Et qu'on ose parler comme on en parle de ces sujets, c'est un signe de dégradation absolument épouvantable.
Et je connais beaucoup de juifs, de femmes et d'hommes, membres de la communauté juive, même s'ils ne pratiquent pas, qui sont terrifiés par ce qu'on dit d'eux à l'extrême gauche. Et je connais beaucoup de femmes et d'hommes de culture, ou d'origine, ou de religion musulmane, qui sont terrifiés par ce qu'on dit d'eux à l'extrême droite. Et tous me disent : François, qui va nous défendre ? Et les uns choisissent de voter Mélenchon pour se défendre contre Le Pen, et les autres choisissent de voter Le Pen pour se défendre contre Mélenchon. Et ceci est un drame national pour notre pays.
Ils soutiennent, ils alimentent par tous les moyens, discrets ou affichés, ils soutiennent et alimentent la haine, et la conséquence de la haine, c'est la peur. Et la peur fait qu'on se précipite dans les bras de l'autre pire ennemi du pays, et d'ailleurs de sa propre vie pour l'avenir.
Et c'est précisément pour cela que nous sommes engagés, nous qui regardons les femmes et les hommes non pas en raison de la couleur de leur peau. La vérité, mes amis le savent bien, c'est que je ne vois pas la couleur de la peau. Ça n'est pas une vertu, c'est comme ça que je suis. Le plus beau compliment que j'ai eu de ma vie : j'étais derrière un pilier, donc on ne me voyait pas, et de l'autre côté, il y avait un de mes collaborateurs dont je n'avais pas remarqué la couleur de la peau. Je pensais qu'il avait une peau mate, mais je n'avais jamais pensé que ça dénotait une origine. Et il disait à un autre de mes collaborateurs : de toute façon, François, il ne voit pas la couleur de la peau. Et c'est exactement la vérité de ce que je vis.
Mais nous ne voyons pas les gens en raison de la couleur de leur peau. Et quelle que soit la couleur de leur peau, nous considérons qu'ils ont leur place pleine, entière et affectueuse chez nous, dans notre pays. Et nous voyons les religions, et nous voyons les origines, mais je ne juge pas quelqu'un péjorativement en raison de son origine et de sa religion, réelle ou supposée. Parce qu'un grand nombre de nos compatriotes se découvrent musulmans alors qu'ils n'avaient plus aucune pratique ni aucune participation à la religion. Et un grand nombre de nos compatriotes — l'un d'entre eux est venu me voir il y a quelques jours, il m'a dit : mais je découvre que je suis d'origine juive alors que je ne pratique pas et que je ne suis pas l'héritier, mais aujourd'hui je me sens menacé. Et c'était quelqu'un de très important dans la vie politique française.
Eh bien, nous sommes ceux qui regardons fraternellement les gens dont la couleur de la peau n'est pas la même, les gens dont l'origine n'est pas la même, les gens dont l'accent n'est pas le même, y compris sur le territoire français, les gens qui ont d'autres cultures, qui ont d'autres préférences spirituelles, qui ont d'autres traditions, et qui sont des Français, citoyens, et un peu plus que ça, puisqu'ils sont aussi nos frères, si nous croyons à liberté, égalité, fraternité.
Et puis ces deux extrêmes complices, ils ont un autre point de rencontre absolument évident, c'est que tous les deux plaident, défendent un chemin dont le but est commun : c'est la fin de l'Europe, la fin de l'Union européenne. Lorsque Marine Le Pen dit « c'est facile, on ne remplira plus nos obligations à l'égard de l'Union européenne », et, au contraire, nous ne respecterons pas les engagements en question ; et quand Jean-Luc Mélenchon dit « la dette, on va la mettre à la poubelle », tous, ils se rencontrent sur un sujet, c'est que l'organisation internationale que nous avons bâtie si difficilement, chère Thierry, que nous avons bâtie à force de générations, qui a été bâtie à partir de femmes et d'hommes de nos rangs, cette organisation internationale, l'Union européenne, elle est aujourd'hui menacée dans sa survie.
La victoire de l'un et la victoire de l'autre, ça veut dire la fin de l'Union européenne comme elle est aujourd'hui. Et à qui cela profite-t-il ? Ah, ben, c'est très simple : c'est que la crise ou la fin de l'Union européenne, c'est la victoire ultime de Trump et de Poutine.
Alors, pour dire la vérité, Donald Trump n'est pas le premier président américain à nourrir l'idée, l'espoir, le fantasme d'un affaiblissement ou d'une disparition de l'Union européenne. C'est une politique à peu près constante qui, venant d'outre-Atlantique, menaçait cette union que nous sommes en train de construire. Mais Poutine n'a jamais eu d'autres idées, d'autres obsessions que de voir l'Union européenne disparaître. Et donc il travaille de concert sur des positions clairement affirmées, eux qui, depuis des années et des décennies quelquefois, sont les meilleurs alliés de nos pires ennemis.
Et ceci explique ces risques immenses, apocalyptiques. Ces risques expliquent la raison pour laquelle nous sommes là. Pour laquelle, pas seulement les membres traditionnels de notre famille politique, mais ceux qui ont voulu partager avec nous ce moment d'appel à la résistance, d'appel à la responsabilité, c'est pour ça que nous sommes là. Alors ils viennent d'horizons différents.
Mais je veux dire une chose simple : si nous ne sommes pas ensemble, ces forces qui se sont opposées pendant longtemps, des sociaux-démocrates aux gaullistes, en passant évidemment par tous les engagés au centre — si nous ne sommes pas ensemble, si nous continuons à perpétuer les vieilles rivalités, parfois même les vieilles haines, il n'y a aucune chance que nous l'emportions. Aucune chance que nous l'emportions sur deux plans. Aucune chance que nous gagnions la bataille vers laquelle nous allons. Et aucune chance que nous puissions gouverner après.
Ce que nous avons devant nous est tellement difficile, est tellement exigeant, est tellement impressionnant que si nous repartons sur les bases habituelles, c'est très simple : à la première décision difficile que vous prendrez, vous aurez les extrêmes contre vous et la partie qui ne vous a pas soutenu à l'intérieur de ce grand fleuve central. Et vous vous retrouvez — ce qui nous est arrivé, Élisabeth, à toi, ce qui m'est arrivé, à la tête du gouvernement, ce qui est arrivé à ceux qui nous ont précédés — nous nous retrouvons avec un quart du champ politique qui nous soutient et trois quarts qui s'y opposent. Les uns parce qu'ils sont extrêmes, et les autres parce qu'ils sont confortablement distants de ceux qui demandent des efforts.
Et donc, cette certitude-là, elle demande que nous changions en profondeur notre manière de vivre la vie politique française. En profondeur.
Alors pourquoi ça ne s'impose pas, pourquoi ça ne triomphe pas ? Parce que ce sont les vieilles habitudes qui continuent à gouverner. J'ai eu l'occasion de le dire à plusieurs d'entre eux. Bruno Retailleau — pour cet homme, de l'estime personnelle. Il était membre du gouvernement et nous avons eu des relations excellentes. Mais chaque fois qu'il dit « socialiste » ou « macroniste », on a l'impression qu'on lui arrache les amygdales. Et la distinction de sa personnalité, je crois, son authenticité, sa générosité, en tout cas les valeurs qu'il porte, ne méritent pas qu'on se trouve dans cette situation qui alimente une division qui sert à nous conduire au pire.
Et je dis la même chose : certains socialistes ont l'impression que, simplement de parler avec des membres de la majorité actuelle, c'est une trahison. Et ils votent des censures qui n'ont aucun sens. Et les deux, là encore, ils se nourrissent l'un l'autre.
La rupture que nous affirmons, c'est que ceux qui étaient des ennemis d'hier doivent devenir des alliés, des compagnons de demain. Sans ça, la France n'a aucune chance de s'en sortir. Désormais, il faut qu'ils comprennent qu'ils ne sont pas face à face, mais qu'ils doivent être côte à côte. Et même qu'ils doivent se serrer les coudes, sans rien renier de leur histoire.
Je me suis opposé très longtemps à une phrase de François Mitterrand, qui était réellement puissant comme personnalité politique, quand il a créé le Parti socialiste et qu'il a accueilli ce qu'on appelait à l'époque, cher Éric, la deuxième gauche. On disait à l'époque, ne prends pas ça pour toi, les chrétiens de gauche. Quand ils sont venus, Mitterrand a eu cette phrase que je trouve terrible, qui est à peu près le contraire de ce que nous sommes. Il a dit qu'ils viennent, mais qu'ils laissent leurs armes et leurs bagages aux vestiaires. Et j'ai dit, en créant ce mouvement, que tous viennent, mais qu'aucun ne laisse son bagage, sa mémoire, son patrimoine, ses valeurs, ce à quoi il croit, aux vestiaires. Qu'ils viennent, qu'ils viennent avec ce qu'ils ont de plus précieux, parce que nous sommes là avec ce que nous avons de plus précieux.
Alors, c'est ma dernière partie. L'élection présidentielle est devant nous et ne se prépare pas très bien. Alors pourquoi ? Les enquêtes d'opinion après enquête d'opinion, pourquoi ce climat de morosité ? Pourquoi le sentiment que ceux qui sont en avant de la scène ne parviennent pas à convaincre, et on a mille exemples en tête, tous ceux qui sont là, de cette certitude-là ?
Parce qu'on vit l'élection présidentielle aujourd'hui comme si elle était la même que les élections présidentielles qui précédaient. Je parle d'un sujet que je connais : j'ai été trois fois candidat à l'élection présidentielle, et, ma foi, en pouvant poser sur les élections une marque qui n'était pas anodine.
Et donc, qu'est-ce que c'était, l'élection présidentielle ? C'était une élection à deux tours. Et le premier tour permettait non seulement de sélectionner deux candidats, puisqu'il n'y en a que deux, mais de leur donner la légitimité de leur présence au deuxième tour. Ce n'était pas joué d'avance pour un grand nombre d'entre eux. Et ils étaient discutés par leur personnalité, par leur passé, par toutes ces choses-là. Eh bien, c'est le premier tour qui les chargeait d'une légitimité qu'ils n'avaient pas en se présentant la première fois. C'est la raison pour laquelle, lorsqu'il y avait ce premier tour de plein exercice, on pouvait se présenter pour se faire connaître, quelques-uns, pour défendre un parti politique pour les autres, pour proposer des idées originales, simplement pour équilibrer différemment la vie politique française.
Aujourd'hui, c'est fini. Il n'y a plus de premier tour. Parce que si on va, au premier tour, diviser toutes les forces démocratiques et républicaines de résistance que je décrivais, et de propositions que je décrivais, si on va diviser au premier tour, on sait que le deuxième tour sera le deuxième tour d'un extrême contre l'autre extrême, donc une menace létale, mortelle, sur l'avenir du pays. Donc on ne peut pas se permettre le luxe de la division au premier tour, donc il faut qu'on tranche la question de l'unité avant le premier tour, et c'est la raison pour laquelle, précisément, nous sommes là.
Pourquoi cette morosité ? Parce que le champ politique, dans les propositions différentes qu'il fait, manque de légitimité. La légitimité, ça ne peut pas être des déclarations de candidature, ça ne peut pas être des décisions d'appareil, ça ne peut pas être des mouvements spontanés, sympathiques, mais dont on pense qu'ils n'ont pas d'avenir — c'est tout à fait autre chose. Cette décision, ce choix, il ne peut venir, à mon avis, que de l'expression des citoyens, que de l'expression de centaines de milliers de citoyens.
Alors je sais bien qu'on me dit que c'est impossible. Le nombre de fois dans ma vie politique où j'ai entendu « François, c'est impossible », « Monsieur le maire, c'est impossible », « Monsieur le Premier ministre, c'est impossible », c'est légion. Je pourrais citer des dizaines d'exemples. Alors aujourd'hui, j'ajoute un exemple. On me dit « c'est impossible », et c'est impossible pourquoi ? C'est impossible parce que les candidats déjà déclarés, me dit-on, ne se retireront jamais.
Alors, il faut que vous compreniez quelle est la logique, peut-être la dynamique de la situation que nous vivons. Tout le monde dit qu'il faut un candidat unique. Tout le monde dit qu'il faut se rassembler. Et tout le monde ajoute qu'il faut se rassembler derrière moi. Mais je décris la situation comme elle est, je ne caricature pas. Au mieux, ils disent, les sondages trancheront. Je ne sais pas qui sont les sondages. Je ne connais que les citoyens. Je ne connais que le choix, l'adhésion de femmes et d'hommes soucieux de l'avenir de leur pays, qui disent : voilà celle ou celui que nous sommes prêts à soutenir.
Et donc, pour moi, cette évidence entraîne une conséquence qui est une exigence, qui est une prise de position. Si nous voulons trouver la légitimité de la candidate ou du candidat qui représentera cet immense courant au premier tour, donnant ainsi la garantie que le deuxième tour ne sera pas extrême contre extrême, eh bien il faut que nous le choisissions tous ensemble.
Alors je sais bien que tout le monde, peut-être même dans cette salle, n'est pas d'accord avec moi, mais je pose une question simple. Si nous ne mettons pas sur pied ce processus-là, qu'est-ce qui va se passer ? Chacun va rester à sa place. Chacun va dire, écoutez, je suis candidat, je suis en tête au sondage, donc c'est à vous de me rejoindre, et les autres diront, tu es en tête au sondage, mais de si peu que peut-être ça va s'inverser dans les jours qui viennent. Et nous, nous sommes frustrés — tous les citoyens français, tous les électrices et les électeurs — nous sommes frustrés parce que, pardonnez-moi de le dire, je ne connais pas les projets des uns et des autres. Et même une élection présidentielle, c'est plus que connaître un projet, c'est connaître une personnalité, savoir comment il réagit dans les difficultés. Et ça ne peut se décanter que s'il y a une compétition loyale et franche, tranchée par les citoyens eux-mêmes.
Alors, les journaux disent une primaire. Ce n'est pas une primaire habituelle. La primaire habituelle, c'est à l'intérieur d'un parti ou d'un camp. Et la primaire habituelle a beaucoup d'inconvénients que j'ai décrits souvent, parce que, quand c'est la primaire d'un camp ou d'un parti, elle pousse toujours à privilégier les extrêmes. Vous vous souvenez, il y avait une loi qui porte mon nom qui dit les partis se tiennent par leur noyau dur. Et donc cette certitude-là, évidemment, il fallait l'écarter tant qu'il y avait un premier tour, parce que c'est les citoyens qui jugeaient. Et on n'a pas de premier tour ; il faut donc construire le processus de sélection avant le premier tour.
Alors comment peut-on faire ? C'est extrêmement simple. On dit, on affirme, on appelle toutes celles et tous ceux qui sont intéressés, qui pensent qu'ils ont un projet pour le pays, qui pensent qu'ils ont l'expérience nécessaire ou la juvénilité nécessaire ou l'enthousiasme nécessaire. On leur dit, soyons clairs, soyez francs, présentez-vous, dites « je suis intéressé, je pense que c'est quelque chose à apporter au pays, en mon nom ou au nom du courant politique dont il me semble pouvoir être l'incarnation ».
Alors il y a un filtre, évidemment nécessaire ; moi je propose quelque chose de très simple, c'est 10 signatures de parlementaires. Quand on est au niveau présidentiel, sur l'ensemble des parlementaires, députés, sénateurs, parlementaires européens, ça ne doit pas être impossible à trouver. Un filtre qui est dit soutien de parlementaires, première nécessité.
Et après ça, je propose qu'on le fasse avant la fin octobre. Non, non, non, réfléchissez une seconde. Contrairement à ce que vous croyez, très souvent on a ce genre de réflexe : l'élection présidentielle, c'est très loin. On a tout à fait le temps. Je veux rappeler que l'alliance que nous avons conclue à notre initiative avec Emmanuel Macron en 2017, c'est le 23 février. Il y avait, me semble-t-il, tout le temps de faire campagne après.
Donc je dis, on a cinq ou six semaines pour que ces candidatures se déclarent. Après, on a deux mois pour qu'il y ait confrontation entre les uns et les autres, que les chaînes de télévision organisent des débats, qu'on organise des meetings. Et puis, ça, ça nous amène à la fin décembre. Et puis on fait le premier tour en janvier, peut-être vers le 15 janvier, quelque chose comme ça, à la mi-janvier. On fait un premier tour par internet où tous les Français sont conviés à participer, en tout cas ceux qui s'intéressent, contre un engagement qui est qu'ils s'engagent à refuser les extrêmes d'un bord ou de l'autre, pour aujourd'hui et pour demain. Et ils prennent un deuxième engagement très simple, c'est qu'ils soutiendront, ou en tout cas ils ne s'opposeront pas à la personnalité qui a été choisie, qu'ils sont prêts à dire « j'accepterai de bon gré mal gré, j'accepterai le choix et je le soutiendrai ». Ça, c'est les deux engagements qu'il y a à prendre.
Et en organisant un vote par internet, on fait le premier tour à la mi-janvier et on fait le deuxième tour 15 jours après, à la fin du mois de janvier ou dans les premiers jours du mois de février. Et il reste deux mois et demi de campagne après. Et vous voyez qu'on a tout à fait le temps.
Voilà une méthode, elle est simple, elle est franche, elle est loyale. Elle prend en compte le désir légitime de beaucoup de s'affirmer, et elle donne aux Français le choix, c'est-à-dire elle leur donne le moyen d'investir le candidat choisi de la légitimité nécessaire pour être assuré d'être au deuxième tour et, j'espère, de gagner l'élection présidentielle.
Alors il est vrai que c'est une proposition qui, pour l'instant, n'a pas été faite par d'autres. Parce qu'elle va largement jusqu'aux deux rives des extrêmes. Ce qui, pour moi, est la condition nécessaire pour que ce soit un renouvellement de la vie politique française et une capacité de gouverner après. Et qui veut participer vient participer, d'où qu'il vienne, quelles qu'aient été les fonctions qu'il a exercées auparavant. On a un cadre et on offre une garantie au pays. Et cette garantie est que, à la fin du mois de janvier ou au premier jour du mois de février, ils auront le candidat unique qu'ils attendent, pour les rassurer et leur garantir que l'avenir du pays ne soit pas détruit par des bêtises électorales.
Alors on nous dit que c'est impossible parce que ceux qui sont déjà avancés ne se retireront jamais. Est-ce que je puis adresser un message personnel à ceux que nous connaissons le mieux, en tout cas à deux d'entre eux, à Gabriel Attal et à Édouard Philippe ? Qu'est-ce que vous craignez en refusant cette sélection ? Où est le problème ?
Vous dites — l'un et l'autre, encore que j'ai vu Gabriel Attal entrouvrir une porte sur cette procédure — qu'est-ce que vous craignez ? Vous dites que vous êtes les meilleurs pour le pays. Vous dites que votre expérience vous qualifie, ou votre enthousiasme vous qualifie. Vous dites que les sondages prouvent que vous pouvez gagner le deuxième tour. Alors ne craignez rien, vous serez choisis par les Français. Mais vous aurez une légitimité supplémentaire. Et au lieu de rester dans les non-dits, au lieu d'imaginer des stratégies de contournement, ce sera franc et loyal. Et vous pourrez vous adresser aux Français ; il n'y a pas de manœuvre derrière tout ça. Je ne décris aucune manœuvre, parce que je ne crois pas aux manœuvres. Je crois à l'engagement, et je crois à la loyauté, et je crois à la résolution d'un peuple qui se retrouve dans celui qui va le conduire.
Et tout ceci, c'est la traduction de ce que je crois nécessaire aujourd'hui pour le pays. On a besoin d'optimisme. On a besoin de voir s'ouvrir des portes alors qu'on croit être dans des impasses. On a besoin de discerner et de décrire et de faire vibrer les Français avec ce que l'avenir pourrait être à partir de la vérité de ce qu'il est aujourd'hui. C'est un message de confiance dans notre démocratie, de confiance dans l'avenir du pays et de confiance dans notre peuple.
Merci d'avoir été là.