UR 2026 : Intervention d'Élisabeth Borne
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Intervention d'Élisabeth Borne, députée du Calvados, ancienne Première ministre, présidente de Bâtissons Ensemble
Seul le prononcé fait foi.
Mes chers amis,
Je suis très heureuse d’être avec vous aujourd’hui car le MoDem occupe une place particulière dans notre histoire politique récente.
Il porte depuis longtemps une conviction simple : la France a besoin d’un centre qui ne soit pas seulement une force d’appoint entre deux blocs, mais une force politique capable de proposer, de rassembler et d’agir.
Cette conviction, nous l’avons portée ensemble depuis 2017.
Nous sommes aujourd’hui à un moment particulier de notre histoire.
Le monde autour de nous est devenu plus dur, plus instable, plus imprévisible.
La guerre est revenue sur le continent européen.
Les rapports de force sont désormais la nouvelle grammaire des relations internationales, dans lesquelles le droit est chaque jour davantage remis en cause.
Ce qui hier pouvait apparaître comme une simple dépendance économique devient une question de souveraineté.
Les grandes puissances investissent massivement dans la défense, les infrastructures et les technologies qui structureront les prochaines décennies, notamment l’intelligence artificielle.
Certaines dépendances que nous avions acceptées sont devenues des vulnérabilités.
Derrière ces évolutions géopolitiques, il n'y a pas seulement des concepts ou des équilibres diplomatiques. Il y a des femmes, des hommes, des enfants dont les vies sont bouleversées par la guerre, la violence et la privation de liberté.
Depuis plus de quatre ans, les Ukrainiens se battent avec un courage admirable pour leur liberté, leur souveraineté et leur indépendance.
Je veux m’associer au soutien indéfectible au peuple ukrainien que vous avez exprimé en ouverture de ces journées.
Dans le même temps, beaucoup de Français ont le sentiment que quelque chose s’est défait chez nous.
Ils voient les transformations du monde. Ils éprouvent les difficultés du quotidien. Ils s’interrogent sur leur école, leur pouvoir d’achat, leur sécurité, leur avenir. Ils se demandent aussi si leurs enfants vivront mieux qu’eux.
Les Français sont inquiets.
Dans ce contexte, notre responsabilité n’est pas simplement de le constater. Elle est de les convaincre que notre pays n’est pas condamné au déclin mais qu’il y a un avenir et que nous allons le bâtir ensemble.
Pour cela, il faut d’abord regarder notre bilan avec lucidité.
Je revendique ce droit d’inventaire.
Pendant dix ans, nous avons agi. Je ne crois ni à l'amnésie ni au reniement.
Les intuitions qui ont conduit Emmanuel Macron au pouvoir étaient justes. Je veux le dire avec force !
Derrière notre bilan, il y a des visages.
Ce jeune qui a repris confiance grâce à « 1 jeune, 1 solution » ou trouvé sa voie grâce à la réforme de l’apprentissage.
Ce chef d’entreprise qui a investi, embauché et produit en France parce que nous avons baissé les impôts sur les entreprises et engagé la réindustrialisation.
Cette famille que nous avons protégée pendant les crises sanitaire et énergétique.
Ce militaire qui dispose de moyens renforcés parce que nous avons doublé le budget de nos armées.
Et cette femme que nous avons mieux protégée contre les violences et dont nous avons renforcé les droits.
Voilà ce qu’est un bilan : pas seulement des lois et des chiffres, mais des emplois retrouvés, des entreprises qui investissent, des jeunes mieux accompagnés et des Français protégés.
C’est cette réalité-là que tout ceux qui ont été aux responsabilités ces dernières années devraient assumer.
Tout cela compte.
Mais regarder le bilan avec lucidité, c’est aussi reconnaître ce qui n’a pas été à la hauteur de nos ambitions.
L’égalité des chances en est un exemple.
Notre pays continue de gâcher trop de talents. Les inégalités sociales, culturelles et territoriales restent trop fortes. L’école ne corrige pas suffisamment les déterminismes.
C’est une bataille longue.
Mais ce n’est pas une raison pour l’abandonner.
Nous devons aussi nous interroger sur l’efficacité de l’action publique. C’est un enjeu démocratique majeur. Quand les réponses tardent, quand les règles s’accumulent, quand les annonces ne produisent pas d’effets concrets, ce n’est pas seulement l’Etat qui perd en crédibilité. C’est la confiance politique qui recule.
Mesdames et Messieurs,
Dire ce qui a marché et ce qui doit changer, parfois profondément, c’est précisément ce qui nous permet de regarder devant nous et de proposer un projet aux Français.
Face aux inquiétudes, ce projet doit, selon moi, retrouver une ambition qui est au cœur de notre famille politique : permettre à chacun d’avoir confiance en son avenir dans un pays qui maîtrise son destin.
Pour cela, je voudrais évoquer plusieurs grands défis dont nous devons faire autant de leviers de changement et d’espoir.
Le premier c’est de bâtir une « Europe puissance ». Dans ce nouveau monde, aucun pays européen ne peut, seul, disposer de la taille nécessaire pour peser durablement.
La question européenne change donc de nature.
Il ne s’agit plus seulement de savoir si nous voulons plus ou moins d’Europe.
Notre souveraineté passe désormais par notre capacité à agir ensemble : pour notre sécurité, notre industrie, notre recherche, notre énergie et notre maîtrise des technologies qui feront l’économie de demain.
L’Europe ne doit pas être un espace où nous organisons nos dépendances.
Elle doit être l’espace où nous construisons nos capacités.
A l’heure du retour des empires, l’Europe ne sera souveraine que si elle est capable d’agir.
Le deuxième défi, cher François, c’est celui de la dette et du financement de notre modèle social.
Il exige d’abord de regarder les réalités en face. Oui, notre modèle social s’essouffle.
Non pas qu’il serait devenu inutile, bien au contraire.
Nous avons construit l’un des systèmes de protection les plus ambitieux au monde. Face à la maladie, au chômage, à la vieillesse, au handicap ou à la précarité, il protège des millions de Français et a permis à notre pays de traverser des crises majeures sans connaître les fractures observées ailleurs.
Nous pouvons en être fiers.
Mais c’est précisément parce que nous voulons le préserver que nous devons regarder ses fragilités.
Depuis des années, nous le finançons en partie par la dette, reportant progressivement sur les générations suivantes le coût de nos choix présents.
Cette situation réduit nos marges de manœuvre pour préparer l’avenir. Chaque euro consacré à financer le passé est un euro que nous ne pouvons pas investir dans l’éducation, la recherche, l’innovation, la formation ou la transition écologique.
La question est donc simple, même si la réponse l’est moins : quelle part de notre richesse voulons-nous consacrer à notre modèle social, et comment voulons-nous la financer ?
Et, oui, pour financer notre modèle social, il faut créer de la richesse, soutenir l’innovation, l’activité et l’emploi.
Maîtriser nos finances publiques, ce n’est donc pas renoncer à notre modèle social. C’est nous donner les moyens de le préserver, de continuer à investir dans la France de demain et d’être justes envers les générations futures.
Le troisième, c’est celui de notre jeunesse.
Notre jeunesse est une force.
Elle est plus directe, plus mobile, plus entreprenante. Elle porte une énergie considérable, mais aussi des inquiétudes que nous devons entendre : trouver sa place, vivre de son travail, se loger, construire une famille, pouvoir choisir son chemin.
Nous ne devons pas lui promettre un monde simple. Nous devons lui donner les moyens de l’affronter.
Tout commence par l’École.
Elle doit transmettre des connaissances mais aussi donner confiance, apprendre à penser par soi-même et ouvrir des possibles. Elle doit permettre à chacun de construire sa voie sans hiérarchiser les réussites, sans considérer l’apprentissage ou l’enseignement professionnel comme des choix de second rang, sans enfermer un jeune dans une orientation définitive.
Cette promesse suppose aussi une autonomie réelle : pouvoir se loger, se déplacer, entrer dans la vie professionnelle et rebondir après un échec.
Elle suppose aussi de donner toute sa place à l’engagement. Dans une association, un quartier, une entreprise, un service civique, dans la vie publique ou chez les jeunes démocrates qui sait : un jeune y découvre qu’il n’est pas seulement le spectateur de son époque.
Il peut agir sur elle.
Au fond, le pacte que nous devons proposer à notre jeunesse est assez simple : nous ne vous promettons pas un monde sans difficultés. Nous vous donnerons les moyens de choisir votre vie et d’y prendre toute votre part.
Le quatrième défi, étroitement lié au précédent, c’est l’intelligence artificielle.
Elle va bouleverser nos manières de travailler, d’apprendre, de soigner, de produire et de même de nous informer. Elle ouvre des possibilités immenses, mais elle suscite des inquiétudes légitimes sur l’emploi, la protection de nos données, la désinformation ou notre liberté de décision.
Nous ne pouvons ni la subir, ni nous contenter de la réglementer.
Tu l’as dit Sarah, la question n’est pas de combattre le progrès mais de lui donner une finalité.
Nous devons investir dans la recherche, la puissance de calcul, les compétences et faire émerger des champions européens.
Nous devons apprendre à chacun, dès l’école, à comprendre et maîtriser ces outils.
Et nous devons fixer des règles qui protègent sans empêcher d’innover.
Ce choix est décisif pour notre jeunesse : l’intelligence artificielle ne doit pas décider son avenir à sa place. Elle doit devenir un outil de progrès, d’émancipation et de souveraineté.
Enfin, le cinquième grand défi est celui de la transition écologique.
Cet été encore, nous avons tous vu ce que signifie concrètement le dérèglement climatique : des canicules plus fréquentes et plus intenses, des incendies, des sécheresses, des tensions sur l’eau.
Et surtout, une réalité qui évolue plus vite que nous ne l’avions anticipé.
Regardons-la en face sans céder au catastrophisme, et sans effacer ce qui a déjà été accompli.
Depuis dix ans, les émissions ont baissé, la planification écologique a été engagée, les mobilités propres et la rénovation énergétique ont progressé.
Mais nous devons aller plus vite.
Cela passe par trois exigences : accélérer, tenir dans la durée, donner de la visibilité.
Accélérer l’adaptation de nos territoires, de nos écoles, de nos hôpitaux, de nos logements et de notre agriculture, tout en poursuivant la baisse des émissions et la sortie des énergies fossiles.
Tenir dans la durée, parce qu’une entreprise, une collectivité ou une famille ne peut investir et transformer ses pratiques si les règles changent en permanence.
Donner de la visibilité, enfin, avec une véritable programmation pluriannuelle de la transition écologique, comme nous avons su faire pour la défense, la justice ou la sécurité intérieure.
Et surtout, ne faisons pas de l’écologie un sujet séparé du reste. Elle touche à notre souveraineté énergétique, à notre réindustrialisation, à notre pouvoir d’achat et aux emplois de demain.
Voilà ce que nous devons proposer aux Français : transformer ces défis en leviers de changements et d’espoir.
En face, les extrêmes ont construit leur discours autour de la recherche permanente de coupables en proposant soit la rupture, soit le repli.
Le coupable, ce serait l’État. Ce seraient les étrangers. Ce seraient les riches. Ce seraient les fonctionnaires. Ce seraient les entreprises. Ce seraient les élites.
Ce serait même le Conseil Constitutionnel quand certains font croire que la Constitution serait un carcan et que le Conseil s’érigerait en pouvoir autonome.
Je veux rappeler avec force que l’État de droit est un fondement de notre démocratie et que le Conseil Constitutionnel ne fait que dire la règle décidée par le peuple français ou ses représentants.
Ne nous y trompons pas : la mécanique des extrêmes est politiquement efficace parce qu’elle est simple. Mais elle ne construit rien.
Elle donne parfois le sentiment d’apporter une explication à ceux qui souffrent, mais elle ne leur donne pas les moyens de reprendre prise sur leur avenir.
Mes chers amis, nous, nous devons apporter de vraies réponses aux inquiétudes des Français, leur montrer que notre pays n’est pas condamné au déclin, qu’il y a un avenir pour chacun dans un pays qui maîtrise son destin.
Et cet avenir, nous le bâtirons avec eux.
C’est ce message que le centre doit porter avec force et avec conviction.
En 2017, nous avons réussi quelque chose d’important.
Des forces venues de la gauche réformiste, du centre et de la droite modérée ont accepté de dépasser leurs histoires respectives pour construire une nouvelle majorité.
Cette dynamique a produit des résultats.
Aujourd’hui, nous devons regarder vers l’avenir.
Notre famille politique doit assumer son identité, sa vision, son projet.
Il y a un espace politique important pour une force qui refuse à la fois le retour en arrière et les solutions radicales.
Beaucoup d’élus l’incarnent.
Et beaucoup de Français qui ne se reconnaissent ni dans le Rassemblement national ni dans La France insoumise, ne veulent pas pour autant d’une politique réduite à la dénonciation des extrêmes.
Mais dans cet espace, je veux le dire simplement : le centre, ses valeurs et sa vision ne sont pas suffisamment représentés dans la campagne présidentielle.
Ce constat ne doit pas conduire à la résignation.
Il doit nous conduire à prendre nos responsabilités.
Parce que la question n’est pas seulement de savoir qui sera le candidat que nous soutiendrons.
La question est de savoir quelle France nous voulons construire.
La responsabilité politique, c’est cela.
Porter ses convictions. Les assumer. Chercher à convaincre.
Bien sûr, c’est aussi rechercher le rassemblement.
Car il faut être clair, demain, personne ne gouvernera seul.
Or, l’ADN du Centre, c’est une culture de coalition qui passe notamment par l’introduction d’une dose de proportionnelle dans les élections législatives.
Certains ici la portent ardemment et depuis longtemps. J’y suis évidemment favorable car bâtir des compromis, c’est le chemin pour agir dans la durée et obtenir des résultats. Les Français n’en peuvent plus des annonces non suivies d’effet. Ils veulent que les choses changent vraiment !
Gouverner autrement, c’est aussi s’appuyer mieux et plus sur les corps intermédiaires et témoigner aux Français de l’écoute et du respect.
Mes chers amis,
Si nous voulons que les Français croient à nouveau en la politique, il faut commencer par leur montrer que nous-mêmes, nous y croyons suffisamment pour prendre nos responsabilités.
Nous ne sommes pas là pour expliquer aux Français qu’ils sont condamnés à subir les transformations du monde.
Pendant les années que j’ai passées comme ministre puis à Matignon, aujourd’hui comme députée, je vois un pays plus solide qu’on ne le dit souvent.
Une entreprise qui investit dans une usine plutôt que de partir à l’étranger.
Une chercheuse qui travaille sur une technologie qui permettra demain de produire autrement.
Un maire qui transforme son école ou ses transports malgré des moyens contraints.
Un enseignant qui accompagne un élève qui aurait pu décrocher.
Toutes ces personnes ne se connaissent pas. Elles n’ont pas les mêmes opinions. Elles ne vivent pas dans les mêmes territoires.
Et pourtant, elles participent à la même histoire.
C’est cela, faire Nation.
C’est se battre.
Pas les uns contre les autres.
Mais Ensemble.
Pour la République,
Pour la France,
Je vous remercie.