Ce jour-là : Contre les solitudes, la solidarité
Jeudi 22 janvier a lieu la nuit de la Solidarité, où des initiatives se multiplient pour éveiller les consciences. Bien sûr, une nuit n’est rien face à la détresse des sans-abris qui, jour après jour, nuit après nuit, s’éloignent plus sûrement de la société et dévissent, parfois définitivement. Cette date du 22 janvier vise à marquer les esprits et à attirer les citoyens vers les associations, les mouvements dédiés à l’aide aux plus démunis. Le lendemain, le 23 janvier, c’est la journée mondiale des solitudes. Fléau de nos sociétés modernes, la solitude doit être combattue par les solidarités : c’est bien le sens du plan anti-solitude lancé à Pau, et qui peut être répliqué dans d’autres endroits.
Au Mouvement Démocrate, le souci des plus vulnérables est, depuis l’époque des abbés démocrates comme Jules Lemire ou le catholicisme social de Marc Sangnier à la fin du XIXe siècle, au cœur de nos actions. C’est également le sens de la philosophie personnaliste d’Emmanuel Mounier, qui souligne le caractère précieux de toute vie.
Nous disons couramment, et c'est un de nos lieux communs, que la société est pour l'homme et non pas l'homme pour la société.
Etienne Borne, fondateur de la revue France Forum, en 1962.
Depuis la création du premier parti centriste, l’Alliance Républicaine Démocratique, en 1901, le centre s'est donné pour projet explicite d’unir la société. Une société ne tient que par l’organisation de ses solidarités. C’est ce qui lui permet de former un tout solide. Tout au fil du siècle et jusqu’à nos jours, la question sociale est au cœur de l’œuvre politique des démocrates.
À notre époque, le risque principal pour notre société, c’est la perte d’autonomie des personnes. Les centristes se déclarent et se veulent des humanistes. Le mot possède un sens fort, il s'agit de placer la personne humaine et son épanouissement au centre, avant toute autre considération : chacun devrait avoir les moyens de se construire une vie digne. Renouer les liens entre les générations, avoir le souci des plus fragiles, est à leurs yeux essentiel. Dans les sociétés traditionnelles (tradere, transmission), la solidarité s’opère automatiquement dans le foyer de transmission, d’identité familiale. Dans la société moderne, il faut mettre en place des mécanismes qui compensent le manque de solidarité naturelle. La société moderne rationalise le rapport que nous avons avec les personnes âgées. Elle divise et elle sépare pour une raison d’efficacité. Un des enjeux, pour les démocrates aujourd’hui, consiste à tenter de dépasser cette dichotomie trop forte entre la solidarité au sens traditionnel et la solidarité industrielle, rationalisée. Il faut créer une « solidarité qualitative », une recherche de solidarité en termes de qualité de vie, d’insertion dans le tissu social.
C'est l’organisation des solidarités qu'il s'agit de penser : dans cette question sociale, l’enjeu consiste à ne pas laisser dispersées, au pluriel, des solidarités isolées les unes des autres mais de bien saisir qu’il s’agit d’une même question d’ensemble. François Bayrou le dit depuis des années. Il l’a notamment réaffirmé lors de la crise des Gilets jaunes, en insistant particulièrement sur le fait qu’il s’agit d’une crise sociale, qui vient de loin, d’au moins les 30 dernières années. Pour y répondre, se contenter de réformes à court-terme dans tel ou tel domaine serait insuffisant. Il faut proposer un projet social, guidé par ce qu’il appelle dans Projet d’espoir :
Ce souci, cette attention portée aux femmes, aux hommes, aux familles, à la vie comme elle va, à l’école, à l’urgence des hôpitaux, aux femmes et aux hommes qui ne trouvent pas de travail, à la dépendance, cette attention à la dimension humaine est humble et elle est la condition même de la réussite des réformes.
À ses yeux, le souci de l’humain n’est pas quelque chose que l’on rajoute à la question politique, c’est vraiment le cœur même de la question politique.
La crise sanitaire, depuis 2019, a amplifié les fragilités sur les plans social, économique, et même éthique. Cette crise a été un facteur démultiplicateur des inégalités, avec une forte violence sociale. Les populations vulnérables sont les plus touchées : personnes isolées, sans domiciles, précaires. Si des dizaines de milliers de personnes sont sans domicile, à la rue, c’est sans compter le phénomène du mal-logement extrême. Les démocrates considèrent que ce sujet national est d’abord local. Il importe davantage de savoir combien de personnes se trouvent dans cette situation dans chacune des métropoles qu’à l’échelle nationale. Comment éviter le décrochage de certains territoires et la polarisation entre la France rurale et la France des villes ?