Connexion
Actualités

Projection d'Octobre à Paris à l'Assemblée nationale: tous concernés par la lutte contre le racisme

Octobre à Paris

Tourné clandestinement, par Jacques Panijel et une équipe de cinéastes, Octobre à Paris a été censuré par l’Etat français jusqu’en 1973. Ce n’est qu’en 2011 que le film a eu droit à une sortie en salles. Aujourd’hui, la société de production Les Films de l’Atalante accompagnent une nouvelle sortie sur grand écran, le 21 octobre 2026.

Jeudi 15 octobre 2026, à 19h45, le film est projeté en avant-première à l’Assemblée nationale. Que les députés, dans leur ensemble, quel que soit leur groupe politique, puissent voir ou revoir Octobre à Paris est salutaire. En 1961, la guerre d’Algérie n’est pas terminée. Si le général de Gaulle a engagé des négociations avec les indépendantistes, qui aboutiront au Plan de Constantine d’octobre 1961, une partie de la classe politique leur demeure très hostile et œuvre souterrainement pour saper les négociations, multipliant les actes d’agression contre les Algériens français. Dès 1958, un couvre-feu officieux obligeait les Algériens à rester chez eux le soir. Le 5 octobre 1961, par décret, le préfet de police Maurice Papon interdit aux « Français musulmans d’Algérie » de se trouver sur la voie publique à partir de 20h30.

Le réalisateur Jacques Panijel a fait le choix d’un cadre frontal, sans mise en contexte particulière. Le film se déroule en deux temps : une série de témoignages d’Algériens, face caméra, sur leur quotidien précaire et misérable précède l’action tragique ; la seconde partie sur la sidération qui suit le 17 octobre 1961. Une manifestation pacifique était organisée par la fédération de France du FLN pour protester contre le couvre-feu ; ce jour-là, des dizaines d’Algériens, dont des enfants et des femmes, ont été tués, et jetés à la Seine, des milliers ont été frappés et arrêtés. La première partie du film fait état d’un racisme ordinaire, où le contrôle au faciès est permanent : « Je n’ai pas la physionomie typique d’un Nord-Africain », dit l’un d’eux, « Je pensais passer inaperçu en allant au cinéma avec une Européenne, mais ils nous reconnaissent, à notre allure, à notre regard ». Une hôtelière française reconnaît être régulièrement insultée par les forces de police pour héberger des Algériens et les accompagner à l’hôpital quand ils reviennent blessés. Car, avant le 17 octobre, les abus de violence étaient nombreux.

Le déchaînement de violence du 17 octobre est historique. Le réalisateur fait le choix de montrer une succession de clichés photographiques, tous plus édifiants les uns que les autres, à un rythme soutenu. Les jours qui suivent, l’effroi domine, les mots manquent. Les Algériens filmés nous regardent avec une forme de panique sourde, et relèvent leur chemise pour montrer les cicatrices encore ouvertes. Ils étaient venus à Paris chercher la liberté, fuir un régime d’oppression ; ils retrouvent l’oppression et ne savent plus où fuir. À Paris, ils sont parqués dans les bidonvilles de Gennevilliers, de Nanterre, de la Goutte d’or.

En ouverture du film, c’est un jeune Algérien, hors champ, qui s’adresse à nous : 

Je suis un Algérien, mon nom est Kader. Tout ceci est vrai. Mais c’est vrai aussi que des Français ont fait ce film. Je ne sais pas si ce film aurait été possible ailleurs. 

 

Il n’est pas dit ici que la police tue mais que, certains policiers et certains harkis, sous les ordres de Maurice Papon, à ce moment-là, ont tué. Et qu’il faut s’en souvenir.

Le paradoxe est souligné. En France, terre de liberté, on est capable de regarder notre histoire en face, dans ses zones d’ombre. Tout comme le très réussi Notre salut d’Emmanuel Marre sur la collaboration, sorti fin septembre, Octobre à Paris nous oblige à voir certains pans du passé pour que jamais ils ne se reproduisent. Les poussées racistes ou antisémites, fréquentes depuis quelques temps, forcent à la plus grande vigilance. Dans ce contexte, Octobre à Paris est un film d’utilité publique. Le générique de fin nous le rappelle : sur le sol républicain, tout le monde doit se sentir touché et concerné par le sort des minorités, quelles qu’elles soient.

 

Filtrer par